Depuis dix ans, la Chambre des salariés étudie le bien-être des employés au Luxembourg. En une décennie, elle a remarqué que la tendance se dégradait…

Sur dix ans, la qualité du travail au Luxembourg est empêtrée dans une tendance négative. Le coronavirus l’a amplifiée en 2020, et malgré un rebond, "impossible d’inverser le mouvement" constate la Chambre des salariés.  Le point bas a été atteint pendant la pandémie et "la reprise n’est pas vraiment au rendez-vous".

Des contraintes en hausse au travail

Dans son étude 2023 "Quality of Work Index", elle remarque que plusieurs contraintes nuisent au bien-être des travailleurs du pays. La charge mentale et l’exigence émotionnelle imposées aux salariés par exemple. Ainsi que la contrainte de temps.

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La tendance sur dix ans est clairement à la baisse selon la CSL. / © Chambre des salariés

L’évolution des revenus, dont la CSL avait déjà remarqué les limites, nuit également à la satisfaction du salaire obtenu. Un problème amplifié par la crise de l’inflation: à peine plus d’un travailleur sur deux est satisfait.

Un tableau plutôt noir, même si tout n’est pas négatif. Elle constate aussi une tendance positive du côté de l’autonomie et de la sécurité au travail.

Mais globalement, c’est bien la tendance longue qui est négative. Baisse de motivation, baisse de la satisfaction au travail, baisse du bien-être, hausse des conflits entre vie privée et vie professionnelle, burnout et problèmes liés à la santé sont des indicateurs inquiétants. Hommes et femmes suivent la même tendance… mais ces dernières sont plus concernées. De quoi contrebalancer les résultats positifs du Luxembourg sur l’écart salarial.

Baisser le temps de travail pour s’y sentir mieux

Pour la CSL, il n’y a pas de remède miracle. Le télétravail a permis à certains d’équilibrer ce rapport au travail, mais 3 travailleurs sur 10 ne peuvent tout simplement pas y recourir. Le temps de travail apparaît donc comme une solution plus efficace. Chez les hommes, pas de changement, le temps de travail contractuel reste le plus élevé. En revanche, chez les femmes, le temps de travail continue de combler son retard. Une bonne chose puisque ce sont leurs carrières qui sont le plus souvent tronquées pour des raisons familiales. Hommes et femmes vont, de toute façon, dépasser leur temps de travail réel par des heures supplémentaires.

En 2023, la CSL a constaté que plus d’un travailleur sur deux était favorable à une baisse du temps de travail hebdomadaire. Une majorité écrasante souhaitant conserver leur salaire actuel malgré cette baisse. Une possibilité écartée lors des élections législatives, la coalition CSV-DP étant franchement hostiles à une baisse du temps de travail. Comme le gouvernement, les entreprises misent donc sur la flexibilisation. "Mais elle ne doit pas se faire de manière unilatérale, elle doit être favorable aux deux côtés" prévient Nora Back, la présidente de la CSL.

Le problème du temps de travail "contraint"

Ce temps de travail légal est aujourd’hui complété par un temps "contraint" par le travail. À savoir les heures du contrat auxquelles on ajoute le temps de trajet. De quoi dépasser largement la semaine de 40h. Sans surprise, les résidents sont les mieux lotis : 48h et 48 minutes par semaine. Contre 53h et 30 minutes pour les frontaliers. Or, plus le trajet est long, plus les travailleurs sont mécontents de leur travail.

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Travail et trajet font le temps "contraint" des employés au Luxembourg. / © Chambre des salariés

Si le Luxembourg est globalement peu touché par le non-respect du temps de repos, chaque semaine, 8% des travailleurs n’ont pas 11h de repos entre deux postes. Surtout les cadres et dirigeants, ainsi que les vendeurs. En-dehors du travail, on attend de 3 travailleurs sur 10 de rester joignables. À ce sujet, la CSL rappelle que le gouvernement a voté le droit à la déconnexion. Les entreprises ont encore deux ans de phase de transition pour le mettre en place.

Les journées étant limitées à 24h, ce débordement du monde professionnel sur la vie privée laisse forcément moins de temps pour les activités personnelles. Cuisiner, s’occuper des enfants, avoir des loisirs… "Les femmes font moins souvent des activités bénévoles et caritatives, ainsi que des activités bénévoles politiques ou syndicales, mais elles sont plus nombreuses à s’occuper d’enfants quotidiennement" constate la CSL.

Baisse du télétravail

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Les envies de télétravail des salariés du Luxembourg. Trois sur dix en sont exclus car leur emploi n'est pas réalisable à distance. / © Chambre des salariés

Devenu récurrent pendant le coronavirus, le télétravail est en recul. Quatre personnes sur dix y recouraient en 2021, elles ne sont plus que trois en 2023. Et tous les secteurs sont touchés. Pourtant, la popularité du télétravail ne faiblit pas ! Hormis ces 31% d’employés qui ne peuvent pas télétravailler, 28% des travailleurs sur dix aimeraient télétravailler à distance plus de la moitié de la semaine. 25% aimeraient moins de la moitié de la semaine.

Comme la plateforme Jobs.lu l’avait constaté, de plus en plus de personnes envisagent de changer de travail pour améliorer leur qualité de vie. Un constat également fait par la Chambre des salariés. Et une vraie source d’inquiétude. "Ce n’est pas normal que tant de gens envisagent de changer de poste" grince Nora Back. Reste un message d’espoir selon la CSL : "Si les conditions de travail sont meilleures, les gens garderont leur emploi."