
Cette première réunion a été qualifiée de "très bonne et constructive" par le Premier ministre et s'est déroulée dans un "esprit positif" de l'avis de Michel Reckinger, président de l'UEL. Il résulte de cette première entrevue entre partenaires sociaux, essentiellement consacrée à l'exposition des différentes mesures, que ça se passe plutôt dans la bonne humeur, mais surtout que tous sont d'accord sur deux points.
Primo l'objectif, résumé en ces termes par Luc Frieden: "Notre but est de protéger les gens de l'augmentation des prix de l'énergie et de l'inflation. Notre intérêt à tous est d'éviter que les prix n'explosent". Secundo, l'urgence de "tous travailler dans le même sens", car comme l'a souligné Michel Reckinger "chaque jour que nous perdons a une incidence sur l'inflation comme l'a montré le Statec". Et l'inflation plombe la compétitivité des entreprises.
Tous les partenaires sociaux veulent "avancer rapidement" et Luc Frieden a émis la probabilité de prolonger la tripartite d'une journée cette semaine. D'ores et déjà les 8, 9 et 10 juin sont des dates réservées dans les agendas des partenaires sociaux pour parvenir à un compromis au plus vite.
Depuis leur dernière retrouvaille du 12 mai en vue de préparer cette tripartite énergie, la situation économique présentée par le Statec n'a pas vraiment évolué au Luxembourg au point qu'une récession serait envisagée à l'automne, mais "cela peut bien sûr changer à tout moment", a prévenu ce mardi matin Tom Haas, directeur du Statec. En revanche, la crise a déjà des répercussions sur les finances publiques dit le Statec et "nous sommes dans un scénario où le conflit durera plus longtemps avec toutes les conséquences sur les prix de l'énergie, des engrais et toute une série de produits", a résumé Luc Frieden.
Le Premier ministre n'a pas énoncé dans le détail comment le gouvernement compte procéder et insiste sur leur aspect "évolutif" -puisque tout reste à discuter - mais a déjà fait trois propositions pour "freiner les prix de l'énergie" et voir "quels sont les coûts que l'État pourra prendre en charge", pour maintenir le pouvoir d'achat en "continuant à aider ceux qui construisent ou rénovent leur maison pour décarboner" et pour augmenter notre souveraineté alimentaire via des aides aux exploitants agricoles.
L'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) a d'emblée posé la compétitivité des entreprises "au cœur de toutes les décisions" et est que "l'urgence" de la tripartite était de prendre des "mesures ambitieuses" pour répondre à l'augmentation des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient. "Dans l'intérêt de tous" prévient l'UEL, le fil rouge des discussions doit être la compétitivité des entreprises, car sans elle "il n'y a ni création d'emploi, ni maintien dans l'emploi, ni financement durable de l'État providence et de la sécurité sociale". L'Union des syndicats est d'avis que le Luxembourg "doit faire le choix d'une stratégie de compétitivité" soit, mais "fondée non sur la compression salariale ou le recul social, mais sur l’investissement, la demande intérieure, la qualification, l’innovation, la transition énergétique et la cohésion sociale".
Le catalogue de revendications de l'UEL préconise trois actions, dont la prioritaire serait "d'éviter deux indexations endéans 12 mois" , davantage "serait insoutenable" pour les entreprises qui subiraient lors des "conséquentes très lourdes sur leur stabilité".
Il conviendrait aussi de prendre des "mesures d’urgence" pour soutenir toutes les entreprises qui consomment beaucoup d'énergie. Enfin, il faudrait rendre des mesures générales pour soutenir la compétitivité des entreprises.
Dans son "Paquet compétitivité et dialogue social" qui regroupe toutes leurs revendications, OGBL et LCGB estiment que "l'emploi doit se trouver au centre de toute réponse à la crise actuelle" et propose plusieurs solutions dont la création d'une cellule nationale de reclassement et de reconversion qui serait activée avant tout plan social et d'un Fonds de transition qui serait financé par l'impôt de solidarité auquel les entreprises participerait davantage.
L'Union des syndicats "soutient le principe d'aides ciblées aux entreprises" qui sont frappées par la crise énergétique mais veut plafonner les aides de l'État à 500.000 euros par entreprise et à 80% du surcoût énergétique calculés sur les trois dernières années. Pour soutenir la croissance et prévenir une récession elle propose de créer un "Fonds spécial" doté de "7 milliards sur sept ans". Une manne qui servirait aussi à booster enfin le logement via "la construction de 10.000 logements publics et abordables sur cinq ans"" ou "l'acquisition massive de logements en VEFA". Le pilotage de la transition énergétique devrait être assuré par une "plateforme tripartite permanent de suivi".