Selon Dan Kersch"Sur la défensive et affaibli… Luc Frieden devrait démissionner"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Pourquoi le discours sur l'état de la nation a-t-il lieu mardi et non après la réunion tripartite ? C'est la question qui été posée mardi matin par l'ancien ministre du Travail et de la Fonction publique, Dan Kersch, alors qu'il était l'invité de la rédaction de RTL ce mardi.

Soit le Premier ministre ne dira rien de concret – "alors nous n'avons pas besoin d'un État de la Nation" –, soit il anticipera les négociations, ce qui serait un mauvais signal pour le dialogue social.

L'ancien ministre socialiste n’a pas non plus épargné le gouvernement, et en particulier le Premier ministre Luc Frieden, de vives critiques. À la veille de la réunion tripartite et du discours sur l’état de la nation, il réclame des mesures concrètes en matière de logement, un allègement fiscal pour la classe moyenne et une nouvelle politique fiscale.

Agir sur le logement et sur le terrain

Selon Dan Kersch, c’est notamment sur la question de la construction de logements qu’il faut enfin agir, sans plus attendre. Il propose notamment que l’État se porte garant des prêts immobiliers.

Si les familles ne peuvent plus rembourser leurs dettes, l’État pourrait reprendre le bien immobilier, en devenant ainsi propriétaire, et continuer à le louer à la partie concernée. De plus, le droit de préemption des organismes publics doit être renforcé, afin que les terrains ne finissent pas exclusivement entre les mains des grands promoteurs. "Il est inacceptable que, dans une crise comme celle que nous traversons actuellement, les très grands promoteurs s’accaparent de nouveaux terrains au détriment des petits, qui sont contraints par les banques parce qu’ils ne peuvent plus obtenir de liquidités".

Pour l'ancien ministre, l’État doit enfin devenir "un acteur sur le terrain".

Faire évoluer la fiscalité

L'économie ne se porte pas vraiment bien, donc les recettes diminuent, alors que, dans le même temps, les dépenses continuent d'augmenter.

Dan Kersch s'attend-il donc à ce que le Premier ministre prenne des mesures d'austérité ? Il est important de faire des économies ; en particulier dans le domaine de la défense, il ne faut pas se contenter de renforcer les effectifs de manière inconsidérée, comme l'exige Trump.

Mais avant tout, la politique fiscale au Luxembourg doit être réorganisée. "La réforme fiscale visant à soulager la classe moyenne doit avoir lieu", affirme Dan Kersch. Et en même temps, ce gouvernement doit cesser d’utiliser le marteau pour continuer à baisser la fiscalité des entreprises.

"Si l’on veut protéger les entreprises, il faut introduire une sélectivité dans la fiscalité des sociétés. Cela avait déjà été fait en Gambie, où les entreprises payaient 15% sur les bénéfices jusqu’à 175.000 € et 17% sur les bénéfices supérieurs à ce montant. Il faudrait poursuivre dans cette voie afin de continuer à soutenir les petites entreprises, mais pas les sociétés qui ont réalisé d’énormes bénéfices ici au Luxembourg. En particulier les banques, pour lesquelles les impôts sont également réduits, ce que personne ne comprend", critique le politicien du LSAP.

Dan Kersch continue: "Luc Frieden n'est probablement pas la bonne personne pour mettre tout cela en œuvre. Ses résultats dans les sondages sont catastrophiques et si cette tripartite venait à s’effondrer, il ne resterait plus grand-chose. Il est de toute façon déjà sur la défensive, et à mon avis, s’il devait faire quelque chose de bien, il démissionnerait".

Chômage et salaires

L'ancien ministre du Travail s'est également dit préoccupé par la situation économique et la hausse du chômage. Le taux de chômage élevé chez les jeunes est particulièrement alarmant. Il appelle à la mise en place de nouvelles mesures en faveur de la création d'emplois et de programmes publics destinés aux jeunes. Une société qui fait comprendre aux jeunes qu’elle n’a pas besoin d’eux "n'est pas viable à long terme".

Le fossé entre les secteurs public et privé a également été abordé lors de l’interview. Si les carrières dans le secteur public doivent être mieux harmonisées, le problème ne réside pas dans le fait que les fonctionnaires gagnent trop.

"Les personnes du secteur privé ne gagnent pas assez", a déclaré l’ancien ministre de la Fonction publique. Pour lui, c’est clair : seule une augmentation des salaires dans le secteur privé permettrait de maintenir la cohésion sociale. Cependant, il ne faut pas exagérer cette question, sinon la société finira tout simplement par se diviser.

L'alternative LSAP

En conclusion, Dan Kersch s’est montré optimiste quant à l’évolution du LSAP. Le fait que Paulette Lenert rejoigne le Conseil d’État ne signifierait pas la fin de sa carrière politique. Il en est lui-même la preuve, puisque Dan Kersch est lui-même passé directement du Conseil d’État au gouvernement à l’époque.

Avec les nouveaux présidents du parti, Georges Engel et Maxime Miltgen, et un groupe parlementaire jeune, le parti pourrait développer une alternative crédible à la politique du gouvernement actuel.

Les gens ont également pris conscience entre-temps que "ce n’était pas si mal lorsque les socialistes étaient au gouvernement, car toutes ces mesures qui sont en train d’arriver, toutes ces cruautés qui sont désormais à l’ordre du jour, les socialistes au gouvernement les avaient alors empêchées à l'époque".

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