
“Dans une entreprise, le salaire doit être intégré” et “le salaire minimum n’est pas là pour faire de la politique sociale”, a déclaré jeudi matin sur RTL Alexa Ballmann, entrepreneure et vice‑présidente de la Fédération des artisans. L’interview a laissé à nouveau entrevoir ce cercle vicieux entre hausse des salaires et hausse des prix, qui contribue aussi à rendre les prix de l’immobilier si élevés.
Dans l’artisanat, les marges étaient “autrefois” d’environ 5 %, aujourd’hui elles sont peut‑être encore de 2 %, selon Alexa Ballmann, qui dirige deux salons de beauté. Elle se demande où trouver l’argent pour financer une augmentation du salaire minimum. Les prix ont déjà augmenté, et si les artisans doivent encore les relever, ils risquent non seulement de perdre des clients, mais cela finira aussi par neutraliser pour ainsi dire la hausse du salaire minimum : “il est clair que si les salaires augmentent, toutes les prestations augmenteront aussi.”
La vice-présidente de la Fédération des artisans a cité des exemples comme le restaurant ou le coiffeur, dont les prix vont alors aussi augmenter et par conséquent, les salariés touchant le salaire minimum ne pourront alors plus se permettre un dîner ou une coupe après la hausse. Et encore moins un logement. “Alors nous n’aurons une fois de plus rien gagné”, déplore l’entrepreneure.
Les salaires dans l’artisanat sont‑ils attractifs ? “La perception” de l’artisanat devrait changer “à l’extérieur”, estime Alexa Ballmann. Cela pourrait se faire en permettant d’apprendre un métier de l’artisanat à tous les niveaux. Jusqu’à présent, l’artisanat était perçu comme un choix par défaut, en cas d’échec scolaire ou faute d’avoir d’autres possibilités. Cela ne devrait pas être le cas, souligne l’entrepreneure.
A propos de la nouvelle formation “Première-DAP” - le DAP étant un diplôme d’aptitude professionnelle - annoncée par le ministère de l’Education et les chambres professionnelles concernées pour la rentrée prochaine, Alexa Ballmann a assuré que le nouveau DAP n’entrera pas en concurrence avec l’apprentissage classique qui sera maintenu. Même si le nouveau DAP peut être réalisé en un an au lieu de trois, et même si elle a utilisé plusieurs fois l’adjectif “intensif” pour le décrire, il ne représenterait pas, selon elle, une dilution de la qualité du diplôme.
Alexa Ballmann a expliqué, premièrement, que les examens étaient les mêmes; deuxièmement, qu’il s’agissait d’un enseignement à temps plein; et troisièmement, qu’à la différence de l’apprentissage classique, certaines matières comme les mathématiques ou les langues seront supprimées, puisqu’elles ont déjà été suivies auparavant. De plus, pour ce DAP, les élèves ayant passé leur première seraient déjà plus “matures”.
Pour l’entrepreneure, ce nouveau DAP répond à un manque au Luxembourg, car jusque‑là, en dehors de l’apprentissage, pour un jeune, qui voulait apprendre un métier de l’artisanat après avoir réussi le lycée classique ou après avoir déjà travaillé, il n’y avait que la possibilité de “perdre des années”.
Interrogée sur la demande formulée par l’Amelux, l’Association des maîtres‑artisans, et par le syndicat SEW/OGBL, visant à instaurer un DAP plus long, Alexa Ballmann a répondu qu’il avait effectivement été constaté, dans certaines professions, que trois ans ne suffisaient plus. Mais cela concerne l’apprentissage classique, dans des métiers différents de ceux visés par le nouveau DAP.