Élections communales Quels sont les grands enjeux dans la capitale?

Maurice Fick
Quels sont les grands défis de demain? Les sujets centraux de ces élections? Et quels partis jouent gros? Pour tout comprendre, voici les grands enjeux des élections communales à Luxembourg-Ville.
© Domingos Oliveira / RTL

La capitale luxembourgeoise est en pleine croissance démographique depuis une vingtaine d'années. De 78.000 habitants en 2003, la plus grande ville du pays est passée à 133.000 habitants en 2023 - grosso modo: 55.000 âmes de plus - et rien n'indique en ce début juin 2023 que cette dynamique va fléchir.

Le grand défi auquel devra faire face toute nouvelle coalition qui se dessinera après le 11 juin est d'absorber une population qui enfle (+4.000 habitants en un an) et qui est très cosmopolite (70% d'étrangers de 180 nationalités). Tout en créant les conditions de bonnes qualités de vie, de déplacement et de travail (La capitale concentre un tiers des emplois du pays) sur fonds de crise du logement. Le prix de vente moyen d'un appartement en construction dans la capitale est de 14.000 euros/m2 ou plus, contre 9.347 euros/m2 en moyenne dans le reste du pays.

Le logement abordable est un thème central dans la plupart des programmes électoraux et les promesses vont loin. "Nous investirons 100 millions d'euros par an dans le développement de logements abordables", annoncent les Stater Sozialisten qui veulent "faire passer le parc de logements municipaux de 620 aujourd'hui à 2.000 unités d'ici 2030". Des mêmes "100 millions d'euros par an", que le DP compte investir dans la construction, "nous en investirons le plus possible dans des logements locatifs", résume Lydie Polfer.

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Déi Gréng sont moins précis sur la fourchette du temps, mais ne lésineront pas sur le béton et "doubleront l'offre de logements locatifs abordables". "Au cours des dix à quinze prochaines années, la Ville réalisera en tant qu’acteur principal une série de nouveaux quartiers durables (...) avec des milliers de logements abordables, afin que chacun puisse vivre dans notre ville", ambitionne avec un peu plus de prudence le CSV Stad dans son programme électoral. Une des solutions proposées est de construire "sur une densité acceptable avec des résidences de quatre à cinq étages" à l'avenir, explique Serge Wilmes (CSV).

La Ville bénéficie de belles réserves foncières et financières (1,13 milliard d'euros à la fin 2022) et l'actuelle coalition DP-CSV, tout comme la coalition DP-déi Gréng précédente, ont créé les bases de vraies perspectives de développement urbain à travers plusieurs projets de construction de logements, de grande envergure.

À commencer par le quartier résidentiel "STADePARK" au bord de la route d'Arlon (1.000 logements), le projet résidentiel sur site de l'ancienne Faïencerie Villeroy et Boch au Rollingergrund (500 logements), la Place de l'Étoile (600 logements), les futurs immenses quartiers "Laangfur" (2.000 logements) et "Kuebebierg" (3.100 logements) au Kirchberg. Des projets cités en exemple par plusieurs partis dans leur programme pour dire que le train est en marche. L'ennui, c'est qu'il faudra encore plus que la nouvelle législature pour voir se concrétiser tous ces grands projets.

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C'est le projet de l'écoquartier résidentiel des "Portes de Hollerich" qui est présenté comme un "quartier du futur" au sud-ouest de la capitale, plus densément peuplé, très vert, et bien équipé en services et commerces de proximité. La ville possède plus de la moitié des terrains nécessaires. Ce futur quartier comptera 2.200 logements pour plus de 6.000 habitants. "On est arrivé au point qu'en 2024 on pourra introduire un premier Plan d'aménagement particulier", lâche le Premier échevin qui veut "associer le secteur privé à l'effort de construction de logements abordables".

Mobilité 

Des quartiers vivants, conviviaux, avec des aires de jeux, des nouvelles piscines (de préférence au Glacis pour Fokus, au Kirchberg pour le LSAP ou à Kockelscheuer pour le DP), mais aussi plus verts en rendant par exemple "obligatoires la végétalisation et la perméabilité à l'eau" des projets, comme le voudraient les verts. Dans cette campagne, les idées pour atteindre la neutralité climatique d'ici 2035 ou 2040 se bousculent, mais un autre thème domine: la mobilité.

L'échevin à la Mobilité, Patrick Goldschmidt, a récemment dressé le tableau en soulignant que la part du trafic individuel dans la capitale est aujourd'hui de 60% et qu'une limite est atteinte. Pour parvenir à un équilibre de tous les modes de transport, le DP veut booster l'électrification des bus "d'ici 2025", et compte développer la mobilité douce, comme bien d'autres partis. Le parti s'engage "pour une ville favorable au vélo" et à réaliser la fameuse "interconnexion des pistes cyclables" qui fait encore défaut.

"Nous planifierons ce réseau [de pistes cyclables] de manière systématique sur deux, cinq et dix ans" en faisant appel à des experts pour "faire de Luxembourg une ville cyclable", promettent les Verts. Les socialistes veulent "relier les 24 quartiers de la ville par un réseau de couloirs sécurisés pour piétons et cyclistes".

