Climat de travail chez Uni.luDes députés doutent de l’indépendance de l’audit externe

Michèle Sinner
traduit pour RTL Infos
Les députés de la commission de l’Enseignement supérieur se sont penchés mardi sur les dysfonctionnements présumés en matière de recrutement et de promotion, ainsi que sur le climat de travail au sein de l’Université du Luxembourg.
© RTL archives

Les membres de la commission de l’Enseignement supérieur ont reçu la ministre compétente, Stéphanie Obertin, et des représentants de l’Université du Luxembourg mardi. Cette rencontre fait suite à une manifestation d’enseignants et de chercheurs mécontents devant la Chambre l’automne dernier et à leurs critiques exprimées dans la presse. Le recteur Jens Kreisel et la vice‑rectrice Simone Niclou sont restés pleinement dans leur rôle et ont défendu l’université. Selon Jens Kreisel, les représentants élus du personnel et des étudiants au Conseil universitaire disent qu’“il n’y a pas de malaise systémique à l’Université. Il existe très certainement des cas individuels qui sont difficiles à vivre. Mais il n’y a pas de malaise systémique.”

Simone Niclou a expliqué que la situation du personnel de recherche, qui obtient toujours des contrats à durée déterminée de quelques années, n’était pas seulement difficile à l’Université du Luxembourg, mais que les conditions étaient les mêmes dans le monde entier. La direction voudrait mieux accompagner le personnel dans ces situations. C’est pour cela que le Bureau des affaires professorales a été mis en place. Il existe également un service de médiation, un bureau des doléances et un dispositif pour les lanceurs d’alerte. Les deux, Niclou et Kreisel, ont souligné que toutes ces mesures pouvaient toujours être améliorées. Le Conseil universitaire a lancé une analyse interne, a indiqué le recteur. Mais un audit externe a aussi été annoncé. Jens Kreisel a déclaré : “Dans ce cas, il s’agit en fait des ressources humaines, tout simplement du bien‑être de nos collègues, de pouvoir leur offrir autant de canaux que possible. Ill s’agit de la clarté de nos mécanismes et de la manière dont on peut les améliorer.

Mais le cahier des charges de l’audit est élaboré par le Conseil de gouvernance de l’université, autrement dit le “conseil d’administration” de l’université elle‑même. Les résultats seront également transmis d’abord à l’université, puisque c’est elle qui a commandé l’audit, et non le ministère. La structure de gouvernance de l’université dans son ensemble n’entre pas dans le périmètre de l’audit. Et cela a suscité de vives, bien que polies, critiques de la part des députés. Joëlle Welfring, élue des Verts, a déclaré après la réunion : “Ce sont aussi des constats qui avaient été faits après différentes évaluations externes, de Technopolis par exemple, la dernière datant de mai 2025, où il était déjà indiqué que la structure de gouvernance de l’université devait être flexibilisée et adaptée au fonctionnement actuel et à l’actualité, que de nombreuses exigences pèsent sur une telle institution et que sa structure actuelle n’était en réalité plus adéquate. C’est pourquoi je suis étonnée qu’alors qu’il faut maintenant analyser des faits sur la base de plaintes, dont beaucoup sont avérées, le périmètre – ou ce qui sera examiné – soit finalement relativement réduit.

C’est dommage, estime Joëlle Welfring : “Outre la manière dont l’audit sera mené, je trouve aussi un peu problématique que la ministre laisse en quelque sorte à l’université le soin de décider comment cet audit sera réalisé. Aujourd’hui, elle a clairement délégué cette tâche directement au recteur, qui fera évidemment ses propres choix, même si, je le dis aussi, le Conseil de gouvernance aura évidemment son mot à dire. Malgré tout, quand on sait comment les nominations se passent, je trouve problématique que, finalement, cette responsabilité ne soit pas assumée par la ministre, pour dire : ‘je veux examiner cela en profondeur’.”

