L'état de la nation en résuméL'objectif de Luc Frieden: "Renforcer la cohésion" au Luxembourg

Maurice Fick
Un chapelet de mesures à venir, une croissance économique faible, des conséquences de la guerre au Moyen-Orient vécues très différemment selon sa situation... Voici les idées fortes à retenir du discours sur l'état de la nation prononcé par le Premier ministre, mardi face à la Chambre et... dans la perspective d'une tripartite omniprésente.
© SIP/ Julien Warnand

Ce troisième discours sur l'état de la nation du Premier ministre Luc Frieden revêt un caractère symbolique car il intervient à mi-législature de son gouvernement CSV-DP. Et dans un contexte social tendu puisque les partenaires sociaux sont en pleine préparation de la tripartie qui sera négociée les 2 et 3 juin.

Comme attendu, l'heure n'était pas aux grandes annonces ce mardi face au parlement. Mais plutôt à un bilan d'étape mettant en avant toutes les mesures déjà prises ou en cours. Et dans un contexte international chamboulé qui oblige au constat d'une croissance faible au Luxembourg, le grand objectif du gouvernement CSV-DP est de "renforcer la cohésion" de la société. Car "la cohésion sociale est notre bien le plus précieux en tant que nation", a souligné d'emblée le Premier ministre, puis en filigrane de son allocution appelant tout un chacun à y participer et les partenaires sociaux à tirer sur la corde dans le même sens... lors des discussions à venir.

Dans son long discours intitulé "Ensemble. Pour tous" prononcé mardi devant la Chambre des députés, Luc Frieden a détaillé les différentes politiques et mesures conduites par son gouvernement pour y parvenir. Elles visent à créer des emplois et renforcer l'économie "dans le dialogue" pour garantir le niveau de vie, lutter contre la pauvreté, permettre à chaque enfant vivant au Luxembourg de réussir dans la vie, maintenir l'accès à la propriété "comme une perspective réaliste pour chacun", protéger l'Environnement et agir contre le changement climatique, faire du Luxembourg "une force motrice" en Europe.

Les conséquences de la guerre ressenties "très différemment"

Très vite, après avoir expliqué que le monde "est en pleine mutation" et que la réponse pour le Luxembourg s’appelle l’Europe, la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz sont arrivés sur le tapis. Les prix à la pompe, comme les engrais, les denrées alimentaires et de nombreux autres produits deviennent plus chers, mais "les véritables conséquences économiques restent à venir", a prévenu le Premier ministre, comme il l'avait déjà fait fin avril.

Au Luxembourg citoyens et entreprises "ressentent les conséquences de cette guerre de manières très différentes", constate le Premier ministre. Certaines entreprises enregistrent de bons résultats, alors que parallèlement "l'industrie, le commerce et l’artisanat – surtout la constructiontraversent des difficultés". La hausse des prix pétroliers "pèse davantage sur la logistique et le transport que sur les magasins de vêtements ou les banques".

© SIP/ Julien Warnand

Pour les résidents, c'est pareil: "Tout dépend si vous vous chauffez au mazout, au gaz ou avec une pompe à chaleur, si vous utilisez la voiture ou les transports publics, si vous gagnez plus ou moins. Et surtout l’inflation risque d’augmenter plus rapidement, en raison des prix énergétiques qui impactent toute l’économie".

État d'esprit pour une tripartite constructive

Ces réalités et effets différents seront abordés, sous peu, lors de la tripartite. Et à Luc Frieden de lancer aux partenaires partenaires de demain: "Si nous nous considérons tous comme faisant partie d'un même ensemble, ces réalités divergentes ne divisent pas, elles rassemblent. Alors, nous ne nous opposons pas les uns aux autres. Alors, nous avançons ensemble. Et notre nation reste unie".

Si le Premier ministre n'a fait aucune annonce concernant la tripartite, il préconise que "chaque partenaire doit entendre les préoccupations des autres. Et si chacun fait un pas vers l’autre, nous trouverons ensemble la voie à suivre, dans l’intérêt du pays".

Luc Frieden s'est bien gardé de ne jamais prononcer le mot "récession", pourtant envisagée dès fin 2026 par le Statec en cas de blocage long du détroit d'Ormuz, et a parlé de croissance qui "ralentira et que les prix remonteront". Selon le Premier ministre, les effets économiques et sociaux de cette crise "nous occuperont encore pendant des mois et des années". Et c'est pour discuter ensemble de la manière d'y faire face que la tripartite se tiendra.

Indexation des salaires "non négociable" et pouvoir d'achat

L’index (dont un est prévu sous peu au Luxembourg) reste un "élément central de notre modèle social", a souligné Luc Frieden. Comme il permet justement d'absorber une partie des effets de la crise actuelle, Luc Frieden estime que "ce système n’est pas négociable", et il n'est pas question de remettre en cause tout ce qui a été accompli jusqu’ici au Luxembourg à cause d'une crise à l’étranger.

La Préservation du pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises "sont deux priorités centrales de ce gouvernement", a rappelé Luc Frieden.

Pour maintenir le pouvoir d'achat, rappelle le Premier ministre, l'État a mis la main à la poche pour contenir la facture d'électricité de chacun. Il prend en charge "à hauteur de 150 millions d'euros, une grande partie des coûts de réseau pour les citoyens et les entreprises. En y ajoutant les 80 millions d'euros consacrés au mécanisme de compensation, nous avons ainsi réduit substantiellement la facture d'électricité" depuis le 1er janvier 2026.

