Des frontaliers bientôt engagésComment l'Armée luxembourgeoise compte recruter des centaines de soldats volontaires

Maurice Fick
Après une année record, l'Armée luxembourgeoise va continuer à recruter à tour de bras pour atteindre les objectifs fixés par l'OTAN. Pour cela elle pourra bientôt engager, pour la première fois, des frontaliers et des ressortissants européens non-résidents. L'Armée a déjà des arguments, mais en aura bientôt beaucoup plus.
© EMA

Le Luxembourg, comme les 32 États membres de l’OTAN, est en train d’investir lourdement dans sa capacité de Défense. En matériel et en personnel. Si en 2025 le pays a consacré 2 % de son revenu national brut (soit près de 1,2 milliard d’euros) à la Défense, il devra y consacrer 3,5% à l’horizon 2032. Autant dire que le Luxembourg va recruter un paquet de gens motivés dans les années à venir.

Au moins 650 personnes de plus

Après une année de recrutement record (l’armée a embauché 245 femmes et hommes en 2025), le numéro un de l’Armée luxembourgeoise, le général Steve Thull, a annoncé à Noël devant ses troupes, son ambition d’aller un cran plus loin et de trouver au moins 280 nouvelles recrues en 2026.

Aujourd’hui l’Armée luxembourgeoise compte 1.380 femmes et hommes, militaires et civils, dont 557 soldats volontaires. Au cours des 10 à 15 prochaines années, le Luxembourg devra embaucher “environ 650 personnes supplémentaires. À cela s’ajouteront d’autres renforcements structurels afin de pouvoir continuer à mener à bien les différentes missions de l’Armée. Selon nos estimations, plus des trois quarts de ces renforcements concerneront du personnel militaire dans toutes les carrières (carrières d’officier, sous-officier et caporal, ainsi que des soldats volontaires”, indique l’Armée, sollicitée par RTL Infos.

Une grande partie de ces nouvelles recrues permettra de donner corps au nouveau bataillon belgo-luxembourgeois qui pourra engager le feu avec l’ennenmi. Stationné à Arlon, il devrait être opérationnel à l’horizon 2030. La moitié des 700 soldats de ce bataillon binational seront issus des rangs luxembourgeois.

Une première: des frontaliers pourront s’engager

Comme le besoin en personnel militaire qualifié “n’a jamais été aussi pressant” selon la ministre de la Défense, Yuriko Backes, le gouvernement CSV-DP a approuvé, mi-décembre, un paquet de mesures “Recrutement et attractivité de l’Armée”. Ce plan de route vise à booster à l’avenir le recrutement de soldats volontaires dans un vivier qui va au-delà des frontières luxembourgeoises, sans condition de résidence.

Aujourd’hui, le candidat à l’instruction de base doit être de nationalité luxembourgeoise ou être ressortissant d’un État membre de l’UE à condition de vivre au Luxembourg en séjour régulier depuis au moins trois ans, et de façon continue durant l’année qui précède son engagement à l’armée.

Dans un avenir proche, tout ressortissant européen non-résident pourra devenir soldat volontaire au sein de l’Armée luxembourgeoise. Une nouveauté qui devrait “principalement susciter l’intérêt de candidats issus de la Grande Région” -donc des frontaliers- souligne la ministre. Mais elle précise aussitôt qu’il n’y a pas de restriction géographique. Parmi les candidats potentiels, elle pense notamment à tous ceux qui ont eu “des attaches avec le Luxembourg dans le passé”.

© Armée luxembourgeoise

Autre nouveauté: le gouvernement envisage la possibilité d’une dispense en langue française ou allemande. Mais un “niveau minimal A2 en langue luxembourgeoise est requis” pour l’accès au service volontaire, précise Yuriko Backes. De façon pratique, ce niveau de luxembourgeois permet de communiquer lors de tâches simples, d’échanger des informations sur la vie quotidienne (famille, travail, loisirs), de décrire des personnes ou des choses et de raconter des événements au passé comme au futur.

Le projet de loi qui doit introduire ces nouvelles conditions d’admission des soldats volontaires sera déposé au 2e trimestre 2027.

Une rémunération bien plus intéressante

Le “personnel est au centre de tous nos efforts − son engagement pour notre sécurité doit être rémunéré de manière adéquate”, a posé la ministre de la Défense lors de la présentation du paquet de mesures gouvernementales.

Il est prévu que la solde de base brute d’un soldat en début de carrière sera revalorisée de 25% et passera de 2.166 euros à 2.718 euros. De sorte que la rémunération brute d’un soldat volontaire atteindra, au moins, le niveau du salaire social minimum non qualifié (2.703 euros). Actuellement, un soldat volontaire atteint ce niveau de rémunération qu’à partir d’une ancienneté de 18 à 24 mois en moyenne. “Ce déséquilibre est contradictoire avec l’exigence, l’engagement physique et psychologique, et les risques inhérents à la fonction militaire, qui vont jusqu’à la mise en péril de la vie”, écrit la ministre de la Défense dans le projet de loi déposé le 6 janvier.

Il y est aussi proposé, en plus d’une solde mensuelle, une prime mensuelle “unité de disponibilité opérationnelle” (soit 531 euros) et une prime de démobilisation -versée quand le soldat quitte l’Armée- qui atteindra 14.378 euros après quatre ans sous les drapeaux. Et 4.147 euros pour chaque année supplémentaire. Et par année de service, le soldat volontaire verra sa solde mensuelle revalorisée de 3,7 à 4 points indiciaires.

Naturalisation accélérée

Les recrutés non-résidents pourront obtenir la nationalité luxembourgeoise par naturalisationaprès quatre années de bons et loyaux services comme soldat volontaire”. Et au bout d’une année seulement pour les ressortissants de l’Union européenne qui vivent au Luxembourg depuis trois ans “dont la dernière en continu”, a récemment précisé la ministre de la Défense dans une réponse à la question parlementaire de deux députés socialistes.

Lorsque la mesures sera adopté par la Chambre des députés et entrera en vigueur, tous les volontaires qui auront acquis la nationalité luxembourgeoise, pourront évidemment prétendre à toutes les carrières dans la fonction publique.

8 jours de congés en plus, logement et soins gratuits

À l’Armée, seules les recrues qui suivent l’instruction de base dorment obligatoirement à la caserne Grand-Duc Jean sur les hauteurs de Diekirch. Les soldats volontaires n’ont pas cette obligation mais disposent, s’ils en font la demande d’une chambre à la caserne. Un logement spartiate, mais mis gratuitement à leur disposition.

Les soldats volontaires sont nourris à titre gratuit dans l’établissement militaire auquel il sont affectés.

Autre argument non négligeable pour un futur salarié: le personnel militaire de carrière et les soldats volontaires bénéficient de 8 jours de congé en plus. Si les fonctionnaires ont 32 jours, un soldat dispose de 40 jours de congé par an.

L’Armée propose aussi des formations initiales et continues au Luxembourg et à l’étranger, et des études universitaires financées pour les aspirants officiers.

Le soldat volontaire de l’Armée bénéficie de la gratuité médicale, médico-dentaire, kinésithérapeutique, pharmaceutique dans la mesure du nécessaire d’un point de vue médical.

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