
Lorsqu'il est question de Viviane Reding, ancienne élue CSV, beaucoup de Luxembourgeois disent immédiatement : "Ah oui, c’est celle qui a instauré la gratuité du roaming en Europe". "Tout le monde parle du roaming. Pourtant, nous avons fait bien d’autres choses beaucoup plus importantes", souligne déjà Viviane Reding avant l’interview. Qu’elle ait accompli davantage ne fait en tout cas aucun doute pour les membres des institutions européennes qui l’ont proposée pour l’Ordre européen du Mérite. L’ancienne politicienne recevra ce prix mardi matin à Strasbourg.
Viviane Reding est entrée en politique dans les années 70. "À une époque où je pensais devoir complètement changer ce monde", dit-elle. Par un heureux hasard, le député Jean Wolter était son voisin à Esch-sur-Alzette. Celui-ci a parlé des ambitions de la jeune femme au Premier ministre Pierre Werner, et c’est ainsi qu’elle est entrée en politique. Durant ses premières années à la Chambre, le Luxembourg traversait la crise de la sidérurgie. Cela a été ses années d’apprentissage, explique Viviane Reding, dans le sens d'apprendre comment faire de la politique et gagner des élections. Mais elle a aussi pu observer Pierre Werner à l’œuvre, notamment dans sa gestion de la crise de l’acier et dans la mise en place de l’euro. Ses quinze années au Parlement européen lui ont ensuite permis de comprendre le fonctionnement des institutions.
Après l’entrée en vigueur des accords de Schengen en 1995, les frontières se sont ouvertes : les Européens pouvaient voyager, étudier ou travailler de l’autre côté de la frontière. Toutefois, la commissaire européenne de l’époque, Viviane Reding, était gênée par le fait que la communication ne soit pas transfrontalière en raison des coûts élevés du roaming. Mais il y avait aussi un petit intérêt national en jeu. "Je l’ai fait parce que je suis Luxembourgeoise", confie-t-elle. Le Luxembourg, où les frontières sont toujours, d’une certaine manière, proches. Ce combat a duré longtemps, car les ministres craignaient de perdre des recettes fiscales. Les entreprises de télécommunications, elles, estimaient qu’elles risquaient la faillite. Malgré cela, en juin 2017, le principe selon lequel le roaming n'entraîne aucun coût supplémentaire dans toute l’UE a été instauré.
Sa confiance dans l’Union européenne reste forte aujourd’hui encore. Elle voit toutefois un problème dans le fait que l’Europe ne peut pas rivaliser avec des dictatures. La Chine en tant que dictature, et les États-Unis en voie de le devenir. "Nous sommes un système composé de démocraties nationales. Celles-ci ont cédé une partie de leurs compétences pour que l’Europe puisse fonctionner", explique Viviane Reding. Jusqu’à présent, cela a fonctionné, parce que les partenaires étaient aussi des démocraties. Avec les autres partenaires, il faut repenser l’approche et se montrer plus durs.
La cohésion au sein de l’Union européenne est cependant souvent remise en question. Mais cela a toujours été le cas lorsqu’il fallait prendre des décisions à l’unanimité, estime l’ancienne députée européenne. Elle constate néanmoins : "Nous ne pouvons plus continuer ainsi". Les longues discussions doivent cesser. Les décisions doivent être prises plus rapidement et de manière plus cohérente.
Qui n’évolue pas avec son temps finit par être dépassé. Le fait que l’Union européenne ne peut et ne doit pas rester immobile est également illustré par Viviane Reding elle-même, aujourd’hui âgée de 75 ans. Elle plaide pour que de petites entreprises du secteur technologique deviennent des championnes européennes. Elle y est déjà parvenue avec une entreprise dans le domaine des ordinateurs quantiques. "Aujourd’hui, il existe une entreprise européenne qui, l’an dernier, a vendu plus d’ordinateurs qu’IBM", souligne-t-elle.
L’Europe n’aurait pas fait ce qu’il fallait pour pouvoir rivaliser avec l’Amérique et la Chine dans le domaine des technologies. Si l'Europe ne se remue pas fortement, elle ne sera pas seulement en retard, mais aussi dépendante. "Celui qui est dépendant en matière de technologie n’est plus libre", constate-t-elle. C’est pourquoi il faudrait aussi beaucoup de capitaux privés et une autre manière de financer les entreprises.