
À cette occasion, les représentants de la Cour des comptes ont annoncé que ce rapport serait transmis au parquet. Le Bureau de la Chambre a finalement décidé de transmettre également au parquet le dossier qui révèle que les députés pirates n’ont pas géré les fonds publics avec sérieux. Cette décision a été annoncée mercredi après-midi par le président de la Chambre, Claude Wiseler.
Une chose est claire : la comptabilité des Piraten présente de profondes lacunes. De nombreuses factures et justificatifs manquent, notamment pour des dépenses liées à la communication, aux déplacements et à la restauration. Dans plusieurs cas, il est impossible de distinguer les finances du parti de celles de ses députés. Le contrôle interne est jugé quasi inexistant.
Pour la période allant de 2018 à 2023, la Cour des comptes a examiné un échantillon de plus de 600.000 euros. Selon ses représentants, aucun justificatif n’a pu être présenté pour environ 18 % de ce montant, soit 118.000 euros. Des compléments ont été demandés pour 90.000 euros. Au final, les justificatifs manquent pour 68.000 euros. La Cour reconnaît toutefois qu’il est difficile de garder une vue d’ensemble au vu des montants en jeu. Ce ne serait que la partie émergée de l’iceberg, comme l’a notamment souligné la députée verte Sam Tanson.
Durant cette période, les Piraten ont compté jusqu’à trois députés. D’après la Cour des comptes, un député en particulier a retenu l’attention, sans que son nom ne soit cité. La presse avait toutefois déjà rapporté que Marc Goergen avait emprunté environ 33.000 euros à la sensibilité politique Piraten, une somme qu’il a ensuite remboursée, mais sans qu’aucun justificatif ne soit disponible. Et la Cour des comptes rappelle qu’une sensibilité à la Chambre ne peut pas accorder de prêt.
Fondateur du parti Pirate, Sven Clement évoque de grosses erreurs de gestion, liées selon lui à l’inexpérience des députés. Pendant longtemps, les factures et justificatifs auraient été conservés dans une simple boîte à chaussures. Dans une interview accordée après la présentation du rapport, il affirme que de nombreuses recommandations de la Cour des comptes ont depuis été mises en œuvre afin d’améliorer la gestion financière. Concernant sa relation avec Marc Goergen, Sven Clement assure que tous deux ont mûri ces dernières années et qu’ils ont choisi de régler le problème ensemble plutôt que de s’affronter.
D’autres groupes parlementaires ont réagi avec stupeur aux déclarations de Sven Clement. Le député LSAP Mars Di Bartolomeo a déclaré avoir l’impression qu’au moins un des députés Piraten avait géré l’argent de la Chambre “comme dans un self-service”.
Le chef du groupe parlementaire CSV, Laurent Zeimet, juge “invraisemblable” que les Piraten cherchent désormais à faire croire qu’ils apportent plus de transparence dans les finances des groupes parlementaires. Marc Baum, élu déi Lénk, va même jusqu’à qualifier cela “d’obscène”. Selon lui, la Cour des comptes devrait désormais être mandatée pour analyser l’ensemble des comptes des Piraten avec la même rigueur que l’échantillon déjà examiné.
Si cette situation chaotique risque de ternir l’image de l’ensemble des groupes politiques et d’affaiblir la confiance dans la politique, les autres partis ont toutefois tenu à souligner qu’il s’agit d’un cas isolé. Un constat partagé à l’issue de la présentation du rapport de la Cour des comptes.