
L'homme derrière cette pétition partage sa vie entre la Moselle et le Luxembourg, il a d'ailleurs la double nationalité. Philippe Mouraux Klein est juriste et linguiste à la Cour de justice de l'Union européenne au Grand-Duché. Ancien candidat aux élections législatives de 2017 dans la quatrième circonscription de la Moselle, il est un fervent défenseur du droit local et des langues régionales.
Dans sa pétition, il s'appuie sur l'article 72 de la constitution pour réclamer un statut particulier à la Moselle.
Il explique que l'intégration de la Moselle à la région Grand Est en 2015 a été "imposée sans consultation des populations concernées", et "ne correspond ni aux réalités historiques, ni aux identités culturelles, ni aux intérêts économiques et institutionnels du territoire mosellan".
Autre argument avancé par Philippe Mouraux Klein, "La Moselle dispose d’une identité propre, d’un droit local spécifique hérité de son histoire, et d’enjeux territoriaux qui nécessitent une gouvernance de proximité forte et cohérente, aujourd’hui diluée dans un ensemble régional trop vaste et trop hétérogène pour répondre efficacement aux besoins de ses habitants".
Il réclame donc la sortie du département de la Moselle de la région Grand Est et la création d’une Collectivité Territoriale de Moselle. Il estime enfin qu'une collectivité unique permettrait au département de faire des économies "de 25 à 55 millions d'euros par an à terme".
Son ambition est de créer une "collectivité unique qui réunisse les compétences du département et de la région" pour éviter la spécialité française qu'est le millefeuille administratif.
D'après lui, il y aurait d'énormes économies à faire car avec cette réforme territoriale, "il y aurait moins de personnel, moins d'élus et donc moins d'indemnités."
Il estime qu'une "réforme territoriale en France est plus que souhaitable en France, et appelle à plus de fédéralisme".
Philippe Mouraux Klein appelle de ses vœux un remplacement de la région Grand Est par quatre collectivités : l'Alsace, la Champagne Ardennes, la Moselle et la Lorraine qui regrouperait les trois autres départements lorrains (Meuse, Meurthe et Moselle et Vosges).
Après les velléités alsaciennes de quitter la région Grand Est, le collectif “Initiative citoyenne pour l’avenir de la Moselle” a déposé la pétition le 5 mai sur le site de l'Assemblée Nationale.
Mais cette pétition n'a pas encore passionné les foules. À l'heure ou nous écrivons cet article, elle a recueilli à peine 380 signatures. C'est très loin des 100.000 exigées par l’Assemblée Nationale.
Cette même Assemblée Nationale qui a adopté début avril une version remaniée de la proposition de loi visant à sortir l'Alsace de la région Grand Est, sans certitude à ce stade sur l'avenir du texte.
Présentée par le groupe macroniste Ensemble pour la République, dix ans après la fusion des régions décidée sous François Hollande, la proposition de loi a été adoptée par 131 voix contre 100.
Après le vote, le patron du groupe macroniste, Gabriel Attal, a salué dans un communiqué associant plusieurs députés une "première étape" pour répondre à "une aspiration forte des Alsaciens", et appelé le gouvernement à inscrire le texte à l'ordre du jour du Sénat.
Les présidents et présidentes de région ont eux déploré dans un communiqué l'adoption d'une loi souffrant de "lourdes lacunes", à la suite de "débats bâclés, chaotiques et plein de confusion en séance publique". Ils ont appelé à cesser un "bricolage institutionnel, source de divisions politiques".
La question d'une collectivité alsacienne unique est un vieux serpent de mer. En 2013, un référendum visant à consacrer sa création n'avait pas abouti faute de participation suffisante et du fait de la victoire du "non" dans le Haut-Rhin.