"Extrémisme violent nihiliste"Lorsque des jeunes sont harcelés sur Internet sans que personne ne s’en aperçoive

Claude Zeimetz
adapté pour RTL Infos
Kristin Schmit, directrice centrale de la Police judiciaire, était l'invitée de la rédaction de RTL mercredi. L'émission était consacrée à la sécurité des jeunes sur Internet.
© Claude Zeimetz

Le "mur de la protection des données" doit enfin être repensé, car la criminalité organisée profite toujours du cloisonnement entre les services. Voilà ce qu’a déclaré mercredi matin Kristin Schmit, directrice centrale de la Police judiciaire, lors d’une interview accordée à RTL, dans le contexte du récent scandale lié à l’immigration. À la date du 6 juillet 2026, 25 personnes étaient inculpées dans ce dossier.

Le parquet a révélé la fraude mardi. Concrètement, plus de 200 demandeurs originaires d'Etats tiers ont pu immigrer au moyen de documents falsifiés et obtenir des prestations sociales frauduleusement au Luxembourg, grâce à des "faiblesses administratives", a indiqué mardi le Parquet.

Le ministère des Affaires intérieures a annoncé un audit de la Direction de l’immigration.

"Peut-être faut-il une affaire comme celle-ci pour que les choses changent"

Avec ses critiques à l’égard de la protection des données, Kristin Schmit s’inscrit dans la même ligne que le parquet, qui avait déjà dénoncé dans son communiqué de mardi le fait que les règles relatives à la protection des données empêchent les autorités judiciaires d’agir efficacement contre ce type d’abus. Il serait même impossible de transmettre les informations concernant les fraudes et leurs auteurs aux instances compétentes de l’État et des communes, faute de base légale permettant aux différentes administrations d’échanger des informations entre elles.

Ce reproche n’est pas nouveau, mais jusqu’à présent, peu de choses ont changé. C’est peut-être précisément pour cette raison qu’il faut une affaire comme celle qui touche actuellement la Direction de l’Immigration, a estimé Kristin Schmit.

Selon la directrice centrale, les éléments communiqués mardi par le parquet sont loin d’être un cas ordinaire. Elle n’a toutefois pas pu fournir davantage de détails sur le fond de l’affaire, une enquête étant en cours.

Pur sadisme du réseau "The Com" : plus c’est effroyable, plus la reconnaissance au sein du réseau est grande

Un autre sujet abordé mercredi matin concernait un phénomène internet relativement récent et particulièrement extrême, contre lequel la police et le parquet mettent désormais fortement en garde, y compris au Luxembourg. Dans un premier temps, les autorités souhaitent surtout sensibiliser les parents, de premiers dossiers liés à ce phénomène ayant entretemps été recensés au Grand-Duché aussi.

Le FBI enquête sur ce mouvement depuis plusieurs années déjà, mais le phénomène dit de l'"extrémisme violent nihiliste" est depuis peu en train de se propager rapidement en Europe. Si de premiers suicides ont pu être évités grâce au projet transfrontalier Compass d’Europol, le nombre de cas non détectés ou non signalés reste élevé.

Minecraft/Roblox : Les auteurs guettent là où les enfants se trouvent

À l’origine, il y a des communautés sur Internet, parfois dirigées par des jeunes eux-mêmes, qui contactent, d’abord de manière anodine d’autres enfants et adolescents âgés de 8 à 17 ans via les réseaux sociaux, les groupes de discussion et les plateformes de jeux. Ensuite, par le biais du chantage, ils les poussent à commettre des actes de violence de plus en plus graves et à en publier en ligne les photos et vidéos.

"Les auteurs agissent là où se trouvent les enfants. Et nous savons où se trouvent nos enfants : sur les plateformes de jeux. Vous l’avez mentionné, il y a Minecraft, Roblox. Dans l’ensemble, la majorité des utilisateurs sont des personnes normales. Mais il faut toujours garder à l’esprit que nous avons toujours dit à nos enfants : 'Ne suis pas le monsieur qui te propose des bonbons dans la rue.' Tout le monde le connaît au village, celui qui est un peu étrange. Mais sur ces plateformes de jeux, nous ne connaissons plus le 'monsieur'. Et ils sont extrêmement nombreux. De plus, ces individus ne sont pas forcément vieux. Ce sont parfois des adolescents eux-mêmes qui recrutent des enfants", précise Kristin Schmit.

Coups, automutilation, maltraitance animale, voire meurtre ou suicide : plus les actes commis par leurs victimes sont effrayants, plus ils valorisent le statut des meneurs et plus la reconnaissance au sein du réseau est grande. Pour les jeunes recrues, il est excessivement difficile de reculer ou de sortir du réseau, car elles font alors l'objet de chantage. Les meneurs menacent de divulguer les images des actes délictueux qu'elles ont commis auparavant à tous leurs amis.

Selon la directrice centrale, il n’y a pas d’idéologie derrière cela, mais plutôt une pure "brutalisation" de la société, un pur sadisme. Il s'agit "de gens ou d'enfants présentant des troubles et qui prennent simplement plaisir à entraîner d’autres enfants dans le même réseau".

Parlez avec vos enfants

Le principal conseil adressé aux parents est d’être conscients que ce phénomène existe et d’en parler avec leurs enfants. Selon les témoignages de parents ayant perdu leur enfant, beaucoup ignoraient tout de ce phénomène lié à Internet.

Parmi les signes qui doivent alerter les parents figurent un changement de comportement de leur enfant, un repli sur soi, une tendance à glorifier la violence ou encore le fait de se cacher sous des vêtements amples afin que personne ne remarque, par exemple, des traces d’automutilation sur les bras.

L’incitation au meurtre sur Internet demeure jusqu’à présent un vide juridique

Pour lutter efficacement contre les auteurs de ces actes, il faudrait également modifier le cadre légal, a souligné Kristin Schmit. À l’heure actuelle, par exemple, l’incitation au meurtre via Internet ou l’incitation à s’automutiler en direct ne sont pas spécifiquement sanctionnés par la loi au Luxembourg. En théorie, les plateformes en ligne devraient elles aussi en faire beaucoup plus.

Le message adressé aux jeunes est le suivant : parlez à vos amis et à vos proches dans la vie réelle, si vous ne souhaitez pas vous confier à vos parents.

Au Luxembourg, il existe également de nombreuses associations auxquelles il est possible de se confier en cas de difficultés : Bee-Secure, le Kanner- a Jugend-Telefon, le Sepas ou encore Respect.lu.

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