
S’installer au Luxembourg pour améliorer sa qualité de vie. C’est le message qui revient régulièrement sur les réseaux sociaux de RTL Infos lorsque l’on évoque les problèmes de transport ou les freins toujours en place pour le recours au télétravail. Mais la comparaison entre résidents et frontaliers est-elle si avantageuse pour les premiers ? La rédaction vous propose quelques éléments de réflexion, point par point.
Vivre au Luxembourg coûte cher. Très cher. Plus qu’à l’étranger. Malgré une récente baisse des prix, le marché immobilier luxembourgeois propose des logements dont la valeur exclut automatiquement une grande partie des travailleurs, dont les revenus ne permettent pas de s’installer. Jusqu’à décrocher le titre peu enviable de “pays le plus cher d’Europe pour les logements neufs”. Au 4e trimestre 2025, selon les prix affichés sur atHome.lu, il fallait débourser, en moyenne :

La location pèse également sur le portefeuille des résidents : louer une maison coûte en moyenne 3.296€ par mois, tandis qu’un appartement représente un budget de 1.864€ par mois. Avec des variations extrêmes selon les communes. Fin octobre 2025, l’Observatoire de l’habitat avait estimé que les dépenses liées au logement représentaient, en moyenne, 39% du budget des résidents. À peine moins qu’en Belgique (40%), mais plus qu’en France (34%) et en Allemagne (28%). Une charge en augmentation et qui étouffe les résidents et les pousse parfois à quitter le pays pour retrouver du pouvoir d’achat.
Les prix sont globalement incomparables avec ceux pratiqués au-delà des frontières, que ce soit en Allemagne, en Belgique ou en France.
Selon une étude de 2025, en Province de Luxembourg, le coût moyen pour la location d’une maison mitoyenne est de 969€ et 1.033€ pour une maison individuelle. Un appartement se loue autour de 934€ par mois.
En France, les prix décroissent au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la frontière luxembourgeoise. Pour un achat, la plateforme Seloger estime le prix moyen du m² à 3.125€ à Hettange-Grande (en janvier 2026), à 2.556€ à Thionville (en août 2025) et 2.310€ à Metz (août 2025).
L’un des principaux facteurs pour motiver un emménagement au Luxembourg est sans aucun doute la durée des trajets. Les routes sont évidemment bondées des deux côtés de la frontière, mais sur ce point, l’avantage est indéniable pour les résidents.
Pour son étude “Quality of work index 2025", la Chambre des salariés a enquêté auprès de 3.171 personnes (51% de résidents et 49% de frontaliers) et a étudié le temps passé dans les transports. La CSL confirme le gain de temps important réalisé chaque jour par les résidents. En moyenne, les habitants du Luxembourg ont besoin de 5h30 chaque semaine pour leurs allers-retours entre leur travail et leur domicile. Soit 1h06 par jour. Alors que les frontaliers y consacrent environ 9h36 chaque semaine. Soit près de deux heures par jour.

