
Premier rang collé à la scène, salle comble ou presque, rires encore timides : mardi 27 janvier, la Comédie de Metz a pris des airs de laboratoire du stand-up transfrontalier. Pendant 1h25, six humoristes luxembourgeois se sont partagé le micro dans le cadre du Festival d’humour, pour une soirée collective aussi rare qu’inédite.
À l’initiative du projet, Julien Strelzyk, absent de la scène mais bien présent dans l’esprit du spectacle, a réuni Micas Carvalho, Jérôme Beck, Alex Monteiro, Daniel Moutinho, Conny The Cook et Shayan. Un véritable show à six voix, pensé comme un spectacle à part entière, loin du simple open mic.
Le démarrage a été progressif face à un public majoritairement français, composé de plusieurs générations. Certaines références très actuelles, notamment liées aux applications ou à un langage plus cru, n’ont pas toujours déclenché de réaction immédiate. Un contraste qui n’a toutefois pas empêché la salle d’entrer peu à peu dans le rythme de la soirée.
Sur scène, les humoristes se sont amusés des clichés et des réalités transfrontalières. Des Français peu au fait du Luxembourg, mais que l’on croise volontiers à la pompe à essence ou au rayon cigarettes, à ceux qui parlent leur langue partout avec une assurance inébranlable, les vannes ont fusé. D’autres thèmes ont également trouvé leur place, des hommes “tous des cons” croqués à travers des anecdotes de vestiaires de football aux blagues plus graveleuses, sans oublier quelques piques sur l’âge du public, parfois plus lent à réagir.
Certains moments ont davantage marqué la soirée. Le sketch de Jérôme Beck sur l’Airfryer — présenté comme “le nouveau sextoy de 2026" — a fait mouche. Tout comme la chanson finale de “Bopi”, personnage incarné par Daniel Moutinho, qui a revisité l’Autofestival luxembourgeois, décrit aussi comme un festival de remarques sexistes “pour les madames au volant”.
À la sortie du spectacle, les réactions ont été globalement positives. Jean-François, spectateur installé au deuxième rang, confie ne pas s’être “ennuyé un seul instant”. “J’ai trouvé que tous ces humoristes avaient de la classe, du métier. L’expérience est à renouveler. Je ne savais pas ce que j’étais venu chercher, en tous cas j’ai bien ri. J’ai bien aimé Beck, c’est sans doute celui que j’ai préféré ce soir.”
Pour Micas Carvalho, habitué à se produire aussi en France et à participer à des jeux télévisés (Le maillon faible, Tout le monde veut prendre sa place), l’expérience a été stimulante : “On avait déjà tenté l’expérience 100 % luxembourgeois à Metz mais c’était plutôt un “open mic”. Un stand-up à six comme ça, c’était la première fois. On est habitué à se diviser le temps sur scène. Moi j’ai adoré.” L’humoriste explique toutefois avoir adapté son passage sur scène: “J’ai environ 1 heure de texte, j’ai pioché dedans en m’assurant de garder une ligne conductrice pour ce soir. Pour moi, la difficulté de jouer à Metz en Moselle, ça se situe au niveau des références. Je suis plus à l’aise au Luxembourg car les gens s’identifient à ce que je raconte. Ici, je dois faire plus de recherches pour les faire rire. J’ai parlé sexualité, tout le monde peut s’identifier. Puis j’ajoute des petites références qu’ils connaissent.”
Habitué à jouer à Thionville ou à Arlon, de l’autre côté des frontières, Jérôme Beck revendique une approche différente : “Moi, je ne change rien à mon texte : c’est les mêmes vannes, je ne suis pas sur des vannes de frontaliers mais plutôt sur des trucs de la vie courante. J’aime bien raconter les choses qui m’agacent, comme l’Airfryer. J’en ai marre que les gens fassent tout croustiller! Les gens étaient sans doute surpris mais il y avait de l’interaction. Je dis toujours que le passage sur scène ne doit pas être trop long, donc j’ai adoré.”
Pour cet humoriste venu du Luxembourg - comme pour ses acolytes -, ces spectacles donnés de l’autre côté des frontières sont une vitrine pour l’humour grand-ducal : “Mais chez nous aussi, on partage la scène avec des Mosellans ou des Belges de la frontière, voire des humoristes qui viennent de beaucoup plus loin. C’est bien pour le public que les humoristes se mélangent aussi, pour entendre d’autres sketches, d’autres histoires.”
À l’origine du projet, Julien Strelzyk, que l’on retrouvera le 5 février au Casino 2000, s’est dit satisfait du résultat : “Ça s’est passé comme je l’imaginais. Je vois ces humoristes évoluer depuis des années et comme j’ai participé à des soirées au Luxembourg, je me suis dis que ce serait sympa d’inviter à Metz tous ceux avec qui j’ai déjà partagé la scène.”
Même s’il pensait voir davantage de Luxembourgeois dans la salle (seuls deux se sont manifestés!), l’objectif a été atteint : “Ça prouve qu’on peut faire rire les Français avec des humoristes Luxembourgeois : ça marche dans tous les sens. La magie du rire, on la retrouve dans des petites comme dans des grandes salles. Le Luxembourgeois a l’image de quelqu’un de pas très fun, pas très heureux, un peu bougon : là on s’aperçoit qu’on est un peu tous pareil et qu’il y a beaucoup de préjugés. C’était beau à voir.”
À Metz, ces humoristes luxembourgeois n’ont pas seulement traversé la frontière : ils ont aussi testé, avec leurs mots et leurs rythmes, la capacité du rire à s’exporter hors de son terrain naturel.