Un an après les pétitions LGBTIQ+"La communauté LGBTIQ+ est une réalité de notre société et donc aussi dans les écoles," souligne Yuriko Backes

Annick Goerens
traduit pour RTL Infos
En 2024, deux pétitions antinomiques avaient été lancées au Luxembourg concernant la place des thématiques LGBTIQ+ dans l'éducation, suscitant un large débat.
© AFP (archive)

L’une des pétitions demandait que ces sujets ne soient pas abordés à l’école avec des mineurs, et l’autre s’opposait à cette exclusion. Les deux pétitions s’équilibraient en termes de signatures récoltées. Le gouvernement se devait de réagir à un débat sociétal aussi important et en tirer des conclusions. Ces dernières ont été présentées mardi matin aux commissions parlementaires de la Famille et de l’Éducation nationale.

Les thématiques LGBTIQ+ font partie de notre société et par conséquent de l’éducation

“Ce qui est clair, c’est que la communauté LGBTIQ+ est une réalité de notre société et donc aussi une réalité dans les écoles. Il va de soi pour nous que nous voulons et devons continuer à intégrer ces thématiques dans nos écoles.” Le gouvernement n’entend aucunement “invisibiliser cette communauté dans les écoles ou dans quelque partie de la société ,” a déclaré d’emblée la ministre de l’Egalité des genres et de la Diversité, Yuriko Backes. Suite au constat que les deux pétitions ont entraîné une augmentation du discours de haine en ligne, la ministre a lancé, en collaboration avec l’ASBL Respect.lu, une campagne d’information contre les discours de haine sur le Net, au moyen de conseils et d’outils. Des ateliers seront notamment organisés. Il s’agit d’un projet pilote, dont le bilan sera présenté dans un an.

En matière d’infrastructures : des sanitaires et des vestiaires inclusifs

Du côté du ministère de l’Education nationale, des adaptations vont avoir lieu sur quatre plans. A commencer par les infrastructures. Le sujet des toilettes a été vivement débattu. Voici un échange entre Christian Ginter, responsable des infrastructures au ministère de l’Education, Fred Keup, député ADR et enfin Georges Engel, député LSAP:

Christian Ginter : “En ce qui concerne la signalétique, c’est clair. A l’avenir, il sera uniquement indiqué WC et il n’y aura plus de distinction entre toilettes pour hommes et toilettes pour femmes.”

Fred Keup : “Ai-je bien compris, qu’il n’y aura désormais plus de toilettes pour hommes et de toilettes pour femmes dans les lycées ?”

Christian Ginter : “Il en sera effectivement ainsi : l’entrée dans l’aile des toilettes sera commune, indépendamment du genre, indépendamment de l’âge, indépendamment de la taille. Mais l’accès à la cabine des toilettes elle‑même sera bien entendu individuel et non commun. […] L’urinoir sera, pour sa part, complètement abandonné.”

Georges Engel: “Concernant les toilettes unisexes, je trouve que c’est une très bonne chose. Je ne crois pas non plus que quelqu’un parmi nous ait, chez soi, des toilettes séparées pour les garçons et pour les filles.”

Des adaptations sont également prévues pour les vestiaires. A l’avenir, dans les nouveaux bâtiments, on pourra donc choisir si l’on préfère se rendre dans un vestiaire commun ou dans un vestiaire individuel et séparé, avec ou sans douche, explique Christian Ginter.

Nouvelles formations et nouveau matériel pour les enseignants

En plus des adaptations au niveau des infrastructures, l’IFEN (Institut de formation de l’Education nationale) a élaboré d’autres formations spécifiques pour les enseignants. Depuis ce mois de janvier, 13 sont consacrées à ces thématiques. Les enseignants sont libres d’y participer s’ils en ressentent le besoin. Le SCRIPT (Service de coordination de la recherche et de l’innovation pédagogique et technologique) a également développé de nouveaux supports permettant aux enseignants de présenter cette thématique aux élèves de manière adaptée à leur âge. Luc Weis, directeur du SCRIPT, donne un exemple :

D’un côté, il y a notre initiative pour les cycles 2 et 3, que nous appelons ‘CHMENKI’. Cela signifie ‘Chef de mon corps’. Les enfants doivent comprendre qu’ils ont un corps, développer une conscience de leur corps. Qu’ils apprennent les limites par rapport à eux-mêmes et par rapport aux autres. Qu’ils apprennent également à connaître leurs droits. Le tout est bien sûr adapté à leur âge et présenté de façon ludique.

Pour le cycle 4, il existe un dossier pédagogique “Sexuelle Bildung in der Grundschule”, qui propose des informations utiles sur l’éducation sexuelle. Il traite les thèmes du corps, des sentiments, des limites, de la reproduction, de la puberté, de la sexualité, de l’identité et de la diversité.

Un nouveau guide pour la diversité du genre dans les lycées

Le CePAS (Centre psycho-social d’accompagnement scolaire) a développé un guide pour la diversité du genre, qui a pour objectif de normaliser la cohabitation dans toute sa diversité au lycée et de mettre en place des procédures et des règles. Les enseignants y trouvent des fiches pratiques avec des règles et des interdits pour la gestion directe en classe avec l’élève, explique Nathalie Keipes, directrice du CePAS:

“Les enseignants et les directions des lycées étaient d’ailleurs très demandeurs pour obtenir un tel outil. Ils y reçoivent simplement des consignes pour la classe, pour la relation avec l’élève : comment gérer les discriminations, comment intégrer la diversité dans le programme scolaire, comment aussi avoir une fonction d’exemple en adoptant une attitude respectueuse et empathique envers les jeunes trans.”

En outre, sept thématiques sociétales doivent également être intégrées de manière transversale dans le curriculum scolaire et enseignées dans les matières traditionnelles. Il s’agit par exemple de la citoyenneté démocratique, de l’éducation aux médias et de l’éducation sexuelle et affective.

Back to Top
CIM LOGO