Polluants éternels PFAS: ces substances qui inquiètent jusqu'à la chambre

Pierre Jans
adapté pour RTL Infos
Présents dans de nombreux produits du quotidien, les PFAS inquiètent de plus en plus pour leurs effets sur la santé et l’environnement. À la Chambre des députés, élus et gouvernement s’opposent sur la réponse à apporter : restriction ciblée ou interdiction plus large.
Des militants écologistes manifestent devant la Commission européenne contre l'utilisation des PFAS.
Des militants écologistes manifestent devant la Commission européenne contre l’utilisation des PFAS.
© NICOLAS TUCAT/AFP

Les “polluants éternels” s’imposent dans le débat politique. Mercredi, à la Chambre des députés, les PFAS – ces substances chimiques persistantes – ont fait l’objet d’une interpellation portée par la députée socialiste Claire Delcourt.

Utilisés dans de nombreux objets du quotidien, textiles ou cosmétiques, les PFAS sont prisés pour leur résistance à l’eau, à la graisse ou encore à la chaleur. Mais cette durabilité constitue aussi leur principal danger : ces substances s’accumulent dans l’environnement et dans l’organisme humain, sans quasiment se dégrader.

Une grande partie des PFAS se retrouve dans la nature via les eaux de pluie, et dans une moindre mesure via l’agriculture et les cours d’eau. Une exposition aujourd’hui jugée largement répandue.

À la tribune, Claire Delcourt a alerté sur les risques sanitaires :

“Ce ne sont pas de simples acronymes scientifiques. Ce sont des substances qui s’accumulent dans notre corps, contaminent l’eau potable et ne disparaissent pratiquement pas de l’environnement.”

Selon elle, une majorité de la population présenterait déjà des traces de PFAS dans le sang. Les conséquences potentielles évoquées incluent des atteintes au foie, des troubles hormonaux et un risque accru de certains cancers. Les enfants pourraient être particulièrement vulnérables.

La députée a également pointé des incohérences dans les seuils actuels. Elle cite notamment l’exemple d’un enfant de trois ans qui pourrait dépasser les doses recommandées en consommant un seul œuf, en raison de limites européennes jugées trop élevées.

Interdire ou pas ?

Faut-il dès lors interdire totalement ces substances ? La réponse ne fait pas consensus. Le député DP Luc Emering a appelé à la prudence, soulignant les effets indirects possibles de certaines décisions. Il illustre cette complexité avec un exemple concret : les œufs issus de poules élevées en plein air peuvent parfois contenir davantage de PFAS que ceux provenant d’élevages en cage. En cause : l’alimentation des poules, qui consomment vers et organismes présents dans des sols potentiellement contaminés. De quoi rappeler qu’une interdiction ou une modification des pratiques peut entraîner des effets indirects, et que la question des PFAS ne se résume pas à une solution simple.

Pour Claire Delcourt, l’enjeu est ailleurs :

“Où les PFAS sont-ils réellement nécessaires ? Où existe-t-il des alternatives ? Et quels usages pourrions-nous simplement éviter ?”

Du côté de la majorité, on insiste sur les mesures déjà engagées. La députée CSV Françoise Kemp rappelle que des valeurs limites ont été fixées pour l’eau potable et qu’une stratégie nationale pour la résilience des ressources en eau doit être présentée d’ici mi-2026.

Un groupe interministériel a par ailleurs été mis en place et a publié un premier rapport, confirmant la réalité du problème.

En conclusion, le ministre de l’Environnement a insisté sur la nécessité d’une réponse coordonnée à l’échelle européenne, afin de réduire la présence des PFAS dans l’eau potable, les denrées alimentaires et les produits de consommation.

Si le sujet s’impose aujourd’hui dans le débat public, c’est aussi pour une raison technique : jusqu’à récemment, les analyses de l’eau, de l’air et des sols n’étaient pas adaptées pour détecter ces substances.

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