Une situation récurrenteProblèmes d'hygiène à la structure d'accueil pour réfugiés

Monica Camposeo
Dany Rasqué
traduit pour RTL Infos
Des photos choquantes prises à l'intérieur de la structure de primo-accueil pour demandeurs de protection internationale au Kirchberg ont été publiées sur les réseaux sociaux.
Structure d'accueil pour réfugiés au Luxembourg
© RTL

Des lavabos tellement bouchés qu’ils débordent presque, des toilettes tout aussi obstruées, qui ont rejeté ce qui aurait normalement dû finir dans les égoûts, et des bestioles là où l’on est censé dormir. Oui, cela existe au Luxembourg. Par exemple au Kirchberg, au centre de primo‑accueil Tony Rollman. Entretemps, tout a été nettoyé, affirment des personnes hébergées là-bas, mais pour combien de temps ?

C’est loin d’être la première fois que des problèmes d’hygiène sont signalés dans des structures d’accueil pour réfugiés, même au centre de primo‑accueil Tony Rollman, le lieu où sont hébergées les réfugiés qui viennent tout juste d’arriver au Luxembourg. Bien sûr, les demandeurs d’asile se réjouissent de se retrouver dans un pays où ils n’ont plus à craindre les bombes russes, mais un environnement sûr requiert davantage, estime Galina, qui séjourne au centre avec ses trois enfants :

La sécurité, pour moi, ne signifie pas seulement être loin de la guerre. Il s’agit aussi de dignité, de clarté, et je veux protéger mes enfants.

Oleksandr partage ce sentiment. Cela fait presque cinq mois qu’il vit avec sa femme et leurs enfants, âgés de 3 et 6 ans, au centre de primo‑accueil. 

Début janvier, le plus jeune enfant a dû rester cinq jours à l’hôpital en raison d’une gastro‑entérite. Le médecin a confirmé par écrit que les mauvaises conditions d’hygiène étaient responsables de l’état du garçon. Les parents ont également été informés que leur fils n’était pas le seul petit patient provenant de la structure Tony Rollman. Souvent, les gens hésitent cependant à se plaindre des conditions dans le centre de primo‑accueil. En partie parce qu’ils ne savent pas bien s’exprimer, mais pas seulement. C’est ce que confirme Serge Kollwelter, engagé depuis des décennies dans la défense des réfugiés et de leurs droits.

S’ils sont en procédure, leur situation est encore instable et ils auront alors du mal à oser dire quelque chose. Même si ce sont des critiques tout à fait légitimes, comme celles que l’on voit sur ces photos. Il y a un besoin d’action de la part du gouvernement.

Pourtant, rien ne se passe et aucune pression n’est exercée.

La seule mesure envisagée était de retirer les structures du champ d’application de la loi sur le commodo‑incommodo, qui concerne notamment la sécurité et la salubrité. Ainsi, ce ne serait plus l’Inspection du travail et des mines qui serait responsable des contrôles, mais l’ONA, l’Office national de l’accueil, qui gère ces centres et qui se retrouverait en quelque sorte à se contrôler lui‑même. Le règlement grand-ducal en question aurait cependant été retiré de l’ordre du jour du Conseil d’État.

Si ce règlement grand‑ducal venait un jour à être adopté, toutes les structures de l’ONA seraient exclues des dispositions, et je dirais même des garanties, de la loi sur le commodo‑incommodo.

Les problèmes ne concernent pas seulement le centre de primo‑accueil du Kirchberg. Serge Kollwelter cite également le Don Bosco et la structure de Soleuvre. De plus, RTL a aussi reçu des vidéos provenant d’Ettelbruck. 

A la question de savoir pourquoi le ministère compétent veut retirer les structures pour réfugiés du champ d’application de la loi sur le commodo, RTL a reçu cette réponse écrite :

“Tout d’abord, il est important de rappeler que les structures de l’ONA ne relevaient pas de la nomenclature de l’ITM depuis 2012 et jusqu’à récemment, ce qui n’a jamais été contesté durant toute cette période.

C’est même l’inverse : cette flexibilité et cette réactivité ont permis à l’ONA de faire face aux défis et aux situations d’urgence des dernières années, comme la crise syrienne de 2015 et la crise ukrainienne de 2022, lorsque de nombreux lits supplémentaires ont dû être mobilisés en très peu de temps.

Même si les structures de l’ONA ont été intégrées récemment dans la nomenclature de la loi commodo‑incommodo, une analyse approfondie a rapidement montré que cette approche ne correspond pas aux besoins de l’ONA et limiterait fortement sa capacité d’action – notamment dans des situations d’afflux massif de réfugiés, où l’ONA doit pouvoir réagir rapidement et de manière flexible. Aujourd’hui encore, en raison du fort niveau de saturation du réseau, l’ONA a besoin de chaque lit disponible.

Cela étant dit, la sécurité des résidents et du personnel reste la priorité absolue. D’une part, toute structure nouvellement construite par l’État répond aux normes les plus élevées en matière de sécurité et de salubrité.

D’autre part, en ce qui concerne les structures existantes, chaque structure dispose d’un concept de sécurité; du personnel qualifié est présent 24 heures sur 24 ; des activités de sensibilisation et de formation sont menées, tant pour le personnel que pour les résidents et les services techniques de l’ONA restent en permanence disponibles pour résoudre d’éventuels problèmes techniques.

En ce qui concerne le texte lui‑même [du règlement grand-ducal], il suit la procédure normale. Dès que l’avis du Conseil d’État sera disponible, il sera analysé comme d’habitude. “

Concernant les critiques formulées par des résidents signalant de graves problèmes d’hygiène, le ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil a également répondu par écrit à RTL comme suit :

La priorité majeure de l’Office national de l’accueil (ONA) est de garantir à tout moment la sécurité et la salubrité de ses structures. A cette fin, des prestataires externes, dont des sociétés de nettoyage professionnelles, sont mobilisés 7 jours sur 7 dans les différentes structures.

Plus précisément, au centre de primo‑accueil du Kirchberg, trois personnes sont présentes sur place, pour un total cumulé de 25 heures par jour, afin de garantir l’hygiène et la salubrité des locaux. Malgré ces efforts, il n’est pas exclu que des actes de vandalisme et de dégradations surviennent fréquemment.

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