Dry JanuaryComment les restaurants du Luxembourg s'organisent

Raphaël Ferber
Un mois sans alcool… ou pas. Alors que le Dry January s’installe progressivement au Luxembourg, les restaurants s’adaptent chacun à leur manière : créativité sans alcool pour les uns, contre-pied assumé pour les autres.
Dry January : Comment les restaurants du Luxembourg s'organisent
Reportage : Raphaël Ferber. Caméraman : Riccardo Besantini. Montage : Amine Jaber.

Depuis quelques années, le Dry January gagne du terrain au Grand-Duché. En 2026, le mouvement franchit un cap symbolique : pour la première fois, il est officiellement soutenu par le gouvernement luxembourgeois. Porté par la Direction de la santé, la Fondation Cancer et plusieurs acteurs de la prévention, le défi invite la population à faire une pause consciente dans sa consommation d’alcool durant tout le mois de janvier, rappelant qu’aucune consommation n’est sans risque.

Une position qui ne fait pas l’unanimité, notamment du côté des brasseries, des vignerons… et de certains restaurateurs.

Les boissons sans alcool: “c’est aussi de la cuisine”

Dans les faits, beaucoup de restaurants n’ont pas attendu le mois de janvier pour s’emparer du sujet. Le sans alcool fait déjà partie de leur identité. À l’occasion du Dry January, ces boissons sont souvent réunies sous un menu dédié, parfois à un tarif légèrement revu.

C’est le cas au restaurant doublement étoilé Ma Langue Sourit, à Moutfort. Ici, les accords sans alcool existent depuis longtemps et sont proposés au même titre que les accords mets-vins classiques. “Nos clients peuvent sans aucun problème avoir un accord sans alcool pendant que leur compagnon boit du vin. On fait ça depuis très longtemps”, explique le chef Cyril Molard.

Derrière ces boissons, pas de produits achetés clés en main : fermentations, cuissons, macérations, tout est élaboré en interne par l’équipe de salle. “C’est aussi de la cuisine. Pour un maître d’hôtel ou un sommelier, ça ouvre un autre imaginaire que celui du vin”, insiste le chef.

Pour compenser l’absence d’alcool, il faut trouver d’autres leviers. “L’alcool apporte une profondeur, du sucre, du punch. C’est un goût puissant”, souligne le maître d’hôtel Eric Parachini. “À partir du moment où le sirop est puissant, en acidité et/ou en sucre, on peut prendre plaisir à une boisson sans alcool.”

Le défi : rester lisible. “Trois composantes maximum : une toile de fond, une herbe, un twist acide. Et on ajuste jusqu’à ce que ce soit clair.”

C’est important de proposer des boissons sans alcool originales, qu’on ne peut trouver que chez nous
Francesco Di Nale, sommelier au restaurant De Pefferkaer

Cette évolution ne concerne pas que les restaurants étoilés. Au restaurant De Pefferkaer, référencé parmi les bonnes tables du pays par plusieurs guides, le sans alcool est devenu un axe à part entière de la carte. Peffer-Gin Tonic sans alcool, Coupe “Prosecco” fleur de sureau façon Hugo, ou encore un cocktail pourpre à base de shiso et d’hibiscus du jardin du restaurant : ici, l’objectif est clair.

“On a voulu évoluer il y a quatre ans, quand on s’est rendu compte que tous les clients ne voulaient plus forcément boire de l’alcool à table”, explique Francesco Di Nola, fraîchement élu meilleur sommelier du Luxembourg. “La demande de vin a baissé, et la gastronomie doit s’adapter. C’est important de proposer des boissons sans alcool originales, qu’on ne peut trouver que chez nous.”

Pour lui, le sans alcool ne doit pas être une option par défaut, mais une proposition à part entière, pensée avec les mêmes exigences qu’un vin ou un cocktail classique.

Le “Wet January”, l’anti “Dry January” !

À l’opposé du Dry January, certains établissements revendiquent une autre approche. Au restaurant Le Q dans le Beurre, à Bonnevoie, le chef Jérémmy Parjouet assume un « Wet January » provocateur, mais réfléchi. Le principe : chaque verre commandé est servi dans un contenant plus grand. Verre, fillette, pot, bouteille… jusqu’à une deuxième bouteille offerte.

“C’est une façon d’aller à contre-courant, mais aussi une forme de soldes de janvier”, explique le chef. “On ne pousse personne à la consommation. Ceux qui font le Dry January restent à l’eau. D’autres jouent le jeu du Wet January. Et certains commandent comme d’habitude.”

Derrière la provocation, un message plus large : “Quand on n’a pas envie de boire, on peut le faire toute l’année. Le Dry January, sur un mois, peut aussi ralentir l’activité des vignerons, des bars, des restaurants. On voulait proposer autre chose.”

Au Luxembourg, le sans alcool n’est plus un simple substitut : il devient un terrain de création, de positionnement… et parfois de débat.

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