Tensions dans un bus scolaire en Moselle La gendarmerie fait une descente pour calmer des collégiens

Anaïs Riffi
Un important dispositif de gendarmerie a été déployé lundi 26 janvier sur un bus scolaire reliant Hagondange à Mondelange. Une intervention exceptionnelle, déclenchée après une série d’incidents jugés graves, qui suscite incompréhension et inquiétude chez certains parents et élèves du collège Paul-Langevin.
Des élèves ont pris en photo l’intervention des gendarmes sur le bus scolaire.
© DR

Plusieurs semaines d’incivilités répétées

Lundi 26 janvier, aux alentours de 17 heures, le trajet retour d’un bus scolaire desservant le collège Paul-Langevin, à Hagondange (Moselle), a été interrompu par une opération de contrôle d’ampleur. Cinq véhicules de la gendarmerie de Thionville ont immobilisé le car, à bord duquel se trouvaient une quarantaine de collégiens. L’intervention, réalisée sur réquisition du procureur de la République, visait à faire retomber les tensions après plusieurs semaines d’incivilités répétées signalées sur cette ligne.

Selon les autorités, certains élèves adoptaient des comportements dangereux, mettant en cause la sécurité du conducteur et des passagers. Mais pour une partie des familles, la méthode employée laisse un goût amer.

Ma fille n’ose plus prendre le bus. Ils ont été traumatisés par cette descente”

Cinq véhicules de gendarmerie pour des enfants, vous trouvez ça normal ?”, s’indigne Saphia, mère d’une collégienne contactée par RTL Infos. Elle affirme que ce contrôle n’est pas un cas isolé. “Ces dernières semaines, les enfants ont été contrôlés régulièrement. La police municipale les attendait à la sortie du collège, à plusieurs reprises.

D’autres parents évoquent des confiscations de compas ou de ciseaux, pourtant nécessaires au matériel scolaire, car considérés comme des objets potentiellement dangereux. “Ma fille n’ose plus prendre le bus. Ils ont été traumatisés par cette descente, faite sans la présence d’un adulte encadrant”, déplore Sonia.

« Je préfère que les parents râlent pour un contrôle, plutôt que parce qu’un drame s’est produit »

Rémy Sadocco, maire de Mondelange

Face à ces critiques, la mairie de Mondelange assume la fermeté. “Je préfère que les parents râlent pour un contrôle plutôt que parce qu’un drame s’est produit”, répond le maire, Rémy Sadocco. “Le nombre de gendarmes visait aussi à montrer que la situation était prise au sérieux.

Un trajet ciblé, des incidents répétés

Les difficultés se concentrent sur un créneau précis. “Le transport du midi pour la cantine ne pose aucun problème. Les tensions surviennent uniquement sur le trajet de 17 heures, après une journée de cours”, explique l’élu. Excitation, fatigue et effet de groupe seraient en cause.

La mairie de Hagondange indique ne pas avoir été informée en amont de l’intervention de la gendarmerie, tout en reconnaissant des débordements réguliers sur cette ligne, dont la gestion relève de la Région Grand Est. “La police municipale est intervenue ponctuellement devant le collège, uniquement pour rassurer les conducteurs, sans fouille ni contrôle”, précise la maire, Valérie Romilly, version confirmée par la Région.

Tentative d’incendie et droit de retrait des chauffeurs

Les faits reprochés sont loin d’être anodins. Depuis le 25 septembre, de nombreux signalements ont été remontés. La rédaction de RTL Infos a pu consulter plusieurs vidéos diffusées sur Snapchat, où l’on entend un chauffeur interpeller les élèves après une tentative d’incendie à bord du bus. Une odeur de brûlé envahit le véhicule. Un élève filme même la scène et nomme le collégien responsable : « C’est … », lance-t-il.

Sur d’autres images, les échanges entre le conducteur et certains collégiens sont particulièrement virulents, des insultes sont proférées. Face à la répétition des incidents, un chauffeur a exercé son droit de retrait du 14 au 16 janvier, entraînant une suspension temporaire du service. “Le 13 janvier au soir, le bus ne roulait plus. Il a repris avec un autre chauffeur quelques jours plus tard”, confirme le maire de Mondelange.

Les parents d’élèves dénoncent également des comportements jugés inappropriés de la part de certains chauffeurs. “Il a son téléphone au volant. Nos enfants nous ont aussi rapporté qu’un chauffeur aurait mis le chauffage au maximum et fermé les portes afin de leur faire peur”, affirme Saphia, des faits qu’il n’a pas été possible de vérifier.

Des agissements que le maire dit ne pas cautionner, tout en cherchant à les contextualiser. “Je ne suis pas informé de l’ensemble des faits. La réaction est disproportionnée, mais il faut aussi imaginer le ras-le-bol des chauffeurs. Le recrutement est déjà compliqué, alors dans de telles conditions, c’est catastrophique”, explique-t-il.

Des élèves pris dans un climat de tension

Pour les élèves non impliqués, la situation est difficile à vivre. “Le matin, je stresse à l’idée de prendre le bus. Le soir, je me demande si je vais rentrer à l’heure à cause des contrôles”, confie Elisa*, 13 ans. Elle raconte avoir vécu l’intervention du 26 janvier “comme un kidnapping, le bus ayant été détourné de son itinéraire habituel (NDLR: derrière le parking du Conforama à Mondelange, au niveau des quais de déchargements), entouré selon elle d’ ”une trentaine de gendarmes”.

Nos enfants paient pour une minorité”, estime Saphia. “On se sent comme des criminels”, ajoute Naël*, élève de sixième.

Un contrôle sur réquisition du procureur de la République

Dans une réponse conjointe, la Région Grand Est et la préfecture rappellent qu’”un seul contrôle ponctuel a été réalisé le 26 janvier, sur réquisition du procureur de la République, au regard de la gravité des faits”. L’opération comprenait des contrôles d’identité, palpations de sécurité et fouilles de sacs, dans un cadre légal strict.

Il ne s’agissait en aucun cas de stigmatiser les élèves, mais de prévenir des situations à risque et de garantir la continuité du service public”, insiste la Région Grand-Est. Des exclusions du transport scolaire ont depuis été prononcées à l’encontre des élèves identifiés comme perturbateurs, pour une durée indéterminée, selon le maire de Mondelange.

La Région rappelle que le transport scolaire est conditionné au respect des règles à bord. “La sécurité des élèves et des conducteurs ne peut être compromise”, conclut-elle, tout en assurant que tout signalement concernant le comportement d’un chauffeur est également examiné.
Contacté par RTL, le collège indique ne pas être en mesure de s’exprimer sans l’accord préalable du rectorat.

* : Prénoms modifiés

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