Douze jours de grève, c'est un record dans les annales luxembourgeoises. Le conflit social chez Ampacet à Dudelange est dans l'impasse ce vendredi soir. Les grévistes se préparent à une grève longue.

Semaine sociale chargée sur le marché du travail luxembourgeois où une crise inédite dans le secteur de la construction a mobilisé les troupes syndicales, la reprise de 1.200 employés du Cargo Centre au Findel fait craindre un conflit majeur chez Luxair, et le conflit social chez Ampacet Luxembourg à Dudelange s'enlise et tourne au bras de fer entre salariés grévistes et une direction qui s'est exprimée pour la première fois depuis le début de la grève, le 27 novembre.

C'était le 12e jour de grève chez le fabricant américain de matières plastiques ce vendredi. Ampacet restera d'ores et déjà comme une grève record au Luxembourg puisqu'il s’agit de la plus longue grève au Luxembourg depuis celle des carreleurs en 1995, qui avait duré 28 jours. En juin 2018, la grève dans les maisons de soins lancée à Bettembourg avant de contaminer plusieurs sites, avait duré 11 jours.

La grève n'est pas près de se terminer vue la manière dont s'est soldée la réunion organisée ce vendredi après-midi dans l'usine. La direction avait convoqué la délégation du personnel "pour annoncer qu'à partir du 9 janvier 2024 allait changer le Plan d’organisation du travail (POT), mais n'a pas dit un mot sur la grève en cours, ni sur le rétablissement de la convention collective", résume Stefan Osorio, secrétaire central adjoint du syndicat Chimie de l'OGBL, déçu de voir la direction "faire comme s'il ne se passait rien".

"La direction tente d'embaucher rapidement du personnel"

"La seule réponse" de la direction face au mouvement de grève "consiste à appeler la police plusieurs fois par jour et à tenter de briser la grève par tous les moyens juridiques. Par ailleurs, il semblerait que l’entreprise tente désormais d’embaucher rapidement du personnel. S’il devait s’agir d’une tentative visant à remplacer les salariés grévistes, cela s’avérait évidemment totalement illégal", explique l'OGBL par voie de communiqué, promettant une réaction.

"Nous serons encore là à Noël et au-delà s’il le faut!", lance ce vendredi l'OGBL avant de rappeler qu’"il s’agit ici d’un conflit social qui doit être résolu à la table des négociations et non devant les juridictions". Après avoir dénoncé une nouvelle fois le mutisme de la direction lors d'un point presse organisé lundi sous la neige devant l'entrée de l'usine où les salariés grévistes se relaient aux heures de poste, l'OGBL s'est vu conseiller par la voie des avocats de la direction d'exercer le droit de grève "de manière pacifique".

RTL

Saliha Belesgaa, présidente de la délégation du personnel chez Ampacet, a interpellé le ministre du Travail, Georges Mischo, jeudi devant le parlement. / © RTL

Les grévistes se préparent à une grève plus longue. La détermination des grévistes "reste absolument intacte et la solidarité demeure toujours exceptionnelle", assure l'OGBL. Ils bénéficient d'un large soutien de la population qui se manifeste par les 25.000 euros déjà collectés par la cagnotte de la solidarité, mais aussi communal. Les communes de Bettembourg, Rumelange et Dudelange ont même fait livrer du bois de chauffage aux grévistes. Et toute une série de musiciens ont proposé de tenir des concerts de soutien.

"Nous avons demandé ce vendredi au ministre du Travail qu'il prenne ses responsabilités et lance à la direction un rappel pour respecter le modèle social au Luxembourg. Nous voulons qu'il mette les deux parties à une table en un endroit neutre", explique Allain Rolling, secrétaire central du syndicat Chimie.

Sollicité par une trentaine de grévistes d'Ampacet devant la Chambre, le ministre du Travail, Georges Mischo (CSV) avait appelé jeudi les deux parties à se remettre autour de la table des négociations et expliqué que si rien n'en ressortait, les deux seraient convoquées séparément pour une entrevue. Mais le rôle du ministre n'est pas de jouer les conciliateurs ou les facilitateurs, ce n'est pas prévu dans le Code du Travail avait encore souligné George Mischo au micro de RTL.

À lire également: 

La direction d'Ampacet réagit: L'OGBL devrait exercer le droit de grève "de manière pacifique"

La grève paralyse Ampacet: "C'est du jamais vu au Luxembourg"

Nora Back: "Les salariés d'Ampacet sont un exemple pour nous tous"