
Un peu d’Allemagne, un peu de Luxembourg et beaucoup d’amour. La recette du bonheur est simple. Elle se décline depuis des décennies dans un rayon de plus de 100 km qui s’élargit un peu plus chaque année.
La confrérie du maitrank, qui signifie littéralement boisson de mai, est née à Arlon en 1964 sous l’œil attentif de celle du Matoufé de Marche-en-Femme et de celle des Herdiers de Bastogne.
La connotation religieuse du mot «confrérie» a été élargie au vocabulaire de la gastronomie et à tout ce qui l’entoure. Celle qui fête ses 62 ans cette année rassemble les amoureux de cet apéritif dont Robert Geimer, président, nous rappelle l’origine. "Ce sont des moines bénédictins de l’Abbaye de Prüm en Allemagne qui l’auraient inventé au milieu du 9e siècle. Ils voulaient rendre moins acide leur vin en ajoutant des fruits macérés".
Ainsi serait donc né le maitrank qui allait bien sûr faire l’objet de déclinaisons multiples et d’ajouts divers et variés. Il est notamment question de cognac, "mais nous n’en mettons plus pour des raisons d’accises", témoigne Robert Geimer. "Certains ajoutent de la cannelle par exemple".
La base, elle, est toujours la même: vin blanc de la Moselle (Riesling, voire Elbing), fleur d’aspérule et oranges. "Les plantes ont fleuri il y a déjà un mois. Cueillies, elles sont ajoutées avec un peu de sucre et le tout macère quelques jours avant d’être servi frais". Le président reconnaît que le breuvage peut se conserver un an, voire plus mais le déconseille pour ne pas voir des bouteilles exploser.
Il coule à flots à la fin du mois de mai dans deux lieux symboliques de la ville d’Arlon: la place Léopold et l’hôtel de ville. Pas moins de 10.000 personnes sont ainsi attendues lors de fins de journées festives qui mêlent tradition et folklore.
"L’un des temps forts est l’inauguration de la fontaine à maitrank. Il s’agit d’un cortège composé des membres de la confrérie, des autorités communales, de personnalités et des membres de la commission des fêtes". Qui dit confrérie, dit intronisation. Les rois belges Baudouin, Albert et Philippe l’ont ainsi été mais aussi des personnes de la région comme le responsable de la zone de Police de la Province, le bourgmestre d’Aubange et celui de Steinfort pour montrer combien les relations avec le voisin grand-ducal restaient cordiales.
Environ 200 membres font ainsi partie d’une confrérie qui porte la bonne parole partout autour d’elle. "La tradition voulait que les militaires, en faction à Arlon, vantaient les mérites du maitrank en rentrant chez eux et que les étudiants n’étaient jamais avares de commentaires positifs lorsqu’ils repartaient à Liège, Louvain-la-Neuve et Bruxelles", poursuit Robert Geimer qui explique que les débordements constatés il y a quelques années ont diminué. "L’hôpital d’Arlon avait souvent plus de travail avec quelques comas éthyliques, mais les choses vont dans le bon sens et le comportement de la population est plus adulte. La présence de la police montée dissuade d’ailleurs rapidement les plus téméraires".
Devenue royale puisque cinquantenaire, la confrérie s’apprête à honorer cette tradition comme il se doit de vendredi à dimanche. Des DJ et des groupes de reprises devraient assurer une ambiance des grands soirs sous une météo qui s’annonce particulièrement clémente et propice à une petite sortie entre amis ou en famille.