
Le procès se tient sous le régime de la publicité restreinte jusqu'à vendredi. Seules les victimes, témoins de l'affaire, proches parents de l'accusé et les représentants des institutions s'occupant des enfants peuvent y assister.
Sur le banc des parties civiles, sept jeunes filles, accompagnées pour la plupart de leurs parents. Avant l'ouverture des débats, certaines pleurent.
"Nos clientes sont inquiètes, stressées, fragiles et abîmées. Elles passent leur temps à faire des séjours en psychiatrie", dit à l'AFP Zakia Ait Ali Slimane, avocate de deux d'entre elles.
"Mes clientes sont là, elles attendent des réponses, leur reconnaissance de statut de victime et des excuses de la part de l'accusé", a déclaré Charlotte Cordebar, avocate des deux cousines de l'accusé, dont l'une "a permis la révélation des faits, en octobre 2022, au détour d'un séjour en psychiatrie après une tentative de suicide".
Les cousines "ont l'impression de trahir leur famille", et leurs parents ont "la culpabilité de n'avoir rien vu", poursuit l'avocate, décrivant un contexte familial "difficile à appréhender".
L'accusé, né en 2007, était encore mineur au moment des faits, qui se sont produits dans diverses localités de Lorraine entre janvier 2013 et octobre 2023.
Il est accusé d'avoir agressé sexuellement ou violé à partir de 2013 deux de ses cousines, nées en 2007 et 2012, pendant plusieurs années, jusqu'en 2019, parfois avec violence (pincements, gifles ou coups de poing) ou encore sous la menace d'un couteau.
Plus tard, en 2022, alors qu'il est au lycée, une camarade l'accuse de l'avoir suivie à la sortie du bus, puis de l'avoir agressée sexuellement, en la contraignant à des baisers et attouchements.
Il lui est aussi reproché d'avoir, l'année suivante, profité du demi-sommeil d'une autre camarade, chez des amis, pour lui imposer des caresses.
Trois petites amies, nées entre 2005 et 2008, se sont aussi constituées partie civile au procès, dénonçant des attouchements ou rapports sexuels violents, commis sous la contrainte, avec par exemple des menaces de ternir leur réputation ou de diffuser des photos d'elles dénudées.
Elles dénoncent aussi la menace d'une arme -un couteau le plus souvent, parfois un rasoir- ainsi que des violences physiques lorsqu'elles le repoussent.
D'après l'enquête, le jeune homme est né dans une famille à la dynamique "pathologique". Petit, il aurait pu être témoin de rapports sexuels que son père pouvait avoir, parfois avec des jeunes filles à peine âgées de 14 ans.
A l'expert psychiatre, il a indiqué n'avoir été lui-même victime d'aucun fait de violence, physique, psychique ou sexuelle durant son enfance.
En maternelle, il a fait preuve de violence envers des fillettes mais aussi ses enseignantes. Il lui est arrivé de venir à l'école primaire avec un couteau et il a été exclu de deux écoles et de trois collèges.
Les experts disent de lui qu'il a beaucoup de colère "en lien avec son enfance". Ils estiment qu'il a une "absence d'aptitude empathique" conjuguée à un "déni des droits fondamentaux d'autrui", ce qui rassemble, selon eux, les "prémices d'un trouble psychopathique nécessitant une notable vigilance".
"L'expertise psychiatrique est plus qu'inquiétante", estime Zakia Ait Ali Slimane.
L'enquête a révélé une grande consommation de pornographie.
Durant l'enquête, l'accusé a nié les faits, et dit ne ressentir aucune honte ou culpabilité.
Du côté de la défense, aucune déclaration ne sera faite avant le verdict, attendu vendredi.
Selon la loi, un mineur âgé de moins de 13 ans au moment des faits bénéficie d'une présomption de non discernement mais peut être poursuivi et sanctionné s'il est capable de discernement. Il ne peut faire l'objet d'une mesure de privation de liberté pour ces faits mais peut être condamné à une sanction éducative.