Six ans dans les structures d'accueilUne famille de réfugiés sur le point d'être expulsée

Gaël Arellano
Bushra, Mahmood et leurs quatre enfants ont passé six ans dans les structures d'accueil pour réfugiés au Luxembourg. Ils sont désormais menacés d'expulsion faute de s'être vus assigner un logement social. Si rien ne change, ils pourraient se retrouver à la rue dès le mois de mai, avec un enfant malade à charge.
Une photo prise au sein d’une structure d’accueil au Luxembourg en 2025
© Gaël Arellano/ RTL Luxembourg

Nous vous racontions l’année dernière le terrible périple d’une famille yéménite jusqu’au Luxembourg. Bushra et Mahmood sont arrivés au Grand-Duché il y a maintenant six ans avec leurs enfants. Pendant cette période, la famille a été ballottée d’une structure d’accueil à une autre, faute de place. Aujourd’hui, elle est logée dans une centre situé au Weimershof où elle se partage deux chambres dans des conditions qui empirent de jour en jour.

La dernière fois que nous avions échangé avec Bushra, à la fin du mois de février, elle s’inquiétait de l’insalubrité des installations.Les évacuations sont bouchées dans les douches, mon fils a contracté des champignons”, nous a-t-elle expliqué par téléphone. Une situation devenue d’autant plus problématique depuis que Bushra sait que son fils souffre d’une neutropénie persistante.

Un enfant immuno-déprimé

Un logement sain et salubre est recommandé du fait d’un risque augmenté d’infection secondaire à cette neutropénie”, peut-on lire sur la dernière ordonnance médicale prescrite à la famille. Et nous le savons pour les avoir visitées l’année dernière, les installations du Weimershof sont saturées. La famille partage d’ailleurs les douches et les toilettes avec 18 personnes. Et leurs invités...

C’est dans ce contexte que Bushra et Mahmood nous ont recontacté: parce qu’ils étaient à nouveau menacés d’expulsion mais surtout parce que leur fils souffrait activement de leurs conditions de vie. “Tout ce que nous voulons, c’est contribuer à la vie de ce beau pays”, nous confiait la mère de famille l’année dernière. Elle avait alors décroché un poste auprès de JP Morgan.

Elle a depuis dû y renoncer pour des raisons organisationnelles. Ses enfants vont toujours à l’école dans le nord du pays et le père, Mahmood, ne peut pas assumer à lui seul leur accompagnement, chaque jour, de la capitale à leurs établissements scolaires. De plus sa santé s’est détériorée au fil des années passées dans les structures d’accueil. Ils subsistent désormais grâce au Revis mais ils vivent avec une épée de Damocles au dessus de leur tête.

En effet, l’ONA les poursuit en justice pour ne pas avoir quitté le logement lorsque cela leur avait été demandé. Une joute juridique qui a commencé en 2021 et qui va probablement s’achever au mois de mai 2026, avec leur expulsion de la structure d’accueil au Weimershof. Deux chambres pour lesquelles la famille aurait payé un loyer tous les mois. “Aucun arriéré de loyer n’existerait”, selon un document de justice officiel partagé avec la rédaction.

Mais il s’agit effectivement de logements temporaires et la famille va donc devoir, tôt ou tard, quitter les lieux. Lorsque cela sera le cas, elle se retrouverait effectivement à la rue. Nous avons contacté le Fonds du Logement et la Fondation pour l’accès au Logement qui nous ont confirmé que la famille était bien inscrite, avec un dossier complet, et figurait sur la liste d’attente depuis 2021.

Bientôt à la rue?

Le directeur de la FAL nous a confirmé, par téléphone, que la situation du ménage et de ses quatre enfants était connue mais qu’elle n’était malheureusement pas la seule dans ce cas. De son côté, le FdL explique avoir reçu le document attestant la “situation de déguerpissement” à la mi-février. On nous assure que cela a mené à “une réévaluation complète de la situation par les services compétents et son intégration correcte dans l’ordre de priorisation”.

De l’espoir pour Mahmood, Bushra et leurs enfants? Pas forcément. Le service de communication du Fonds du Logement insiste sur le fait qu’il n’est “pas possible, à ce stade, de s’engager quant à une attribution future” et cela pour plusieurs raisons. Ce qui coince en premier lieu, c’est la typologie du bien recherché. En effet, la famille yéménite compte six personnes dont quatre enfants.

Selon les règles d’attribution des logements sociaux, il leur faudrait donc quatre chambres. “Un segment pour lequel les disponibilités sont structurellement limitées au sein du parc de logements vacants”, explique le FdL. Et puis il y a les autres familles qui se trouvent dans une situation similaire.“Plusieurs ménages présentant des caractéristiques similaires et un niveau de priorité plus élevé demeurent inscrits avant ce dossier”, nous écrit l’organisation.

Enfin les demandes de logements sociaux pleuvent au Luxembourg et elles doivent être traitées “conformément aux règles d’attribution” avant qu’un logement ne puisse être assigné à l’une ou l’autre famille. En bref, les chances que Bushra et Mahmood soient logés avant leur expulsion sont très minces. Mais qu’adviendrait-il de cette famille si elle ne trouvait pas d’alternative? Finirait-elle vraiment à la rue?

L’ONA sous le feu des critiques

Nous avons posé la question à l’ONA via les canaux officiels sans obtenir de réponse jusqu’à ce jour. Rappelons que la question de la salubrité des structures d’accueil luxembourgeoise a récemment été remise en cause par plusieurs députés. Une visite organisée après que des photos aient circulé sur les réseaux sociaux montrant des toilettes et des lavabos bouchés, des nuisibles (insectes) dans les dortoirs, des moisissures et autres.

Des stratagèmes auxquels la famille yéménite ne veut pas avoir recours, malgré les problèmes de salubrité qu’elle rencontre régulièrement. Elle réaffirme sa gratitude envers les autorités luxembourgeoises qui lui ont accordé la protection internationale. Bushra et Mahmood le répètent, ils veulent simplement pouvoir “vivre dans un logement salubre, travailler et contribuer à la société luxembourgeoise”.

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