Fatigue, vie privée, manque de formation...Les travailleurs sont dans le doute au Luxembourg

Thomas Toussaint
La qualité au travail diminue au Luxembourg. Un recul sur de nombreux aspects de santé et de sentiment d'utilité qui plombe le moral des salariés.
© Tim van der Kuip / Unsplash / Domaine public

La qualité du travail est au plus bas au Luxembourg. C’est le constat implacable de la Chambre des salariés ce mercredi 4 février. Dans son rapport “Quality of work index”, la Chambre mesure chaque année une “note” des conditions de travail au Grand-Duché. Avec un score final de 53,4 sur 100, le bilan 2025 est le plus mauvais enregistré à ce jour. “Avant la pandémie, l’indice restait relativement stable” écrit la Chambre. Mais sur 12 ans, “l’enquête reste négative et continue de s’accélérer”.

La question est donc de comprendre pourquoi. Dans son étude, la CSL constate que plusieurs aspects négatifs sont en augmentation au Luxembourg : les salariés et les fonctionnaires se sentent moins impliqués dans les décisions prises au travail. La sécurité de l’emploi stagne depuis 2018, avec une baisse importante l’an passé.

“C’est préoccupant, cela devrait être alarmant pour tout le monde. Le patronat pense que les salariés sont satisfaits, mais ce n’est pas le cas.”

On constate encore que le travail a une exigence émotionnelle croissante pour les travailleurs, qui, en parallèle, ont de plus en plus de difficultés à trouver l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. “C’est une augmentation claire vers le haut, c’est la dimension qui connaît la plus forte évolution” analyse David Büchel, conseiller de direction à la Chambre. Sans oublier des difficultés croissantes pour changer de travail, signe que le Luxembourg est moins dynamique.

“C’est préoccupant, cela devrait être alarmant pour tout le monde. Le patronat pense que les salariés sont satisfaits, mais ce n’est pas le cas” prévient Nora Back, présidente de la Chambre des salariés. “L’UEL et d’autres organisations se plaignent que les gens sont trop malades, trop absents, mais elles ne tirent pas les conclusions qui s’imposent : il faut de meilleures conditions de travail. Sanctionner les malades n’est pas la solution. Les gens ne deviennent pas fainéants. Ils veulent travailler. Il y a même des gens malades qui vont travailler et font du présentéisme par peur de sanctions” ajoute-t-elle.

Une inquiétude nouvelle prend également de l’ampleur : la crainte de perdre son emploi à cause de l’automatisation du travail. Machines et nouvelles technologies jouant un rôle certain dans cette peur, principalement ressentie par les jeunes, les frontaliers et les employés aux qualifications intermédiaires. En parallèle, les points positifs liés au travail sont en recul : moins d’autonomie, une satisfaction liée à la rémunération plutôt basse et de moins bons échanges avec le reste de l’entreprise (moins de coopération, moins de participation, moins de retours de la part de la hiérarchie...).

La formation : apprendre aujourd’hui pour ne pas être perdant demain

Dans ce rapport 2025, une attention particulière a été donnée la formation. Enfin, plutôt au manque de formation, car c’est aujourd’hui un des problèmes cachés mais récurrents du Luxembourg. Seul un salarié sur trois estime avoir de bonnes possibilités de suivre des formations aujourd’hui. Six sur dix ayant pu en bénéficier au cours de l’année écoulée. Mais lorsque formations il y a, celles-ci sont surtout très courtes : séminaires et conférences organisés à la journée devancent des formations plus professionnalisantes : à peine un travailleur sur dix suit une formation longue débouchant sur un diplôme. Pourtant, ce sont bien ces dernières qui apportent le plus aux travailleurs... et à leurs employeurs.

“Il se peut que les talents d’aujourd’hui soient les employés en difficulté de demain.”

Comme le constate David Büchel, les cadres, les professions intellectuelles et les jeunes salariés participent davantage tandis que les métiers physiques ou de service sont peu concernés. “Les personnes déjà en bonne position dans le monde du travail bénéficient le plus de la formation.” Pour elles, un défi s’impose : se former aujourd’hui, c’est se protéger face aux évolutions du monde du travail. “Il se peut que les talents d’aujourd’hui soient les employés en difficulté de demain. Surtout si la formation ne suit pas pour la montée en compétences et la reconversion. La pénurie après la pénurie est un vrai enjeu.”

Sans craindre une disparition de tout un secteur de travail, il est possible que certains métiers évoluent drastiquement. Et que les employés aux qualifications moyennes soient les plus touchés : “Sans approche durable de la formation, la pénurie de main d’œuvre va s’accentuer.” Car un employé non formé ne peut pas répondre aux besoins du monde du travail. Et finit par rester sur la touche. “Les profils avec des qualifications basses ou hautes pourraient être peu touchés, mais entre les deux, il pourrait y avoir des difficultés importantes” avance finalement David Büchel.

“C’est du poison pour la cohésion sociale d’avoir un chômage en hausse alors qu’on pourrait avoir le plein-emploi” tranche Patrick Dury, vice-président de la Chambre des salariés. Car le Luxembourg est bien en train de vivre une crise lente, profonde et plutôt paradoxale : il manque de travailleurs mais son chômage augmente depuis un an. “Il y a une vraie incompatibilité entre la formation et les postes à pourvoir. C’est un constat malheureux” conclut Nora Back. Dont l’institution recommande désormais de revoir complètement le congé de formation, d’adapter l’offre de formation actuelle du pays et d’instaurer des aides financières pour les salariés qui souhaitent se lancer.

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