Le président de ce Conseil de gouvernance est l’homme d’affaires Yves Elsen. Vendredi dernier, l’hebdomadaire “Lëtzebuerger Land” a souligné que les entreprises Hitec et Lift Me Off, dont Yves Elsen détient des parts, étaient des partenaires industriels du centre interdisciplinaire SNT. La députée LSAP Liz Braz s’interroge donc également sur d’éventuels conflits d’intérêts économiques au sein de la gouvernance. Elle a déclaré après la réunion : “Je regrette aussi que l’audit ne couvre que les ressources humaines et que l’aspect gouvernance ne soit pas inclus, car cela semble être un problème systémique à l’Université du Luxembourg. Je regrette que cet aspect ait été présenté aujourd’hui en commission sous un jour plus favorable que ce que l’on peut entendre en off.

Le recteur avait rappelé durant la réunion que la loi relative à l’Uni.lu prévoit qu’elle contribue au développement économique du Luxembourg.

Mais le député des Pirates, Sven Clement, a aussi déclaré : “Ce qui m’irrite, c’est que l’audit soit commandé par l’université elle‑même et ne soit donc pas vraiment indépendant. Ici, je pense qu’il aurait été judicieux de confier l’audit directement au ministère, et idéalement de transmettre le rapport directement à la Chambre, afin que cette indépendance soit vraiment garantie. Il y a des personnes à l’université qui mettent en doute l’indépendance de cet audit avant même qu’il ne soit commandé.”

La ministre Stéphanie Obertin a assuré : “Ce n’est pas parce que le ministère ne le fait pas que nous n’exerçons pas de supervision, que nous ne nous penchons pas sur la question ou que nous ne l’examinons pas en profondeur.

Mais même au sein de la majorité, le scepticisme était palpable : “Pour ma part, beaucoup de questions restent malheureusement en suspens. Et je pense que nous devrons continuer à approfondir ce sujet”, a déclaré la députée CSV et vice‑présidente de la commission, Françoise Kemp. “Je pense qu’il faut vraiment bien contrôler que l’indépendance soit garantie, et que nous discutions ensuite des résultats lors d’une séance.

De la droite à la gauche, les avis allaient dans le même sens. David Wagner, député déi Lénk, a déclaré que l’audit devait examiner la question de savoir s’il n’existe pas des problèmes systémiques.

Mais ne serait-ce pas maintenant encore l’occasion d’élargir les missions de l’audit ? Stéphanie Obertin était ouverte à cette idée. “Très bonne suggestion. Vous savez que le document ne sera soumis que le 6 février, donc vendredi prochain. Les responsables de l’université vont s’en saisir, vérifier s’il est complet, avec toutes les informations que nous avons encore soulevées aujourd’hui. C’est d’ailleurs pour cela aussi que nous étions en commission, et c’est pour cela aussi que nous avons joué la carte de la transparence. Nous avons répondu à toutes les questions, c’est très important pour nous et, comme je l’ai dit, le document n’est pas encore soumis, il est donc encore possible de tout revoir.

Les responsables de l’université seront‑ils aussi ouverts ? Jens Kreisel a déclaré au sujet du président de l’université, Yves Elsen : “Il a discuté un cahier des charges avec son conseil de surveillance. C’est pour l’instant le cahier des charges auquel je dois me conformer.

À la question de savoir si le conseil de surveillance a concrètement discuté de l’opportunité d’examiner également la structure de gouvernance, c’est‑à‑dire les instances et les processus décisionnels auxquels participent Yves Elsen et les autres membres, le recteur a répondu : “Les discussions au sein du conseil de surveillance sont confidentielles.

Il reste donc à voir si l’audit sera élargi ou non d’ici vendredi prochain.

Pendant ce temps, le personnel mécontent de l’université se défend par d’autres moyens. Selon Jens Kreisel, un auteur anonyme a envoyé à 22 universités internationales partenaires de l’Uni.lu, un courriel contenant un lien renvoyant à une revue de presse des articles critiques : “Il leur a été suggéré d’en tirer leurs propres conclusions. Et cela est évidemment problématique pour la réputation internationale de l’université.

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