La Tripartite se finit bienUn accord a été trouvé, le salaire minimum va augmenter

Maurice Fick
Après trois jours de négociation au château de Senningen, les partenaires sociaux ont trouvé un accord jeudi soir, dont les mesures permettront de freiner l'inflation et de renforcer le pouvoir d'achat. Le salaire social minimum sera augmenté de 200 euros net, l'État financera une baisse des prix des énergies et il n'y aura "pas de hausse d'impôts", assure le Pemier ministre.
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L'enjeu de ce troisième round de la tripartite qui réunit gouvernement, syndicats et patronat depuis mardi dans le huis clos du château de Senningen était double, ce jeudi. Éviter que la pression ne monte de trop dans la cocotte-minute entre l'Union des syndicats et l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) à propos de la très clivante question de l'augmentation structurelle du salaire social minimum. Et arriver au plus vite à un compromis en surfant sur la bonne dynamique de discussions qui régnait dans les débats depuis le début.

Mission accomplie. "Nous avons trouvé un accord sur toutes les grandes lignes" puisque "chacun des partenaires sociaux a pris ses responsabilités et était prêt au compromis", a annoncé Luc Frieden, peu avant 19 heures jeudi soir. Le Premier ministre, tout comme les représentants des syndicats, du patronat et de l'Agriculture, ont tous affiché leur satisfaction d'être parvenus ensemble au bout du processus avec la manière et avec des résultats concrets. Même si les négociations ont parfois été "dures", comme l'ont confié plusieurs acteurs. Et "le déblocage a eu lieu cet après-midi", confie Nora Back, présidente de l'OBGL, en coulisses.

C'est "lié au fait que tout le monde est conscient de vivre dans une crise", a expliqué Luc Frieden, en parlant des conséquences du conflit au Moyen-Orient. Reste toutefois une réserve. Les mesures décidées ce jeudi en tripartite devront être avalisées par l'ensemble des instances en interne pour que le texte final - qui sera rédigé d'ici mardi matin au plus tard - puisse ensuite être signé par les partenaires sociaux et être présenté plus en détails devant la presse.

Le salaire minimum grimpera de 200 euros net, hors index

Le paquet de mesures ficelé avait trois objectifs clairs: "limiter l'inflation, maintenir les emplois et accélérer la transition énergétique", comme l'a résumé le Premier ministre.

"C'est une belle percée et il n'y a que des aspects positifs pour les salariés", estime Nora Back. À commencer par l'augmentation de 200 euros net par mois et hors index que toucheront en plus, tous les bénéficiaires du salaire social minimum. En deux étapes: la plus grande partie dès le 1er janvier 2027, comme c'était déjà prévu, et la globalité à partir du 1er juillet 2027. Pour ne pas alourdir la charge pesant sur les entreprises, cette hausse supplémentaire sera financée par l'État via un crédit d'impôts.

Certes on est loin de la hausse structurelle de 300 euros net du salaire minimum que réclamait l'Union des syndicats au démarrage de la tripartite, "mais 200 euros ce n'est pas négligeable et c'est un compromis vu la situation dans laquelle on se trouve", résume Patrick Dury, président du LCGB.

Un "crédit d'impôt conjoncture d'un montant équivalent à une tranche indiciaire" sera aussi mis en place dès le 1er juillet et valable jusqu'en janvier, pour compenser la hausse de l'imposition liée à l'index, a annoncé Luc Frieden. Avant de rajouter que "notre responsabilité est de protéger le pouvoir d'achat des gens et que la vie continue". Des aides ciblées seront également accordées aux entreprises des secteurs de l'artisanat, de la logistique et de l'agriculture.

Pour ce faire le Premier ministre a également annoncé une mesure baptisée "Frein aux prix de l'énergie" qui entrera en vigueur "dès que possible", mais qui devra préalablement être votée au parlement et "avant l'été" si possible. Concrètement, pour renforcer le pouvoir d'achat et éviter qu'une nouvelle tranche indiciaire ne retombe trop vite, ce qui pénaliserait les entreprises, l'État va mettre la main à la poche pour faire baisser les prix de toutes les énergies que ce soir le diesel, l'essence, le fuel domestique, l'électricité ou le gaz. Une aide indirecte de l'État "qui pourra être conséquente pour certains ménages, de l'ordre de 400 euros pour la facture de fuel par exemple", rapporte Patrick Dury.

Le Premier ministre a aussi annoncé de nouvelles mesures pour accélérer la transition énergétique. Il s'agit d'accélérer la mise en oeuvre du "Klimabonus", le programme de subventions de l'État pour la rénovation énergétique des logements, et le préfinancement des pompes à chaleur. Le leasing social, dispositif créé par l'État pour permettre aux ménages aux revenus les plus modestes de remplacer leur voiture à moteur thermique par une voiture électrique, sera renforcé.

Toutes les mesures annoncées ont évidemment un coût. "Grosso modo, je peux dire que c'est un paquet qui coûtera autour de 450 millions d'euros pour deux ans", avance Luc Frieden. Précisant aussitôt qu'"il n'y aura pas de hausse d'impôts, ni pour les contribuables, ni pour les entreprsise".

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