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"Moins de trafic de transit" dans les quartiers résidentiels, est le slogan électoral le mieux partagé entre DP, CSV, et d'autres. Les Verts sont plus radicaux et s'engagent tout simplement "à éliminer le trafic de transit dans les quartiers et le centre-ville".

Le développement du tram que les Verts avaient mis sur les rails en 2017 rappellent-ils dans leur programme, reste un enjeu majeur pour donner davantage de place aux transports publics. Le CSV veut développer "en priorité et massivement" bus et tram avec de nouvelles liaisons entre les quartiers "sans que toutes les lignes ne doivent passer par le centre-ville". La priorité de déi Gréng, c'est de créer une deuxième ligne sur le Kirchberg (Laangfuer/Kuebebierg), avec une connexion directe au CHL Pôle d'Echange et Porte de Hollerich, avec une deuxième connexion à la Cloche d'Or via la gare périphérique de Hollerich et la route d'Esch. DP et LSAP ne l'évoquent plus.

Sécurité et police municipale

L'autre défi de taille qui a émergé dans la campagne électorale est le maintien de la sécurité publique dans la capitale. En cause, le phénomène de l'insécurité liée au trafic de drogues du côté de la Gare, les agressions qui se multiplient, mais aussi la mendicité organisée que DP et CSV voudraient voir éradiquée.

La polémique autour de l'interdiction de la mendicité divise la classe politique. Le LSAP et Fokus n'y sont pas favorables et pour déi Lénk, ce n'est pas un problème de sécurité, mais bien de lutte contre la pauvreté et les inégalités à long terme, comme l'a expliqué Nathalie Oberweis interviewée par RTL. La polémique n'est pas terminée puisque Lydie Polfer et Serge Wilmes se sont rebellés contre la décision de la ministre de l'Intérieur (LSAP) de retoquer leur interdiction de mendier appliquée dans plusieurs quartiers de la vile depuis mars.

Si l'idée d'une présence policière accrue sur le terrain fait plutôt consensus, celle du CSV de créer une police municipale au sein de la police grand-ducale, mais placée sous l'autorité du bourgmestre ne plaît pas à tout le monde. Lydie Polfer y a vite adhéré, tout comme l'ADR. Le DP en a même fait son affaire au niveau national. le LSAP est contre la création d'une police municipale et propose plutôt de "redonner vie aux quartiers" et "faire en sorte que les citoyens se réapproprient les espaces publics". La sûreté en ville passe par la présence de policiers, mais aussi d'agents communaux et de streetworkers. Les Verts proposent d'élaborer, comme à Esch, un plan local de sécurité.

La capitale, fief incontestable du DP ?

Ces élections du 11 juin dans la "Stad" sont d'une importance capitale pour le DP du Premier ministre Xavier Bettel, lui-même ancien bourgmestre de Luxembourg juste avant d'entrer au ministère d'État en 2013. D'abord parce que ces élections auront valeur de test de popularité du DP à moins de quatre mois des élections législatives. Mais aussi parce que le parti joue gros. Il doit défendre un fief qui est le sien depuis plus de cinquante ans et qui s'est effrité au cours des trois dernières échéances électorales pour tomber à 9 sièges contre 7 pour le CSV, son plus sérieux rival. La question est donc de savoir si le duo formé par Lydie Polfer et Patrick Goldschmidt est encore suffisamment "proches des gens"?

© Domingos Oliveira / RTL

S'il peut compter sur les "poids lourds" du CSV au conseil communal (Maurice Bauer, Laurent Mosar, Paul Galles) et "l'étoile montante" du parti, Elisabeth Margue (jeune vice-présidente du CSV), Serge Wilmes espère faire la différence en se présentant comme unique tête de liste et en ayant convaincu davantage un électorat qui lui avait offert plus de 9.100 voix en 2017, contre plus de 12.600 à la bien plus expérimentée Lydie Polfer. Il a annoncé très tôt son envie de devenir bourgmestre cette fois.

En embuscade, le duo François Benoy et Claudie Reyland de déi Gréng, veulent souffler "un vent nouveau sur la ville". Avant d'être "soufflés" par le CSV en 2017, les Verts emmenés par François Bausch, étaient aux affaires aux côtés du DP durant deux législatures consécutives. Leur ambition, malgré l'absence du beau paquet de voix glané par Sam Tanson (8.850 voix) est de reprendre le tram en marche, quitte à partager la banquette à trois.

Le LSAP emmené par le conseiller communal Gabriel Boisante et Maxime Miltgen pourrait, sur le papier, être le partenaire manquant d'une coalition à trois. Leur principal handicap sera d'être privé des voix du charismatique Marc Angel (6.419 voix) qui avait été élu vice-président du Parlement européen en début d'année.

Déi Lénk qui "sait comment faire autrement" et qui est déjà assis sur deux sièges au conseil, Les Pirates de Pascal Clement et Marie-Marthe Muller qui visent leur premier siège à Luxembourg-Ville, l'adr de Tom Weidig qui a perdu son siège en novembre ou le jeune parti Fokus qui se présente pour la première fois peuvent tous créer la surprise.

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