Le Luxembourg compte toujours parmi les pays les plus riches du monde. Mais même ici, de plus en plus de gens ont des soucis financiers.

Lors des négociations en vue de la formation d'une coalition CSV-DP, le "nouveau Luc" avait surpris son mode avec une priorité que ses détracteurs ne lui auraient pas forcément accordée: "L'un des grands sujets pour nous est la lutte contre la pauvreté." Une fois le gouvernement formé, le nouveau Premier ministre Luc Frieden semble déjà plus nuancé en matière de lutte contre la pauvreté. Il faut tout d'abord comprendre le phénomène, explique-t-il lors de son interview de Nouvel an sur RTL: "Cela a également à voir avec l’interprétation des chiffres.Il est évident que dans une société où les gens gagnent plus d'argent en moyenne, le nombre proportionnel de ceux qui vivent dans la pauvreté ou risquent d'y tomber est plus élevé."Mais la pauvreté est-elle seulement un phénomène statistique au Luxembourg? Non, disent les associations qui travaillent sur le terrain. Au Grand-Duché aussi, l’écart entre les riches et les pauvres se creuse toujours davantage. L'ASBL "Stëmm vun der Strooss", par exemple, alors qu'elle servait 100.000 repas il y a quatre ans, en a servi 150.000 en 2023. Un résident sur cinq vit au niveau ou en dessous du seuil de pauvreté.Le taux de travailleurs pauvres atteint 13%, c'est l'un des plus élevés de la zone euro. La pauvreté infantile est aussi particulièrement prononcée au Luxembourg, où un enfant sur quatre est confronté à la pauvreté.

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En octobre 2023, la situation s'est aussi dégradée dans les structures d'accueil pour réfugiés: trop peu de lits pour trop de demandeurs. Le gouvernement a alors décidé d'appliquer plus strictement les critères de Dublin, avec pour conséquence que des réfugiés se retrouvent à vivre dans des tentes dans certains endroits de la capitale. Ces campements sauvages rendent la misère sociale encore plus évidente.

Mais il n'y a pas que des réfugiés qui vivent dans la rue. Léon Kraus, fondateur de l'association "Noël de la rue", observe que de plus en plus de Luxembourgeois n'ont plus de toit. À la fin de l’année, les sans-abris sont devenus bien involontairement l'enjeu d'une controverse politique. La nouvelle majorité a imposé l'interdiction de la mendicité et s'est fait reprocher un "pur populisme" par l'opposition. Pour le conseiller communal LSAP de la capitale, Maxime Miltgen, avec l'interdiction de la mendicité, ce n'est pas contre la pauvreté qu'on lutte, mais seulement contre les pauvres.

Pendant que les politiques débattent des mendiants, les associations qui s'en occupent, tirent la sonnette d'alarme: "Nous ne pouvons plus le cacher et maintenant les gens s'inquiètent. Je suis pessimiste. Si cela continue ainsi, cela affectera notre cohésion sociale," dit Alexandra Oxacelay, responsable de l'ASBL "Stëmm vun der Strooss". D’autres acteurs sur le terrain se sentent non seulement dépassés, mais de plus en plus abandonnés par la classe politique. Carole Reckinger, porte-parole de Caritas, lance un appel: "Un office social ou une association telle que Caritas n'est pas là pour capter cette grande vague humaine. Notre rôle est de rattraper les personnes qui passent à travers les mailles du filet. Mais si elles sont de plus en plus nombreuses, il faut qu’il se passe autre chose."

Le reportage de RTL en luxembourgeois: