Gastronomie"Il est temps de laisser la place" : Paul Bungert transmet les Sucrés du Lux à Emeline Gobert

Raphaël Ferber
Après cinq années à la tête des Sucrés du Lux, le pâtissier Paul Bungert passe la main à Emeline Gobert. Entre fatigue, envie de consacrer plus de temps à sa famille et rythme soutenu dans les cuisines de Ma Langue Sourit, il estime que le moment était venu de transmettre. Avant de quitter la présidence, il évoque ses fiertés et revient également sur les ambitions qu’il n’a pas pu concrétiser.
Paul Bungert, pâtissier à Ma Langue Sourit et président sortant des Sucrés du Lux, à Moutfort.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Installé dans le salon vitré du restaurant Ma Langue Sourit, à Moutfort, Paul Bungert profite d’un rare moment de calme avant de terminer sa journée. Dehors, la chaleur écrase encore le pays en cette fin de journée plus que printanière. À l’intérieur de l'établissement doublement étoilé, l’atmosphère est un peu plus fraîche. Une dizaine de jours plus tôt, lors du premier rassemblement de l’année des "Sucrés du Lux" organisé au Sofitel Le Grand Ducal, le pâtissier avait annoncé qu’il passait la main après cinq années à la présidence du collectif.

"À chacun son heure. Il est temps de laisser la place", confie celui qui travaille depuis quatre ans chez Ma Langue Sourit. "Réunir des pâtissiers, trouver un thème, gérer l’événement sur place, en amont, contacter les médias, c’est quand même du boulot."

Au fil des années, la charge est devenue plus lourde à porter. Entre son changement de maison — du Sofitel à Ma Langue Sourit — et l’exigence d’un restaurant deux étoiles Michelin, difficile de tout mener de front. "La carte change souvent, ça demande beaucoup de recherche. Ça devenait compliqué de faire du bénévolat avec les Sucrés tout en maintenant un haut niveau des deux côtés."

À cela s’ajoute aussi une raison plus personnelle : "Je vais être papa pour la deuxième fois. Il y a de plus en plus de travail à la maison aussi. J’ai besoin de temps pour moi et ma famille."

S’il parle de cette décision avec sérénité, Paul Bungert reconnaît également une certaine fatigue ces derniers mois. "Ce n’est pas toujours facile de se renouveler. On a récemment exploré des thèmes déjà abordés par le passé. C’est vrai que ça devenait un peu lourd pour moi."

"Je pense avoir fait grandir le club et à le féminiser"

Parmi les projets qu’il n’aura pas réussi à concrétiser figure surtout une présence des Sucrés du Lux aux Francofolies. "C’est un petit regret", admet-il. "Mais ça demande un investissement énorme. Il faut réussir à motiver tout le monde sur un gros événement. Être aux Francofolies, ça veut dire envoyer 1000 ou 2000 desserts en une après-midi. Je crois que je rêvais un peu!"

Le pâtissier avait aussi imaginé, un temps, transformer le collectif en véritable association. "Mais pour ça, il faut un président, un vice-président, un trésorier… donc des gens prêts à s’investir autant que toi."

Malgré son retrait de la présidence, Paul Bungert ne compte toutefois pas disparaître du collectif. "Oui, je reste dans le club. Je ne pourrai sans doute pas être présent à toutes les éditions, mais au moins une par an. C’est un bel exercice."

Lorsqu’il évoque son bilan, le pâtissier se dit surtout fier d’avoir "gardé le cap" après le départ du fondateur Yves Jehanne, parti ouvrir sa boulangerie-pâtisserie près de Toulouse. "Yves est parti de rien. Ce n’était pas facile de passer après lui, parce que c’est un super pâtissier." Il estime aussi avoir contribué à faire évoluer le collectif : "Je pense avoir fait grandir le club et à le féminiser. C’est important. C’est un métier où il faut laisser davantage de place aux femmes."

Pour lui, les Sucrés du Lux jouent également un rôle essentiel pour mettre en lumière un métier souvent discret. "Dans les restaurants ou chez les traiteurs, personne ne sait qui a fait le dessert. Avec les Sucrés, on met un visage sur chaque pâtisserie. On montre les coulisses et des pâtissiers qui restent habituellement dans l’ombre."

Quant à la succession, le choix d’Emeline Gobert s’est imposé naturellement. "La plupart des pâtissiers du club ont les épaules pour prendre ma place, mais Emeline a un petit quelque chose qui me plaît. Il y a un bon feeling."

Émeline Gobert : "mettre un coup de pied dans la fourmilière"

Émeline Gobert, nouvelle présidente des Sucrés du Lux et responsable de la pâtisserie au Sofitel Luxembourg Europe.
Émeline Gobert, nouvelle présidente des Sucrés du Lux et responsable de la pâtisserie au Sofitel Luxembourg Europe.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

À 34 ans, la pâtissière — responsable de toute la partie sucrée du Sofitel Europe et du restaurant Radici — mesure l’ampleur du défi qui l’attend. "Paul m’a envoyé un message pour savoir si j’étais d’accord pour reprendre la présidence. Ça s’est fait très rapidement", raconte-t-elle.

Les deux pâtissiers se connaissent bien pour avoir travaillé ensemble au Sofitel. Membre des Sucrés du Lux depuis juin 2024, Emeline Gobert avoue avoir été surprise d’être choisie. "Vu le très bon niveau des pâtissiers du groupe, je ne pensais pas que ça tomberait sur moi!"

La nouvelle présidente affiche toutefois déjà plusieurs ambitions. "On va mettre en place un site internet pour présenter et vendre nos pâtisseries. En interne, on va m'aider un peu." Une réunion est également prévue mi-juin afin de réfléchir à l’avenir du collectif. "On va mettre un petit coup de pied dans la fourmilière, parce que j’ai le sentiment qu’on s’endort un peu."

Le collectif, qui compte une vingtaine de membres, pourrait d’ailleurs organiser une deuxième édition avant la fin de l’année. "Pour moi, c’est un challenge sympa", sourit-elle.

Pendant ce temps, Paul Bungert continue de regarder vers l’avant à Ma Langue Sourit, où il poursuit son travail aux côtés du chef Cyril Molard. "Le challenge est toujours aussi intéressant. J’apprends constamment. Le chef est dans une curiosité permanente, et ça, c’est vachement bien."

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