Avant la tripartiteLes partenaires sociaux restent sur leur faim alors que le Statec relance le débat

Michèle Sinner
adapté pour RTL Infos
Il y a deux semaines, les partenaires sociaux sont sortis d'une réunion d'information préalable à la réunion tripartite avec des questions restées sans réponse, alors que les données récemment publiées par le STATEC risquent de raviver la controverse sur la politique du salaire minimum et les mesures contre la pauvreté au Luxembourg.
© SIP / Sophie Margue

Les partenaires sociaux n'ont pas obtenu de réponses à toutes leurs questions lors de la séance d'information organisée en amont de la réunion tripartite il y a deux semaines. Le Premier ministre Luc Frieden a déclaré à l'issue de la séance que les participants devaient désormais "commencer par assimiler les chiffres".

Les données présentées lors de cette réunion par l'Institut national de statistique et d'études économiques (STATEC) ont depuis été rendues publiques. Cependant, le STATEC n'avait pas de réponses toutes prêtes à toutes les questions des partenaires sociaux. Par ailleurs, certaines de ces données risquent de soulever plus de questions qu’elles n’en résolvent.

L’OGBL et le LCGB avait déjà annoncé son intention d’aborder la question du salaire minimum lors de la réunion tripartite. Une nouvelle controverse sur les chiffres risque désormais de surgir. Le STATEC a présenté un graphique indiquant que le niveau de vie moyen avait augmenté de 50% au cours des dix années précédant 2015, pour atteindre un peu moins de 5.000 € par mois.

Le Luxembourg est-il donc le pays de cocagne ?

Dylan Theis, économiste à la Chambre des salariés, a vivement mis en garde contre une interprétation littérale de cet indicateur. "En 2025, le revenu moyen d’un ménage était 50% plus élevé qu’en 2015", a-t-il déclaré, "cependant, cela ne signifie absolument pas que leur niveau de vie réel a augmenté de 50%, car entre 2015 et 2025, le coût de la vie a également augmenté de manière significative".

En d’autres termes, les chiffres n’ont pas été ajustés en fonction de l’inflation.

"Nous savons que tout devient plus cher, et que les gens ont également plus d’argent dans leurs poches", a poursuivi l'économiste, "il est donc tout simplement important de voir ce qu’il reste réellement à la fin du mois lorsque l’on tient également compte de ces coûts de la vie".

Pour compliquer encore les choses, la méthodologie de l’indicateur a été modifiée à quatre reprises au cours des cinq dernières années. Il en va de même pour le taux de risque de pauvreté. En conséquence, les données suggèrent désormais que le risque de pauvreté a considérablement diminué entre 2024 et 2025.

M. Theis s’est explicitement félicité de l’amélioration de la qualité des données. Il a toutefois fait remarquer que les chiffres ne sont désormais tout simplement plus comparables à ceux des années précédentes. Selon lui, cela rend très difficile toute analyse – en particulier une analyse politique – visant à évaluer d’où vient le pays et où il en est actuellement.

La décision du gouvernement de ne pas augmenter le salaire minimum, prise en partie en tenant compte de la directive européenne sur le salaire minimum, s’appuie sur les chiffres d’Eurostat indiquant que le salaire minimum équivaut déjà à près de 60% du revenu médian. Les syndicats contestent toutefois ces chiffres, arguant que le revenu médian ne tient pas compte des primes, des bonus ni du 13e mois.

Les nombreuses divergences méthodologiques dans le calcul du risque de pauvreté compliquent encore les discussions au sein de la Tripartite, notamment quant à savoir qui aurait besoin d’aide si les prix de l’énergie venaient à augmenter en raison du conflit en Iran.

Le Premier ministre Luc Frieden avait déjà promis que l’indexation des salaires n’était pas négociable. Mais pour les syndicats, d’autres mécanismes pourraient également contribuer à préserver le pouvoir d’achat – en particulier les divers crédits d’impôt, dont les seuils de revenu n’ont pas été ajustés au fil du temps.

M. Theis a cité l’exemple du crédit d’impôt pour les salariés. Lors de son introduction en 2017, a-t-il expliqué, tout le monde en bénéficiait à hauteur du montant maximal – 50 € par mois pour les personnes dont le revenu annuel était inférieur à 40.000€. "Aujourd’hui, ce montant est toujours de 50€ par mois", a-t-il fait remarquer. Avec les indexations salariales successives, les salaires nominaux ont augmenté sans que cela se traduise nécessairement par des gains en termes réels. En conséquence, les travailleurs tombent dans des tranches dégressives et finissent par perdre leur droit à ces crédits d'impôt, a souligné M. Theis. Il a fait valoir que des données précises sont nécessaires pour déterminer combien de personnes devraient théoriquement bénéficier du crédit aujourd'hui mais n'en bénéficient pas, car les seuils de revenu n'ont jamais été ajustés.

Le STATEC ne peut confirmer les effets de "ruissellement"

D'autres questions restent sans réponse. Les syndicats avaient demandé quel serait l'impact de la réduction de l'impôt sur les sociétés sur la croissance, le marché du travail, les finances publiques et la création de nouvelles entreprises. En substance, ils cherchaient à vérifier si la promesse néolibérale du Premier ministre Luc Frieden tenait la route – à savoir que les baisses d'impôts pour les entreprises ont des effets positifs pour tout le monde.

D’après les documents, le STATEC n’a pas de réponse à cette question, car une analyse aussi détaillée n’existe pas à ce stade.

Les chiffres montrent également que les marges dans l’économie réelle – c’est-à-dire en dehors du secteur financier – ont diminué au cours des deux dernières années. L’activité dans les services aux entreprises, le commerce et les technologies de l’information a baissé, tandis que les effectifs sont restés stables.

Malgré des marges plus faibles, les actionnaires se sont versé des dividendes substantiels en 2025, s'élevant à 30 % du résultat brut – un taux nettement plus élevé qu'en France ou en Belgique. Dans le même temps, les entreprises luxembourgeoises ont moins investi que leurs homologues de tous les pays voisins ou de la zone euro dans son ensemble.

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