6 % des personnes infectées par le Covid développent un Covid long. Certaines en souffrent bien au-delà d’un an. Mener une vie normale devient alors quasiment impossible.
Il y a encore quatre ans, Dan Lukic travaillait comme éducateur sportif. Aujourd’hui, il se réjouit simplement de pouvoir se rendre utile une petite heure chaque matin et chaque soir dans sa commune. Bénévolement et de sa propre initiative, il part marcher et ramasser des déchets.
Pendant longtemps, le père de famille ne pouvait même pas sortir de chez lui. Le Covid long est apparu après une deuxième infection en septembre 2022. Fatigue chronique, brouillard mental permanent, douleurs nerveuses : “C’est comme si on touchait un fil électrique en permanence”, explique-t-il, précisant que cela complique fortement la concentration, les longues conversations ou encore la conduite.
Actuellement, Dan Lukic perçoit une pension d’invalidité et espère pouvoir retravailler un jour. Sa vie sociale et familiale a également été profondément bouleversée. Sa femme, Geraldine Posing, raconte que “toute la vie de famille s’est arrêtée du jour au lendemain”, qu’ils ne pouvaient plus rien faire ensemble et qu’elle a dû assumer seule toutes les responsabilités liées aux enfants, au point que leur vie de couple s’est mise en pause.
Aujourd’hui, la situation s’est améliorée, mais pendant longtemps, Dan Lukic était hypersensible. Pour les enfants, cela a été vécu comme une sorte de mur qui s’abattait sur eux à la maison. Pendant deux ans, ils n’ont pas pu faire de bruit, jouer d’un instrument ou même se disputer.
Dan Lukic et sa famille ont reçu beaucoup de compréhension et de soutien de la part de leurs proches, mais ce n’est pas toujours le cas.
Le psychothérapeute Charles Benoy, coordinateur du service Covid long de la “Rehaklinik” intégrée au Centre Hospitalier Neuro-Psychiatrique (CHNP) à Ettelbruck, explique que les patients atteints de Covid long font souvent face à une certaine stigmatisation.
Selon lui, cela s’explique par le fait que beaucoup confondent les symptômes principaux, comme la fatigue, avec une simple fatigue passagère, pensant “qu’il suffit de se reposer un peu pour aller mieux”.
Depuis 2021, environ 1 650 patients ont suivi le programme Covid long, dont 400 sont actuellement pris en charge.
Chaque mois, une quinzaine de nouveaux patients s’ajoutent. Ils peuvent bénéficier d’un accompagnement psychologique à la Rehaklinik, et selon les cas, d’une prise en charge au Centre National de Rééducation Fonctionnelle et de Réadaptation (dénommé communément “Rehazenter”) ou à Mondorf-les-Bains.
La ministre de la Santé, Martine Deprez, évoque des patients chroniques et souligne : “Nous n’avons pas de traitement qui guérit, mais nous avons des thérapies qui accompagnent” aidant les patients à gérer le quotidien et à se relever lors des périodes plus difficiles. Elle assure que ces dispositifs seront maintenus et que personne ne sera laissé sans soutien.
Selon la ministre, les autorités suivent également les évolutions à l’étranger afin d’évaluer ce qui pourrait être appliqué au Luxembourg et d’envisager une participation à des projets de recherche.

L’année dernière, la Rehaklinik et l’Université du Luxembourg ont lancé un projet pilote, FastCov, visant à étudier si une thérapie par le jeûne pourrait bénéficier aux patients atteints de Covid long et quels effets elle aurait sur le microbiome intestinal.
Dix-huit des vingt participants ont suivi le jeûne sans complications. Pour les deux autres, les difficultés ne seraient probablement pas directement liées au jeûne, selon Charles Benoy.
Dan Lukic a lui aussi participé à ce projet et dit s’être senti mieux par la suite : “Après sept jours, je pouvais déjà marcher davantage et me concentrer un peu mieux.” À l’automne, il a même entrepris un second jeûne de sept jours de sa propre initiative. Toutefois, son expérience individuelle ne permet pas de tirer des conclusions générales.
Charles Benoy indique que certains patients s’améliorent, tandis que d’autres ne constatent aucun changement, voire se sentent légèrement moins bien pendant la période de jeûne. Il estime qu’il faudra des études plus approfondies pour comprendre “si cela ne fonctionne pas du tout ou si cela peut être utile pour certaines populations seulement”.
Dan Lukic participe toujours au programme Covid long et a suivi de nombreuses thérapies, dont l’accompagnement psychologique lui a été particulièrement bénéfique.
Il a également essayé plusieurs traitements de sa propre initiative, non pris en charge par la Caisse nationale de santé (CNS), pour un montant estimé à environ 20 000 euros.
Selon Dan Lukic, l’acupuncture lui apporte un certain soulagement. Malgré cela, il ne peut toujours pas cuisiner lui-même et lorsque sa femme est absente, il fait appel plusieurs fois par semaine au service Repas sur roues, une prestation de livraison de repas à domicile, principalement destinée aux personnes âgées de 65 ans et plus, à mobilité réduite ou en situation de dépendance.
Tous ces éléments ont un coût, et il est possible de soutenir ses actions de nettoyage à Mertzig par des dons.
Il reste incertain combien de temps le Covid long continuera d’affecter sa vie de manière aussi importante. Dan Lukic a appris à ne pas trop s’en inquiéter ni à se laisser submerger par le stress. Geraldine Posing affirme qu’elle a toujours gardé espoir, estimant que “rester unis et voir le positif” est ce qui leur a permis de tenir.