
Le torchon brûle entre le gouvernement de Luc Frieden et les deux plus grands syndicats du pays, depuis le 8 octobre 2024. Jour où les syndicats ont laissé en plan le ministre du Travail, Georges Mischo, en pleine réunion du Comité permanent du travail et de l’emploi. Le ministre venait de leur dire qu’il prévoyait qu’à l’avenir, les conventions collectives pourraient être négociées dans les entreprises, sans présence syndicale. S’attaquant à une des raisons d’être de l’OGBL et du LCGB, les deux seuls syndicats représentatifs au niveau national.
Les syndicats considèrent que deux nouvelles salves, à savoir les annonces du gouvernement d’élargir à 8 heures le travail du dimanche pour les salariés du commerce et de l’artisanat, et de généraliser les heures d’ouverture des commerces (de 5h à 22h du lundi au vendredi et de 5h à 19h le week-end) ont fait déborder le vase de l’acceptable. Voilà donc quatre mois, que le dialogue social est rompu entre un gouvernent CSV-DP qui décide et des syndicats qui s’estiment laissés sur la touche sur des questions cruciales concernant directement les salariés.
Les tentatives de désamorçage du conflit ouvert, menées jusqu’ici pas le ministre du Travail qui a rétropédalé et par le Premier ministre qui avait “confirmé le droit des syndicats de négocier des conventions collectives” devant la presse, fin octobre, sont restés vaines.
C’est la paix sociale qui est en jeu au Luxembourg en ce début 2025. “Dans un pays qui dépend de manière urgente de la paix sociale, et qui en a même fait un argument pour attirer les investisseurs étrangers, c’est bien de respecter les syndicats quand ils sont dans leur rôle”, avait gentiment rappelé à son successeur, l’ancien Premier ministre CSV, Jean-Claude Juncker, la veille de Noël.
Les syndicats sont remontés comme des coucous et le font savoir. Pas plus tard que mercredi dernier, Nora Back, présidente de l’OGBL, avait assuré au micro de RTL Infos que les syndicats iraient jusqu’à “la grève générale s’il le faut”. Dans ce contexte tendu, Luc Frieden parviendra-t-il à renouer le dialogue social avec les syndicats? C’est ce que le Premier ministre essaiera de faire ce mardi en début d’après-midi. Une entrevue à trois têtes sollicitée juste avant Noël par les deux syndicats.
“Pour nous, la confiance est vraiment brisée. Pour désamorcer la situation, il faudrait du concret”, explique Nora Back. “Pour commencer, il nous faut un engagement clair et net sur ce droit de négocier et de signer les conventions collectives, et qu’on ne touche pas aux conventions collectives sous leur forme actuelle”, renchérit Patrick Dury, président du LCGB.
Si le dialogue social est actuellement rompu, c’est parce que “le gouvernement n’est plus sur la même longueur d’onde” sur ce qu’est justement le dialogue social, made in Luxembourg. “C’est un processus dans lequel on convient qu’on veut avoir un dialogue ensemble et rechercher un compromis”, résume Patrick Dury.
C’est main dans la main que Nora Back et Patrick Dury se présenteront ce mardi au ministère d’État. “Nous faisons front commun et nos positions sont 100% alignées”, assure Nora Back, dont le syndicat s’est renforcé de 10.000 adhérents en 2024. Que ce soit pour les conventions collectives ou pour la réforme des pensions, nous avons une obligation face à l’Histoire. Celle de ne pas rater ces rendez-vous. Ces dossiers sont bien trop importants. Nous devons travailler ensemble et rester unis”, estime Patrick Dury, dont le syndicat a aussi “gagné 5.700 adhérents en 2024”.
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