GastronomieDu Luxembourg à Paris, Paul Guénot triomphe dans un concours prestigieux

Raphaël Ferber
Sous-chef au restaurant doublement étoilé Ma Langue Sourit à Moutfort, Paul Guénot a remporté, mardi 3 février à Paris, le Prix international ArsNova de cuisine d’auteur (ex-Prix Taittinger). Une consécration pour le jeune cuisinier, déjà monté sur le podium il y a deux ans.
Paul Guénot, second au restaurant Ma Langue Sourit à Moutfort, et les trois assiettes présentées au concours ArsNova.
Paul Guénot, second au restaurant Ma Langue Sourit à Moutfort, et les trois assiettes présentées au concours ArsNova.
© DR

Il y a des concours qui marquent une carrière. Et puis il y a ceux qui peuvent en changer le cours. En remportant, mardi 3 février 2026 à Paris, la finale internationale du Prix ArsNova de cuisine d’auteur, Paul Guénot a franchi un cap. À 27 ans, le second du restaurant doublement étoilé Ma Langue Sourit, à Moutfort, s’est imposé au sommet de ce concours mythique, souvent surnommé “l’Everest de la gastronomie”.

La finale internationale s’est déroulée à Paris, dans les cuisines de l’École Le Cordon Bleu, à quelques mètres de l’Élysée, devant un jury composé de chefs et de Meilleurs Ouvriers de France, présidé par Emmanuel Renaut, chef triplement étoilé du Flocons de Sel à Megève.

“C’est un truc de dingue. C’était un prix que je voulais absolument gagner”, a confié le cuisinier. Déjà troisième lors de sa première participation en 2024, il a abordé cette nouvelle finale avec un objectif clair. “J’avais tout mis en œuvre ces dernières semaines pour essayer de le remporter. Voir que ça a payé, j’étais hyper heureux.”

Une préparation millimétrée

Derrière cette victoire, il y a eu des semaines de travail intense. Dès le début du mois de décembre, Paul Guénot s’est imposé un rythme quasi militaire. Tous les week-ends, il s’est entraîné en cuisine, souvent dès le dimanche matin, pendant quatre heures. À ses côtés, sa compagne a joué un rôle clé, en gérant le temps et en optimisant chaque phase de travail, comme lors de la finale.

“Je suis allé au concours avec toutes mes boîtes de fiches, mes recettes, tout était préparé pour me faciliter la finale”, a-t-il expliqué. Une méthode indispensable dans un concours réputé pour sa rigueur, où les candidats devaient non seulement exécuter un plat travaillé en amont, mais aussi relever une épreuve surprise, annoncée la veille.

Cette année, le thème imposé portait sur le filet et le paleron de cerf, que Paul Guénot avait choisi de décliner en trois assiettes. Une pièce principale autour d’un morceau choisi de cerf, accompagnée d’un jus airelles-whisky, une garniture végétale sous forme de raviole champignon, sarrasin et noisette, servie avec un bouillon champignon, laurier et vanille, et enfin une langue de cerf pochée, relevée par un condiment échalote et plusieurs sauces vinaigrées.

Quatre heures sous haute tension

Le jour de la finale, le défi est été total. Chronométrés, observés de près par un jury composé de Meilleurs Ouvriers de France, les candidats ont disposé de quatre heures pour envoyer leur plat principal et l’épreuve surprise. Cette année, celle-ci avait pris la forme d’un pot-au-feu végétal de légumes racines, à produire en un temps imparti, en parallèle du plat autour du cerf.

“En 3h40, il fallait sortir le pot-au-feu, puis vingt minutes après, le cerf. Et tout ça pour huit personnes”, a résumé Paul Guénot. Une pression qu’il a cette fois parfaitement maîtrisée. “En 2024, j’étais extrêmement stressé. Cette année, j’y suis allé très relax, sans pression, juste pour profiter. J’avais super bien dormi, j’étais calme en cuisine. En deux ans, j’ai beaucoup évolué.” Selon lui, cette sérénité nouvelle a clairement pesé dans la balance.

Le soutien de son chef, Cyril Molard

Dans l’ombre de cette victoire, un homme a joué un rôle central : Cyril Molard, chef de Ma Langue Sourit, qui a accompagné son second à Paris et l’a soutenu tout au long de la préparation. “C’est lui qui m’a aidé pour toutes les recettes, qui a goûté mes plats, qui m’a soutenu financièrement avec les marchandises et en me laissant la cuisine du restaurant. Il a vraiment été derrière moi”, a insisté Paul Guénot.

Pour le chef doublement étoilé, ce succès dépasse largement le cadre d’un concours. “À part le Bocuse d’Or et deux ou trois autres, c’est le plus grand concours international”, a souligné Cyril Molard. “Quand on regarde le palmarès, on y voit des grands noms comme celui de Robuchon (ndlr : et de Charles Coulombeau, chef de Yozora à Metz et de La Maison dans le Parc à Nancy). Pour Paul, c’est énorme.”

Selon le président du jury, Emmanuel Renaut, cette édition figure parmi les plus relevées de ces quinze dernières années. “Paul a gagné de justesse face au candidat français de La Chèvre d’Or. Le niveau était exceptionnel”, a précisé Cyril Molard, évoquant un jury “collé aux baskets des candidats” durant toute l’épreuve.

D’autres concours en perspectives

Doté de 20.000 euros, le Prix ArsNova a confirmé son statut de tremplin pour les jeunes talents. Créé en 1967 et rebaptisé en 2024, ce concours a vu émerger plusieurs figures majeures de la gastronomie mondiale. Et pour Paul Guénot, la suite se dessine déjà.

“J’ai envie de faire d’autres concours, même si les dossiers ne sont pas toujours acceptés”, a-t-il expliqué. À plus long terme, le cuisinier nourrit une ambition claire : devenir chef, et pourquoi pas se mesurer un jour au concours de Meilleur Ouvrier de France.

En attendant, une autre récompense symbolique se profile. L’ensemble de la direction du Prix ArsNova doit se rendre prochainement à Ma Langue Sourit pour remettre officiellement à Paul Guénot la grande coupe gravée à son nom, au cœur même de la cuisine où tout a commencé.

Paul Guénot entouré de son chef Cyril Molard (à gauche) et de Pierre Résimont, chef du restaurant "L'Eau Vive" à Profondeville, en Belgique (à droite).
Paul Guénot entouré de son chef Cyril Molard (à gauche) et du président du jury Emmanuel Renaut (à droite).
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