Les frontaliers loin derrièreLe télétravail, un avantage surtout pour les résidents

Romain Van Dyck
Généralisé pendant la pandémie, le télétravail a connu un "âge d'or"... qui semble bien terminé pour une partie des travailleurs au Luxembourg. Aujourd'hui, 20% des résidents l'utilisent plusieurs fois par semaine, contre 3% pour les frontaliers, révèle la Fondation Idea.
© Fondation Idea

5 ans après le début de la pandémie de Covid, le télétravail continue de chambouler la vie professionnelle des résidents et des frontaliers... mais pas dans les mêmes proportions.

Alors qu’en 2019, 20% des résidents effectuaient occasionnellement leur travail à distance (à domicile, dans des bureaux dédiés...), ce chiffre a bondi à 52% au deuxième trimestre de 2020, avant de redescendre à 40% début 2024. Ce qui est tout de même deux fois plus élevé qu’avant la pandémie, preuve que la pratique s’est bien ancrée chez les résidents.

Pour les frontaliers, en revanche, les montagnes russes du télétravail ont été plus violentes. 37% des frontaliers télétravaillaient régulièrement en 2020-2021, mais “depuis 2021, la pratique du télétravail a en revanche fortement diminué dans ce groupe, et malgré une légère remontée récente, elle reste bien inférieure à celle des résidents”, avec 22% de frontaliers qui télétravaillent encore, écrit la fondation Idea dans un récent rapport.

© Fondation Idea

Mais c’est surtout en observant ceux qui télétravaillent plusieurs fois par semaine (graphique ci-dessus) qu’on constate un écart significatif entre résidents et frontaliers. “Alors que 20% des résidents y ont toujours recours plusieurs fois par semaine, ils ne sont que 3% parmi les frontaliers”, soit près de 7 fois moins ! (dans le détail, 4% pour les frontaliers allemands, 3% pour les Français, et 2% pour les Belges).

Autre chiffre intéressant : les frontaliers occupent des jobs qui leur permettraient de télétravailler bien plus. “Le potentiel maximal théorique de travail à distance est estimé à 58 % des emplois pour les résidents. Du côté des frontaliers, il est possible d’estimer qu’environ 53 % des emplois sont théoriquement télétravaillables.” Mais alors, qu’est-ce qui coince?

Frontaliers : une possibilité de passer de 34 à 90 jours de télétravail par an ?

Cette différence d’accès au télétravail peut bien sûr s’analyser au cas par cas, en fonction de la souplesse de chaque employeur vis-à-vis du télétravail. Mais ce n’est pas tout. “Cette disparité s’explique en grande partie par des contraintes fiscales et sociales, ainsi qu’une certaine insécurité juridique qui freine son développement” résume Idea.

Les seuils actuels en matière fiscale (34 jours par an) et sociale (112 jours par an), bien qu’ayant été adaptés et expliqués, semblent toujours constituer des freins importants au développement du télétravail transfrontalier, notamment en raison de l’incertitude et de la bureaucratie qu’ils génèrent pour les employeurs et les travailleurs non-résidents” détaille Idea.

Autrement dit, les Luxembourgeois peuvent être en home-office jusqu’à 100% de leur temps de travail sans impact sur leur impôt, ni régime de Sécurité sociale. Les frontaliers, eux, sont limités à 34 jours par an, point barre.

Pourtant, il existe des possibilités pour augmenter cette limite pour les frontaliers :"Le modèle franco-suisse, avec un seuil plus élevé de 40 % (90 jours par an) couplé à une compensation financière qui resterait à définir pour correspondre au mieux aux caractéristiques de la région transfrontalière, offrirait une alternative prometteuse” propose par exemple Idea.

Avant de nuancer: “Bien que ce modèle soit intéressant pour attirer et conserver les talents internationaux, il nécessite cependant encore des analyses approfondies, tout changement pouvant entraîner à la fois des impacts positifs et négatifs pour les économies et finances publiques concernées. Une attention particulière devra notamment être portée à l’éventuelle redistribution de ces recettes vers les régions frontalières, qui supportent une partie des coûts associés aux travailleurs non-résidents

Au Luxembourg, certains secteurs, comme celui de l’Horeca (restauration, hôtellerie), verraient en effet d’un mauvais oeil une hausse du télétravail des frontaliers. Mais ces derniers peuvent aussi arguer des avantages liés au télétravail (meilleure qualité de vie et productivité...). Bref, un sacré dilemme qui n’a pas fini de diviser de part et d’autre de la frontière !

À lire également sur ce sujet :

-Le rapport complet de la Fondation Idea sur le télétravail
-L’attractivité du Luxembourg en question : Dur dur d’être frontalier en ce moment

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