“L’affaire Wilmes est préjudiciable à la relation entre médecins et patients”, a déclaré jeudi sur RTL le président de l’Association des médecins et médecins‑dentistes (AMMD), le docteur Chris Roller. Son confrère Philippe Wilmes a été suspendu pour trois mois par la ministre de la Santé, Martine Deprez, le 22 janvier, en raison de la suspicion de pratiques d’opérations inutiles aux genoux de patients, ce qui aurait entraîné des mutilations.
Le président de l’AMMD ne remet pas en question la nécessité de protéger les patients, mais selon lui, tant la procédure que la publication dans la presse de la suspension d’un chirurgien à l’hôpital, n’ont pas été correctes. Des confrères et consœurs sont désormais déstabilisés, se demandant : “Ok, je réfléchis maintenant deux ou trois fois à ce que je fais encore, si je peux être mis à l’écart du jour au lendemain.” Et les patients commencent à remettre en question les recommandations des médecins.
En ce qui concerne la procédure, le docteur Roller a critiqué le fait que le docteur Philippe Wilmes n’ait pas été entendu. Il a également soulevé la même question que la députée verte Djuna Bernard dans une question parlementaire urgente : comment la ministre compte‑t‑elle justifier sa décision après coup à la lumière des nouveaux éléments ? “Comme vous l’avez dit, c’est un imbroglio”, a déclaré le docteur Roller.
Le Collège médical a préservé l’anonymat des dénonciateurs afin de les protéger, en tant que lanceurs d’alerte, contre d’éventuelles représailles. Dans une note juridique destinée à l’Association des médecins et médecins-dentistes, l’avocat François Prum a écrit que cela ne pouvait pas justifier que le médecin mis en cause n’ait pas été entendu et qu’aucune expertise indépendante n’ait été réalisée.
Le président de l’AMMD a expliqué que François Prum, qui est également l’avocat du docteur Wilmes, représente l’association depuis l’automne dernier, son prédécesseur, Gast Neu, ayant pris sa retraite à l’âge de 80 ans. Cela ne signifie toutefois pas que l’AMMD se range derrière le docteur Wilmes.
Le docteur Roller a également fait le point sur les négociations avec la Caisse nationale de santé, après que l’AMMD a résilié les conventions qui la liaient à celle‑ci. Depuis décembre, plusieurs réunions ont déjà eu lieu et se sont déroulées de manière très “courtoise”, selon Chris Roller. Les deux parties ont toutefois convenu de ne pas communiquer publiquement sur les détails, mais aussi que des adaptations légales étaient nécessaires avant de pouvoir avancer.
Concernant la demande de l’AMMD visant à obtenir davantage d’autonomie tarifaire, le président de l’association a répété qu’il s’agissait pour lui qu’il n’y ait tout simplement pas de tarif pour certains actes. En effet, les progrès de la médecine avancent rapidement, et ce qui ne figure pas dans la nomenclature ne peut pas être proposé.
Il a aussi rappelé sa revendication en faveur d’une médecine davantage décentralisée ou d’une médecine ambulatoire dans les cabinets médicaux, un point qui figure également dans l’accord de coalition entre le CSV et le DP. Sur ce point, les choses avancent “à moitié”, a ajouté le docteur Roller.