
“Il faut toujours être armé, donc une armée sera toujours nécessaire à l’avenir”. C’est ce qu’a déclaré le général Steve Thull, chef d’état-major de l’armée luxembourgeoise, lors de son interview, samedi dans l’émission “Background” de RTL Radio.
Il est primordial que “l’Europe devienne plus autonome en matière de défense”, ce qu’ont d’ailleurs exprimé les Américains et “qui est absolument juste”, estime le général Thull. De son avis, “nous n’avons pas entretenu correctement l’outil militaire toutes ces dernières années” car “nous avons investi l’argent ailleurs”, “vu que les Américains étaient prêts à dépenser de l’argent pour nous protéger”.
C’est là que le bât blesse aujourd’hui, puisque “au niveau militaire, nous ne sommes pas au niveau où nous devrions être si on le compare avec le niveau financier et le pouvoir économique de l’Europe”. Actuellement, “les Européens sont en train de s’activer, mais ce qui est positif c’est qu’ils en sont conscients et des efforts sont en cours”.
“Se préparer à la guerre ne signifie pas la souhaiter”, a souligné Steve Thull. “La préparer signifie être prêt à se défendre en cas d’urgence, si un autre attaque et que la guerre éclate. Et si on n’est pas préparé à cette éventualité, on est pas en bonne position”.
Il est crucial à ses yeux de déployer les efforts nécessaires pour renforcer la résilience du Luxembourg, sa stabilité et sa sécurité. Il serait par ailleurs évident que le Luxembourg ne pourrait jamais avoir d’impact concret, même en déployant des efforts considérables sur le plan militaire. Il nous faudrait comprendre que nous ne pourrions survivre dans ce monde qu’en restant unis en tant qu’Européens.
Sur le plan militaire, le général Steve Thull “ne pense pas qu’il y aura une confrontation militaire” directe avec les États-Unis. Le Groenland revêt une importance stratégique, notamment parce que le passage du Nord-Ouest devient de plus en plus accessible en raison du changement climatique, et parce que les missiles russes à destination des États-Unis survoleraient le Groenland ; par conséquent, les systèmes radar et de défense sont essentiels. “Jusqu’ici nous n’avons pas été sollicités pour intervenir au Groenland” a confirmé le chef de l’armée luxembourgeoise. Le général Thull n’a pas souhaité commenter la situation au Groenland et a déclaré que les décisions devaient actuellement être prises avant tout sur le plan politique et non militaire.
“Sans paix, rien ne fonctionne, ni l’État-providence ni la politique climatique !”, souligne le général Thull. Il comprend les critiques formulées à l’encontre des dépenses en faveur de la Défense, mais insiste sur le fait que la paix est le fondement de tout. Investir dans la défense n’est donc pas une compétition, mais une condition essentielle à un État stable. Il aurait toutefois souhaité davantage d’investissements par le passé, ce qui aurait permis d’éviter de rattraper le temps à présent.
Le succès fulgurant des Defence Bond démontre, selon lui, que de nombreux citoyens sont prêts à contribuer financièrement à la sécurité, non seulement à cause du rendement financier, mais aussi par conviction.
Outre les investissements de l’armée dans de nouveaux véhicules blindés (CLRV, Jaguar, Griffon), les communications et les satellites (GovSat), la défense aérienne et antimissile, et la modernisation du centre militaire du Herrenberg à Diekirch, une innovation majeure réside dans le bataillon de combat binational avec la Belgique. Environ 350 soldats devraient être opérationnels d’ici 2030. Cela implique davantage de véhicules lourds, un entraînement plus intensif et une nouvelle mentalité : l’armée doit se préparer à nouveau à un conflit conventionnel majeur.
Le principal défi reste le recrutement. L’armée a besoin de plus de personnel à tous les niveaux. Raison pour laquelle des contrats plus longs, de meilleures rémunérations et des perspectives de carrière plus attractives sont envisagés. Steve Thull se montre actuellement sceptique quant au service militaire obligatoire, mais n’exclut pas la possibilité de modèles de volontariat plus structurés à l’avenir.
Pour le général Thull, c’est clair : l’Ukraine ne doit pas perdre ! Une défaite aurait des conséquences non seulement pour le pays lui-même, mais aussi pour l’ensemble de l’ordre sécuritaire européen. La Russie a converti son économie à l’effort de guerre et produit plus d’armements que l’Europe réunie. Il est donc d’autant plus important de continuer à soutenir l’Ukraine, notamment en lui fournissant des systèmes de défense aérienne qui protègent la population civile.
Après près de quarante ans de service, Steve Thull prend sa retraite cette année. Pour lui, l’armée n’a jamais été un simple métier, mais une vocation, a-t-il déclaré. Il est exigeant envers ses hommes, mais insiste également sur l’importance de l’humanité, de la confiance et de la crédibilité dans le commandement. Son souhait pour la fin de sa carrière est pragmatique : une meilleure solde pour les soldats, des progrès concrets au sein du bataillon de combat et un plan clair pour la défense aérienne et antimissile au Luxembourg.