Trois semaines sont passées depuis la première réunion préparatoire des partenaires sociaux au Kirchberg le 12 mai. Le temps, pour chacun, de "digérer" tous les chiffres mis sur la table avec une perspective qui entraînerait le Luxembourg vers une récession dans le scénario du pire envisagé par le Statec dès cet automne. À savoir le prolongement du conflit au Moyen-Orient jusqu'en septembre. Le conflit perdure en Iran, au Liban et la situation s'est figée dans le détroit d'Ormuz, toujours fermé au trafic maritime. Et comme l'a rappelé le commissaire à l'énergie face aux partenaires sociaux il y a trois semaines, les produits pétroliers représentent 60 % de la consommation énergétique totale du pays qui dépend à 90% des importations pour le gaz.
L'énergie et la perspective d'une inflation de plus en plus préoccupante seront au cœur de la tripartite qui a démarré à 14h30 ce mardi au château de Senningen, non loin de l'aéroport du Findel. Le gouvernement se réunira avec l'Union des syndicats, la Confédération générale de la Fonction publique, l'Union des entreprises luxembourgeoises et la Chambre d'agriculture qui fait face depuis la fin de la semaine dernière à l'inattendue crise EKABE dans le secteur laitier. Luc Frieden, Premier ministre, avait expliqué lors de la dernière entrevue à trois, que l'objectif n'était pas de freiner l'inflation mais d’"observer les conséquences pour les particuliers et les entreprises".
Le Premier ministre a eu la latitude de mesurer la divergence de vue entre les partenaires sociaux et a plaidé pour une tripartite constructive et un renforcement de la cohésion sociale dans le pays, lors de son discours sur l'état de la nation le 19 mai. Luc Frieden a appelé à trouver ensemble, la voie du compromis: "Chaque partenaire doit entendre les préoccupations des autres. Et si chacun fait un pas vers l’autre, nous trouverons ensemble la voie à suivre, dans l’intérêt du pays", avait-il invité à la tribune de la Chambre des députés. Le ton est à l'apaisement au moment où le Premier ministre est persuadé que des temps plus difficiles se profilent à l'horizon. "La véritable crise risque encore d’arriver. C’est l’analyse générale des chefs d’État et de gouvernement en Europe", avait-il lancé devant le parlement il y a un mois.
Ce qui inquiète évidemment les ménages luxembourgeois les plus modestes, mais aussi les patrons d'entreprises. Le patron des patrons, Michel Reckinger va tenter de trouver des solutions pour que les entrepreneures ne restent pas seuls dans la tempête inflationniste quand elle soufflera. Le combat de l'UEL est de trouver un accord sur des mesures permettant de chapeauter les effets de l'augmentation des prix des énergies et de l'inflation. Alors que deux autres indexations de salaires pourraient être déclenchées d'ici septembre 2027 dans le scénario du pire, le patronat réclame un minimum de 12 mois entre deux revalorisations. Le gouvernement pourrait-il dès lors donner un coup de pouce aux entreprises via une compensation de l'index ou un report de tranche indiciaire ?
D'ores et déjà, l'Union syndicale formée par OGBL et LCGB s'est prononcée contre une baisse généralisée de l'impôt sur les sociétés. Seules les petites et moyennes entreprises doivent bénéficier d'allègements fiscaux. Elle n’acceptera pas non plus de compromis sur l'index et réclame toujours une augmentation de 300 euros du salaire social minimum, sans délais. Dans son "Paquet compétitivité et dialogue social" axé sur la sauvegarde des emplois, le pouvoir d'achat, le dialogue social et la relance économique, l'Union syndicale va plus loin. Elle revendique une tripartite permanente au sein de laquelle les partenaires sociaux disposeraient d’une réelle influence sur les décisions économiques et sociales du pays.
Quant à l'état des finances publiques, donc de la potentielle marge de manœuvre dont dispose le gouvernement pour trouver des solutions, il s'est dégradé au cours des deux dernières années. "Le problème est que les dépenses ne sont pas maîtrisées", a prévenu lundi sur RTL Radio Romain Bausch, président du Conseil national des finances publiques, organisme indépendant dont la mission est d’évaluer les finances publiques et de voir si elles se développent de manière cohérente. Romain Bausch a regretté que le sujet ait été passé sous silence par le Premier ministre lors de son récent discours sur l’état de la nation car des chiffres transparents, cohérents et actualisés seraient utiles dans la perspective de la tripartite. Il estime "problématique" qu'un telle réunion "se base sur des chiffres qui datent du budget qui a été monté en septembre-octobre de l'année passée".