Jill Goeres"En tant que femme, il faut souvent davantage faire ses preuves", selon la bourgmestre de Bech

Carine Lemmer
traduit pour RTL Infos
En 2023, elle devenait à 20 ans la plus jeune bourgmestre du Luxembourg dans la commune de Bech. Mais en décembre 2025, Jill Goeres s’est vu retirer la confiance du conseil communal.
© Carine Lemmer

En 2023, à 20 ans, elle prêtait serment en tant que plus jeune bourgmestre du Luxembourg. C’était dans la petite commune de Bech, dans l’est du Grand-Duché. Mais en décembre, Jill Goeres s’est vu retirer la confiance du conseil communal. Dans une interview accordée à RTL mardi matin, elle a rejeté les reproches formulés à son égard. Elle affirme ne pas avoir négligé son travail et s’être beaucoup investie pour la commune.

Un grand engagement pour la commune

Alors que certains lui ont reproché son manque d’assiduité après la naissance de son enfant, Jill Goeres réfute ces reproches et souligne que deux ou trois semaines seulement après la naissance de son bébé, elle était déjà de retour au conseil communal. La bientôt ex-bourgmestre a du mal à expliquer pourquoi le conseil communal lui a retiré sa confiance. “Le reproche qui a été formulé, à savoir qu’il n’y avait pas assez de communication, est, de mon point de vue, à considérer des deux côtés. Il y a souvent eu des invitations pour instaurer un dialogue. Des réunions de travail ont également été convoquées, mais malheureusement aucun conseiller ne s’y est présenté, ou seulement certains, ce qui rendait la communication effectivement très difficile.

Une opposition dès le départ

L’opposition de quatre personnes” dans un conseil communal qui compte neuf membres, “a en fait existé dès le soir des élections”, selon Jill Goeres. Un conseiller a finalement changé de camp, ce qui a fait tomber le collège échevinal. En 2023, Jill Goeres avait obtenu, dès sa première candidature, le plus grand nombre de voix à Bech, dépassant des élus communaux expérimentés. “C’est vrai, je n’avais aucune expérience politique en 2023, mais je me demande si, dans des communes aussi petites, on en a réellement besoin d’emblée. Lorsque l’on parle de projets concrets dans l’intérêt des citoyens ou de la commune, je pense que ce qui aide surtout, c’est de bien connaître la commune, de connaître les projets, de participer activement à la vie du village. Et cela, j’ose affirmer que je l’ai fait. Ensuite, il ne restait plus, pour ainsi dire, que l’aspect technique et administratif, et ça, on l’apprend assez vite par la suite”, explique-t-elle.

A propos de sa nouvelle situation de simple conseillère communale, Jill Goeres convient qu’il est évidemment difficile d’avoir fait partie du collège échevinal avec des échanges chaque semaine, voire presque chaque jour, et de se retrouver ensuite simple conseillère seulement une fois par mois.

Une période “très captivante”

Jill Goeres défend toujours ses décisions politiques ainsi que celles du collège des bourgmestre et échevins. “Et là, je ne ferais certainement rien autrement. Bien sûr, on peut toujours dire qu’il était possible de communiquer encore davantage et de rechercher encore plus le dialogue. Mais, comme je l’ai dit, c’est aussi une voie qui fonctionne dans les deux sens. Et lorsqu’en face, vous n’avez personne disposé à faire cette démarche, c’est évidemment difficile.” Elle ne regrette pas ces expériences politiques. “Ces deux ans et demi furent très captivants”, une période durant laquelle elle a pu acquérir énormément d’expérience et apprendre beaucoup. Bien sûr, on est toujours plus malin après coup. Entre‑temps, elle est aussi devenue membre du CSV.

Une pause dans sa carrière politique, mais un retour n’est pas exclu

Le nouveau bourgmestre de Bech, Max Pesch, n’a pas encore été assermenté. Tant que ce n’est pas fait, Jill Goeres reste bourgmestre. Mais elle a quitté le conseil communal de Bech et déménagé dans l’Oesling, où son mari est politiquement actif. Elle ne souhaite toutefois “pas fermer définitivement la porte à la politique”, même si elle a actuellement d’autres priorités.

La politique communale plus difficile pour une (jeune) femme ?

Jill Goeres est une jeune femme qui est devenue mère récemment. Selon son expérience, “en tant que femme, il faut souvent davantage faire ses preuves”. Il n’existe pas de congé parental ni de congé de maternité. “Cela ne rend certainement pas les choses plus faciles. Il faut avoir un partenaire, il faut avoir une famille qui vous soutiennent. J’ai eu cette chance. Mais c’est quelque chose dont il faut clairement être conscient : lorsque l’on s’engage pour six ans et que l’on prévoit en même temps de fonder une famille ou de mener une vie de famille, alors, je pense que pour une femme c’est définitivement plus difficile que pour un homme”, constate celle qui fut bourgmestre de Bech.

En 2023, 39 % des candidats aux élections communales étaient des femmes. 34 % d’entre elles ont obtenu un siège au conseil communal. Les collèges échevinaux ne comptent que 25 % de femmes, et actuellement seules 18 communes sur 100 sont dirigées par une femme. Le constat est donc qu’il reste encore une marge de progression et que, “plus le poste est élevé, moins on y retrouve de femmes”, estime Jill Goeres.

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