Finances publiques"Le problème est que les dépenses ne sont pas maîtrisées"

François Aulner
adapté pour RTL Infos
Romain Bausch, président du Conseil national des finances publiques, était l'invité de la rédaction de RTL lundi matin.
© RTL

L'état des finances publiques s'est dégradé l’année dernière et cette année. Les recettes sont plus faibles, car l’économie tourne au ralenti. Mais c’est surtout l’augmentation des dépenses qui fait croître davantage le déficit budgétaire. "Le problème est que les dépenses ne sont pas maîtrisées", a souligné lundi sur RTL le président du Conseil national des finances publiques. Romain Bausch a précisé que les dépenses ont augmenté de 8,1 %, soit 2,3 points de plus que prévu.

Il existe des dépenses utiles, comme les investissements, souligne Romain Bausch. Mais l’évolution des dépenses liées aux rémunérations dans la fonction publique, ainsi qu'à la politique de recrutement de l’État et à d’autres transferts nécessaires au fonctionnement de l’État, serait "violente", selon le président du Conseil national des finances publiques. Le ministre des Finances, Gilles Roth, a fixé dans une circulaire un plafond de 4,5 % d’augmentation des dépenses pour l’année prochaine. Interrogé à ce sujet, Romain Bausch a déclaré : "Si ces 4,5 % se retrouvent effectivement dans le budget 2027, alors ce sera un excellent travail qui aura été accompli."

Le président du Conseil national des finances publiques estime que les gouvernements précédent et actuel ont beaucoup fait pour lutter contre les crises, mais : "le problème est que nous faisons face à des défis qui ne disparaîtront pas demain". Romain Bausch a cité le logement, la défense et le vieillissement de la population. "Il y a bien des choses qui ont été faites", a-t-il toutefois ajouté. Il a mentionné la réforme des pensions, qui ne va cependant pas assez loin. "Nous sommes malheureusement à une époque où des mesures, qui ne sont pas très populaires, sont nécessaires", a déclaré le président du CNFP.

Romain Bausch a regretté que l'état des finances publiques n’ait pas été abordé dans le discours sur l’état de la nation du Premier ministre Luc Frieden il y a deux semaines. D’autant plus que la réunion tripartite convoquée en raison des conséquences de la crise au Moyen-Orient, se poursuivra mardi, et que des chiffres transparents, cohérents et actualisés seraient utiles. Comme les règles européennes ont été modifiées, une actualisation n’est désormais plus effectuée au printemps. Il serait problématique d’organiser une tripartite avec des chiffres qui remontent à l’année dernière.

Dette publique et réforme fiscale

Bien que, selon les données les plus récentes du Statec, le déficit budgétaire se soit élevé à 1,8 milliard d’euros l’année dernière, et non à 700 millions d’euros comme prévu dans le budget, le Luxembourg respecte encore les règles européennes. Le pays se situe toujours dans le volet préventif et non dans le volet correctif. Il en va de même pour la dette publique, qui, selon Eurostat, pourrait dépasser l’année prochaine le seuil des 30 % du PIB. Les critères de Maastricht prévoient un maximum de 60 %. Le seuil de 30 % était une limite politique que les précédents gouvernements DP-LSAP-Gréng s’étaient fixée afin d’éviter des dépenses excessives.

Romain Bausch estime toutefois que, en tant qu’économie ouverte fortement dépendante de la place financière, le Luxembourg devrait faire preuve de davantage de prudence. Il s’est même prononcé en faveur de l’utilisation du revenu national brut (RNB), plutôt que du produit intérieur brut (PIB), comme référence. L’Irlande le ferait déjà et, dans le cas du Luxembourg, cela aurait également du sens en raison des spécificités du pays. À la remarque selon laquelle on a pas eu besoin du LSAP pour mener une politique du saupoudrage, le président du CNFP a répondu que les mesures de crise n’étaient pas toutes du saupoudrage, évoquant la pandémie et la crise énergétique.

Concernant la réforme fiscale prévue, avec la devise "plus de net par rapport au brut" pour tous, il a effectivement regretté que le financement compensatoire via la non-adaptation du barème à un certain nombre de tranches indiciaires "n’améliorera pas" les chiffres des finances publiques. Les budgets de l’État et la programmation budgétaire pluriannuelle sont établis à "politique inchangée". Cela signifie que, même si l’État ne restitue pas 600 millions d’euros aux contribuables correspondant à cinq tranches indiciaires, ces 600 millions ne constituent pas non plus des mesures d'économies, puisqu’ils n’étaient de toute façon pas prévus comme dépenses.

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