Recréer de la croissance car elle s'est "enrayée"

Luc Frieden n'a pas non plus abordé la question des finances publiques qui se dégradent pourtant au Luxembourg, pas plus que celle de la dette publique qui avoisine les 30% du PIB ou celle du budget déficitaire de l'État en ce début 2026.

Il a, par contre, dressé un tableau pessimiste de la situation économique dans laquelle se trouve le pays. Depuis la pandémie du Covid-19, "notre économie peine à retrouver son élan. A part l’année suivant la crise, aucune année n’a enregistré une croissance supérieure à 0,6%", a confessé Luc Frieden. L'artisanat, la construction, le commerce ou la restauration sont autant de secteurs qui ont perdu en dynamisme. Si elle reste un "moteur de notre économie", la place financière évolue dans un environnement de concurrence internationale "toujours plus intense".

La croissance est "le fondement de notre niveau de vie" mais aussi de "notre système de retraite, de notre assurance maladie, de nos hôpitaux, de nos écoles et de nos routes", pose le Premier ministre. Or, le moteur de la croissance "s'est enrayé ces dernières années" et "notre économie reste en deçà de sa moyenne historique et des performances de la zone euro". Et sans croissance, "moins de nouveaux emplois", glisse Luc Frieden.

Parallèlement, le chômage a augmenté au Luxembourg pour se situer aujourd'hui "au-dessus de la moyenne européenne", malgré des pénuries de main-d'oeuvre de plus en plus marquées dans plusieurs secteurs. Lors de la tripartite, il convient de garder à l'esprit que soit "nous créons ensemble la croissance", soit "nous stagnons ensemble". Pour avancer, la solution s'appelle "effort et dialogue constants". Car seul un effort commun fera tourner l'économie et créer des emplois, assure Luc Frieden.

Pauvreté: personne ne sera abandonné à son sort

Pour le gouvernement, "une chose est claire : nous n'abandonnerons personne à son sort", a lancé en début de discours Luc Frieden. Car pour renforcer la cohésion au sein de la société, il faut commencer par s'occuper de ceux qui ont moins de chance.

Le Premier ministre a répété que "la pauvreté n'est pas un choix" et que notre responsabilité collective est d'éviter ou de combattre l'injustice de la pauvreté. Pour lutter contre la pauvreté, le gouvernement a créé le complément de vie chère qui entrera en vigueur dès 2027. Une aide unique qui sera déclenchée par une seule procédure et qui regroupe cinq aides existantes, dont l'allocation de vie chère, la prime énergie et la nouvelle aide sociale destinée aux personnes retraitées.

À travers cette aide, il sera aussi possible de demander directement la subvention de loyer puisque les coûts du logement constituent le principal facteur de pauvreté au Luxembourg. Luc Frieden a annoncé "une nouvelle aide de 3.000€ par année pour les familles à faible revenu".

Les mêmes chances pour chaque enfant

Alors qu'au Luxembourg un enfant sur quatre grandit dans un ménage avec un seul parent, il s'agit de "donner à chaque enfant les mêmes chances de
réussir dans la vie", lance le Premier ministre avant de présenter une série de mesures qui passe par la réforme fiscale, les allocations familiales et le chèque-service accueil. À partir de 2028, il n'y aura qu'une seule classe d’impôt, et un nouvel abattement permettra de réduire le montant imposable de 3.000 euros par enfant de moins de trois ans.

À compter du 1er janvier 2027, les allocations familiales augmenteront de 45€ par mois, et même de 60€ pour les enfants de plus de 12 ans. Et l’allocation de rentrée scolaire sera également augmentée de 60€, voire 90€.

Un troisième volet de la réforme consistera en un chèque-service accueil. "Nous soulageons les familles en prenant à charge près de 80 millions d'euros jusqu’à présent financés par les familles elles-mêmes. Ainsi, une famille économisera en moyenne près de 3 000€ par enfant et par an", avance le Premier ministre. L'objectif de son gouvernement est de "garantir à chaque enfant une place dans une structure d'accueil".

Logement: rien de nouveau

"Notre objectif est clair: construire plus, et plus rapidement, afin d’offrir à chacune et chacun une chance d'accéder à un logement abordable", a lancé le Premier ministre à la tribune. Reconnaissant, dans la foulée, que "la demande reste élevée, tandis que l'offre est insuffisante".

Aux yeux du gouvernement, ce sont les procédures en vigueur qui constituent "le plus grand chantier du pays", et leur modification prendra beaucoup de temps. Le Premier ministre a de nouveau évoqué le plan d'action en dix points pour le logement présenté lors de son premier discours sur l'état de la nation.

Ce plan prévoit notamment que le "silence vaut accord", les demandes étant automatiquement approuvées après un certain délai. Grâce au règlement national sur les bâtisses, les règles seront harmonisées sur tout le territoire national, ce qui permettra de construire plus rapidement et plus efficacement. Luc Frieden a assuré que "sept de ces mesures ont déjà été mises en oeuvre ou sont actuellement soumises à la Chambre. Les trois dernières suivront d'ici la fin de l'année".

Le gouvernement veut rétablir la confiance de l'acheteur dans le secteur de la vente en l'état futur d'achèvement (VEFA) en offrant "une meilleure protection juridique, notamment en matière de garantie d'achèvement". Il a aussi promis de "réduire les droits d’enregistrement sur les constructions neuves". Mais sans livrer davantage de détails.

Pour financer davantage la construction de logements abordables par l'État, un "housing bond", c'est-à-dire une emprunt public, est dans les cartons: "Ainsi, les particuliers, même avec de petites sommes, pourront soutenir directement la construction de logements, avec un rendement intéressant", annonce le Premier ministre en laissant tout le monde sur sa faim.

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