L’année précédente, le “Quality of work index 2024" avait mesuré que les frontaliers français étaient les moins satisfaits de leurs déplacements : près d’un sur deux en avaient une opinion plutôt négative. Beaucoup plus que les frontaliers belges (39%) ou allemands (31%) et évidemment bien plus que les résidents (16%). La cause de cette insatisfaction : les trajets des frontaliers français sont plus longs. Ils étaient plus de la moitié (66%) à affirmer qu’un déplacement domicile-travail dure plus de 46 minutes (contre un frontalier sur deux pour ceux installés en Allemagne et en Belgique).
Ces longs trajets nuisent à leur satisfaction au travail, moins élevée : “Ces données confirment que la durée des trajets constitue un facteur important dans l’équilibre vie professionnelle–vie privée et dans la perception globale de la charge et de la satisfaction au travail, en particulier pour les salariés frontaliers qui passent davantage de temps en déplacement.”
Le Luxembourg est un petit paradis social pour les travailleurs. Son salaire minimum est le plus élevé d’Europe et son pouvoir d’achat est le plus fort de l’Union européenne. Le revenu disponible moyen tourne lui autour des 7.700€ par mois. Malgré tout, des écarts de revenus existent dans le pays : selon une étude du Statec, un résident de nationalité luxembourgeoise gagnait 92.093€ brut par an en 2022 (pour un temps plein). Contre 78.747€ pour un résident étranger, et 65.487€ pour un frontalier. Ces derniers étant très peu nombreux à travailler dans le secteur public, dont les rémunérations sont particulièrement élevées.
Il est évidemment impossible d’affirmer qu’être résident du Luxembourg rend riche. En revanche, dans les pays voisins, des indices laissent entrevoir que devenir frontalier permet d’augmenter sensiblement ses revenus par rapport aux autres habitants.
Fin novembre 2025, l’Insee (l’institut de statistiques français, ndlr) avait pu confirmer que les frontaliers du Luxembourg gagnent mieux leur vie que leurs voisins non-frontaliers. “Les actifs résidant en Moselle, Meurthe-et-Moselle et en Meuse gagnent globalement 65 % de plus s’ils travaillent au Grand-Duché du Luxembourg, que s’ils travaillent en France” écrit l’Insee. Avec des écarts importants selon le secteur de travail, puisque les écarts de revenus sont plus importants pour la finance et les métiers de la santé. “Les salariés de l’industrie manufacturière perçoivent 40 % de plus en moyenne, ceux du secteur de la finance hors assurance 94 % de plus, et ceux de la santé et de l’action sociale 103 % de plus.” Des salaires plus confortables gagnés aux prix de contraintes quotidiennes plus élevées.

La richesse du pays malheureusement tire le coût de la vie vers le haut, empêchant tous les actifs de profiter de cette richesse. Car malgré ces revenus importants, le Luxembourg a un taux de pauvreté de 20%. À peine moins que la France (20,5%) et l’Allemagne (21,1%). Mais plus que la Belgique (18,3%). En 2024, le Statec estimait à 2.540€ par mois le seuil de pauvreté. Ce même seuil est fixé bien plus bas en Allemagne (1.520€), en Belgique (1.381€) et en France (1.278€).
Si avoir un travail réduit le risque de pauvreté, il ne l’annule pas : “plus d’un résident sur sept exerçant une activité professionnelle vit en dessous du seuil de pauvreté au Grand-Duché” estime la Chambre des salariés.
Contrairement aux résidents, les frontaliers sont aujourd’hui limités en termes de télétravail : des seuils fiscaux et sociaux le rendent moins accessible qu’il ne l’est pour les habitants du Luxembourg. Le résultat est indiscutable, comme le montre l’étude “Quality of work index 2025" de la Chambre des salariés : “Les différences selon le pays de résidence sont marquées, les frontaliers ayant un recours beaucoup plus limité au télétravail fréquent que les résidents luxembourgeois.”

Ce manque de télétravail est aujourd’hui cité comme un des principaux points négatifs à l’attractivité du Luxembourg et à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. “Le temps de trajet domicile–travail reste particulièrement élevé pour les travailleurs frontaliers, qui sont en plus désavantagés par des restrictions liées aux règles fiscales et de sécurité sociale, limitant leur accès au télétravail” détaille la Chambre des salariés. “Cette inégalité pèse fortement sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, augmente la fatigue, réduit le temps de récupération et dégrade la qualité de l’emploi pour ces salariés.”
Pour aider les travailleurs à se sentir mieux dans leur travail, la CSL souligne justement “l’importance de donner aux salariés plus de marges de manœuvre dans la gestion de leur temps de travail, dans une logique de modernisation visant à préserver et renforcer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, notamment en évitant de multiplier des horaires atypiques imposés. Dans ce contexte, l’augmentation du nombre de jours de télétravail autorisés sans impact fiscal pour les travailleurs frontaliers constitue un levier clé pour rapprocher leur situation de celle des salariés résidents, réduire les temps de déplacement et améliorer l’attractivité des emplois.”
Mieux vaut-il être résident du Luxembourg ou frontalier ? Vous pouvez en débattre dans la section “commentaires” de cet article.