
À quelques jours du début des grandes vacances, la police et le parquet voulaient sensibiliser et informer à propos de nouvelles dérives numériques. Il s’agit concrètement d’un phénomène mondial encore relativement nouveau de violence extrême et sadique. Les auteurs agissent sur Internet et tentent d’inciter leurs victimes, par le biais de chantage émotionnel, à commettre des actes violents. Cela peut aller de l’incendie criminel à la maltraitance animale, en passant par l’abus de drogues, le terrorisme, jusqu’à l’automutilation voire le suicide. Le tout, si possible, filmé et diffusé sur Internet. L’objectif, selon le procureur d’État de Luxembourg, David Lentz, est de semer le chaos et de déshumaniser les victimes.
Souvent, des symboles issus des milieux d'extrême droite ou encore des symboles satanistes sont utilisés. Ces communautés en ligne se comportent comme des sectes et diffusent parfois des vidéos et des images extrêmement perturbantes.

Les autorités luxembourgeoises ont été confrontées aux premiers dossiers liés à ce phénomène dit de "nihilisme extrémiste et violent" au Grand-Duché et ont voulu alerter le public, en particulier les parents. Ce phénomène se propage très rapidement ces dernières années. Mais il est encore souvent sous-estimé en Europe, et la police et le parquet manquent des moyens juridiques nécessaires pour agir, a déclaré Kristin Schmit, directrice centrale de la police judiciaire, mercredi matin lors d'une conférence de presse. La question est de savoir combien de cas ont déjà été manqués.
Internet ne doit pas être une zone de non-droit, a souligné le procureur d'État David Lentz. On remarque que les pays confrontés à de nombreux cas de ce type envisagent désormais d’introduire une limitation d’âge sur les réseaux sociaux. Il s’agit cependant d’une question politique sur laquelle le parquet ne souhaite pas se prononcer. De son côté, le parquet a soumis une proposition de loi au ministère de la Justice afin de pouvoir agir plus efficacement contre ce type de chantage.
Autrefois, tous les parents mettaient en garde leurs enfants contre l’homme inconnu dans la camionnette blanche, dont il ne fallait pas accepter de bonbons. Aujourd’hui, les parents doivent davantage surveiller ce que leurs enfants font en ligne et prêter attention aux signes d’alerte qui pourraient indiquer que leur enfant est tombé dans un tel réseau : isolement, changements de comportement, troubles du sommeil, dépression, anxiété, glorification de la violence, etc.
Les auteurs ciblent en particulier - souvent sur des plateformes classiques, les réseaux sociaux ou des sites de jeux fréquentés par les jeunes - des enfants et des adolescents vulnérables âgés de 8 à 17 ans. Des jeunes ayant des problèmes psychiques, des troubles alimentaires ou des idées suicidaires. Certains sont même ciblés sur des forums d’aide. Par manipulation, les auteurs établissent d’abord une relation de confiance avec les jeunes et leur apportent une forme de reconnaissance (qu’ils ne trouvent peut-être pas ailleurs dans leur vie), pour ensuite les pousser progressivement à commettre des actes de violence de plus en plus graves. Violence dirigée contre les autres ou contre eux-mêmes. Dans certains réseaux (appelés groupes "com"), on obtient par exemple des points en fonction des "missions" accomplies. Cela peut aller de coups donnés… jusqu’au suicide ou au meurtre.
Police et parquet ont entre-temps reçu des formations spécialisées, notamment de la part d’Europol. Les autorités sont également en train de se coordonner avec des associations actives dans la protection de l’enfance et de la jeunesse ainsi que dans la psychiatrie juvénile. Par exemple Bee Secure, qui avait déjà attiré l’attention l’année dernière sur les dangers sous-estimés d’Internet.
En interne, la police et le parquet examinent aussi si certains cas ne devraient pas être analysés "avec un autre regard", dans un contexte plus large, a-t-il été indiqué mercredi matin lors de la conférence de presse. L’appel est en tout cas clair : signaler toute situation suspecte et déposer plainte.
Les personnes qui ont des pensées suicidaires peuvent obtenir un soutien auprès de SOS Détresse au numéro 45 45 45. Toutes les informations sont disponibles sur www.prevention-suicide.lu.