Chirurgien suspenduPour le CHL comme pour les HRS, "il en va avant tout de la sécurité du patient"

Carine Lemmer
traduit pour RTL Infos
Mardi matin, l'émission de RTL Radio "L'invité de la rédaction" était consacrée à l'affaire Wilmes, du nom du chirurgien suspendu parce qu'il est suspecté d'avoir pratiqué des opérations inutiles.
Les Docteurs Martine Goergen et Marc Berna
Les Docteurs Martine Goergen et Marc Berna
© Carine Lemmer

Le docteur Philippe Wilmes, chirurgien orthopédiste aux Hôpitaux Robert Schuman, est temporairement suspendu et il n’a plus le droit d’opérer pendant trois mois. De graves accusations ont été proférées : le médecin aurait pratiqué des opérations du genou inutiles. Le docteur Wilmes est passé lui‑même à l’offensive, en rendant son nom public, et en rejetant fermement les accusations. Toute cette affaire fait énormément de vagues au Luxembourg. Mardi matin, la directrice générale du CHL, la Docteure Martine Goergen, et le directeur général des HRS, le Docteur Marc Berna, étaient les invités de la rédaction de RTL, pour évoquer le dossier. L’occasion pour eux de souligner qu’ils sont sur la même ligne et que ce qui prime dans leur établissement respectif, c’est le patient et sa santé.

Des interventions chirurgicales inutiles

Le chirurgien orthopédiste est accusé d’avoir pratiqué des opérations du genou inutiles. Selon le schéma suivant : le patient était opéré des ligaments croisés alors que l’indication n’était pas bonne, donc pour une mauvaise raison.

Alerte lancée par six confrères

Le Docteur Marc Berna a été informé des accusations début janvier par une lettre de la Docteure Goergen. Six médecins du Centre hospitalier de Luxembourg avaient écrit à leur directrice générale, car depuis des années, plusieurs cas avaient attiré leur attention et ils remettaient en question l’indication de l’opération pratiquée. Tous ces patients avaient été opérés par le Docteur Wilmes. Il y aurait désormais plus de 25 cas précis.

Le Docteur Berna a précisé que le Docteur Wilmes ne “s’était pas fait remarquer” négativement jusqu’à cette année. Certes, “il avait une grande activité opératoire”, mais “cela, en soi, n’a rien de remarquable. Les raisons peuvent être multiples,” souligne le directeur général des Hôpitaux Robert Schuman.

Obligation déontologique

Les six médecins qui ont signalé le Docteur Wilmes sont des spécialistes reconnus, a d’abord rappelé la directrice générale du CHL, en soulignant aussi qu’il ne fallait pas oublier les patients dans cette affaire. Il sont venus au CHL demander un seconds avis. Il s’agissait “de personnes qui n’avaient pas encore été opérées, ou de personnes qui avaient déjà été opérées mais continuaient à avoir des problèmes. Car rien n’est anonyme. Ni les médecins qui ont écrit [la lettre], ni les patients ne sont anonymes. Et je trouve qu’on parle très peu des patients ces derniers temps. Ce sont pourtant des patients qui ont des problèmes, et c’est pour cela qu’ils sont venus. Et il est devenu frappant qu’il y avait beaucoup de patients du même médecin, qui présentaient ces problèmes et qui avaient eu un certain type d’opération. Ils en ont alors discuté entre eux. Il y a eu des réunions multidisciplinaires (...). Et c’est sur cette base qu’ils ont rédigé la lettre qui m’était adressée”, a souligné Martine Goergen. “Et pour moi aussi, ces signalements étaient graves, suffisamment graves pour que je les transmette au Collège médical.

La directrice générale du CHL ne pouvait pas ignorer ces signalements et avait également une obligation déontologique, a-t-elle expliqué. La Docteur Goergen a souligné qu’il n’était pas question ici de concurrences entre deux hôpitaux ou deux services, “il s’agit vraiment de la qualité et de la sécurité dans la prise en charge des patients”.
Et au nom de l’intérêt des patients, ces signalements étaient suffisamment graves pour qu’elle les transmette au Collège médical, avec copie au directeur général des HRS.

Il ne s’agit pas ici de déterminer si Philippe Wilmes est un bon ou un mauvais médecin, mais de savoir s’il a réalisé les bonnes opérations au bon moment, comme le souligne le directeur des HRS : “Il ne s’agit pas de savoir si ce médecin a bien ou mal réalisé l’opération, ni s’il est globalement un bon ou un mauvais médecin. Il s’agit de savoir, dans les cas qui sont présentés ici, si le bon patient a reçu la bonne opération au bon moment”, selon le Docteur Berna.
C’est cela qui doit être examiné de manière objective, y compris avec des experts neutres.

Pas de concurrence entre les hôpitaux

Les deux invités ont également souligné qu’il ne s’agissait pas ici de concurrence entre deux hôpitaux ou deux services. Il ne s’agissait pas non plus d’opposer médecins salariés et médecins libéraux. “Chaque médecin a la même obligation déontologique : offrir au patient les meilleures options possibles, qu’il exerce en libéral ou qu’il soit salarié. À mes yeux, cela n’est qu’un aspect technique dans ce dossier, car le médecin hospitalier, et je crois que c’est un concept important, a pour intérêt de traiter le patient du mieux possible avec les moyens dont l’hôpital dispose. Donc je ne vois aucune dichotomie entre un médecin salarié et un médecin libéral”, a affirmé le Docteur Berna, directeur des HRS.

Interrogée sur le moment où la direction doit intervenir dans un tel cas de figure, Martine Goergen répond : “Je pense que, dans toutes les cliniques, cela se passe de la même manière. La priorité, c’est toujours le patient : le patient est au centre. Et puisque nous sommes garants du fait que le patient soit pris en charge de manière qualitativement correcte et qu’il ne soit pas blessé, je pense que ce sont ces éléments que nous avons examinés, que nous examinons encore, et qui m’ont amenée à me dire : cela, je dois le signaler.

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