Procès inéditUn internaute belge jugé pour des propos haineux contre les femmes

RTL Infos
Un trentenaire belge est jugé depuis lundi par une cour d'assises pour des insultes et menaces proférées sur les réseaux sociaux à l'égard des femmes et des mouvements féministes, un procès inédit en Belgique devant une telle juridiction.
© pixabay

Le procès de Sami Haenen, un agent de surveillance de 34 ans, s’est ouvert lundi matin devant un jury populaire à Liège (est), et devrait s’achever mercredi.

Ce célibataire, très actif notamment sur Facebook et Twitter, avait l’habitude de s’en prendre aux femmes, jugées responsables de sa “misère sexuelle et affective”. Il ponctuait ses propos haineux de critiques sur leur habillement ou leur supposée attitude “provocante”.

Face aux réactions indignées, il a surenchéri et publié en octobre 2020 une courte vidéo dans laquelle il apparaissait armé d’une batte de base-ball et menaçait de s’en prendre aux féministes, selon l’accusation.

Il y faisait référence à Elliot Rodger, un Américain qui avait proclamé sa haine de la société et des femmes avant de tuer six personnes, dont trois femmes, en 2014 en Californie. L’étudiant s’était ensuite suicidé.

Sami Haenen, qui dit avoir agi “sous la colère” et réfute toute intention de passer à l’acte, doit répondre de “menaces”, “incitation à la haine” et “délit de presse”. Il encourt jusqu’à cinq ans de prison.

En Belgique, le “délit de presse” relève d’un jury populaire de cour d’assises, comme le prévoit la Constitution.

Des exceptions sont prévues pour des propos relevant de l’incitation à la haine raciale, susceptibles d’être jugés par un tribunal correctionnel.

Mais s’agissant de propos publics sexistes ou misogynes, “il n’y avait pas de correctionnalisation possible”, ont estimé les magistrats de la juridiction de renvoi.

Joint par l’AFP, Alexandre Wilmotte, avocat de l’accusé, a dénoncé une décision “démesurée” au préjudice de son client.

“Personne n’imagine qu’en publiant sur Facebook, on puisse se retrouver un jour devant une cour d’assises”, a affirmé l’avocat.

“Oui, il a fait référence à Elliot Rodger mais n’a jamais dit ni écrit qu’il partageait ses idées et avait l’intention de faire la même chose”, a ajouté Me Wilmotte.

Lundi matin, devant la cour, M. Haenen a défendu le droit à s’exprimer librement sur l’"hypersexualisation de la société” et a affirmé que “le pouvoir de séduction des femmes” était “beaucoup plus élevé” que celui des hommes.

“Les médias parlent beaucoup de féminisme mais pas beaucoup de ce que peuvent vivre certains hommes au quotidien”, a dit le trentenaire.

Il a aussi justifié la publication de la vidéo de menaces par le fait qu’il se sentait lui-même “en danger de mort” après de premiers propos haineux.

“Je sais que c’est une bêtise, je voulais juste qu’on me laisse tranquille”, a-t-il lâché, assurant ne posséder aucune arme à feu.

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