
“Je prends le sujet de la fraude au paiement très au sérieux, car c’est aussi la réputation de notre place financière qui est en jeu, et je comprends la colère des clients”, a souligné le ministre des Finances, Gilles Roth, jeudi, après la séance de la commission parlementaire au cours de laquelle une motion du député LSAP Ben Polidori concernant les fraudes bancaires numériques a été débattue.
Fin novembre, un accord a été trouvé au niveau européen sur une nouvelle réglementation qui sera applicable dans les deux à trois prochains mois. Le ministre des Finances, Gilles Roth, explique ce qui va clairement changer :
“Premièrement, la législation imposera désormais une obligation d’indemniser, ce qui signifie que le client pourra bénéficier d’un dédommagement. Deuxièmement, il y a un renversement de la charge de la preuve, c’est-à-dire que la banque devra prouver que le client a agi par négligence grave. Et troisièmement, le client a également, ‘en vertu de la loi’, une obligation d’informer immédiatement de toute fraude sur son compte dès qu’il en a connaissance. Il doit informer non seulement la banque, mais aussi directement la police.”
Il est important de maintenir un équilibre sain entre la responsabilité des banques et celle des clients. Le client a une obligation, mais les banques doivent aussi agir de manière préventive :
“Cela signifie que lorsqu’elles sont averties de transactions suspectes, c’est-à-dire des virements, elles doivent immédiatement les bloquer. La banque doit vérifier elle-même si le titulaire du compte correspond réellement au numéro du compte. Et pour des montants plus importants, il peut être judicieux qu’un virement immédiat ne soit pas effectué automatiquement, mais qu’un certain délai soit prévu, permettant au client, le cas échéant, de l’annuler.”
La criminalité financière ne connaît pas de frontières, a encore souligné Gilles Roth, saluant ainsi le fait que la nouvelle réglementation permettra d’avoir des règles uniformes dans toute l’Europe, ce qui constitue un avantage pour le Luxembourg :
“Comme nous sommes un petit pays et que de très nombreuses opérations bancaires ne se limitent pas au territoire luxembourgeois mais sont transfrontalières, nous bénéficierons clairement d’une réglementation européenne qui s’appliquera de la même manière dans tous les pays.”
En matière de fraude bancaire, on a affaire à des professionnels, et il est donc extrêmement important d’informer les clients sur toutes les nouvelles formes d’escroquerie. Le ministre des Finances n’exclut pas que le gouvernement lance des campagnes dans ce cadre :
“Ces campagnes doivent être menées régulièrement. Et c’est aussi le nouveau schéma de la fraude, et quand je dis qu’il y a de véritables professionnels à l’œuvre, il faut répondre avec un niveau de professionnalisme équivalent. L’argent investi dans ces actions, même s’il s’agit d’argent public, est bien dépensé, car il constitue aussi, et je vous le dis en tant que ministre des Finances, une partie de la confiance des citoyens dans nos banques et dans notre place financière.”
On ne pourra jamais exclure totalement la fraude, mais il faut tout faire pour maintenir la fraude au paiement au niveau le plus bas possible, a encore insisté le ministre des Finances.