Signalements de disparition à la police"Ils s'enlisent car le système ne permet pas de mener une véritable enquête"

Monica Camposeo
adapté pour RTL Infos
Selon une source policière anonyme, le système ne permettrait souvent pas de rechercher activement une personne disparue sur une longue durée.
Un agent de police au travail au commissariat.
© Laurent Weber

Plus de 1.100 personnes ont été signalées disparues en 2024, selon les derniers chiffres du parquet. En 2020, il y en avait eu un peu plus de 430. Les signalements de disparition sont donc en nette augmentation. Mais au sein de la police, les cas “simples” s’enliseraient souvent. C’est ce qu’affirme en tout cas une source policière anonyme, qui a contacté la rédaction après notre fact check sur les signalements de personnes disparues. Nous avons rencontré cette personne.

Chaque cas est examiné de manière individuelle, confirme notre source. Pour les personnes adultes, on recherche principalement s’il s’agit ou non d’une “disparition inquiétante”. À ce sujet, le parquet avait indiqué, suite à une demande de la presse, que les circonstances dans lesquelles la personne a disparu jouent un rôle, tout comme son état de santé, par exemple si elle a “un besoin urgent de médicaments ou nécessite une prise en charge permanente”. Dans de tels cas, plusieurs possibilités existent, que vous pouvez retrouver dans notre fact check.

Lorsque cela se passe en soirée ou la nuit, les moyens sont rapidement épuisés. Ce n’est pas la faute de l’agent, mais il n’a tout simplement pas réellement les moyens nécessaires.

En revanche, si le cas n’est pas considéré comme une “disparition inquiétante”, les recherches s’enliseraient rapidement, selon notre source. Le signalement de disparition est bien entendu enregistré : un formulaire doit être rempli, puis le signalement est introduit dans l’intranet, et l’agent ou l’agente concerné(e) entreprend les premières démarches pour rechercher la personne disparue, par exemple en contactant les hôpitaux ou en se rendant à son domicile. Cette mission est ensuite reprise par les agents en service à ce moment‑là. Notre source le regrette : “Lorsque cela se passe en soirée ou la nuit, les moyens sont rapidement épuisés. Ce n’est pas la faute de l’agent, mais il n’a tout simplement pas réellement les moyens nécessaires.

Lorsque l’équipe de la matinée prend la relève, elle tente encore de suivre le signalement, mais il arrive souvent que d’autres priorités s’interposent, comme une intervention pour une agression à l’arme blanche ou un cambriolage, pour ne citer que quelques exemples. Avec l’équipe suivante, la recherche active est la plupart du temps déjà terminée, tout simplement parce que le système n’en donne pas les moyens.

Les familles peuvent difficilement tourner la page

Une personne qui se rend dans un commissariat pour signaler la disparition d’un parent, d’un ami ou d’une collègue de travail ne le fait pas à la légère, mais parce qu’elle est inquiète, souligne encore notre source. Souvent, ces personnes téléphonent régulièrement ensuite pour prendre des nouvelles. Lorsque l’agente ou l’agent qui a enregistré le cas est en congé ou en intervention, ses collègues ne savent souvent pas où en est le dossier. Le niveau d’activité des recherches dépend beaucoup de l’agent concerné ou des autres missions à assurer dans les jours suivant le signalement de la disparition. Le dossier n’est pas clôturé tant que la personne disparue n’a pas été retrouvée. Pour les familles, il est dès lors difficile de tourner la page. Sur le site de la police, on trouve d’ailleurs encore le signalement de la disparition d’un jeune homme porté disparu depuis décembre 2010.

Une section dédiée au sein de la police, chargée de manière centralisée du traitement des signalements de personnes disparues, qui disposerait alors du temps et des moyens nécessaires pour mener une enquête active, serait indispensable pour faire face au grand nombre de disparitions, estime notre source. “Pour de nombreux agents, il y a un besoin urgent d’agir”, d’autant plus que le nombre de signalements de personnes disparues a augmenté ces dernières années, et pas uniquement parmi les mineurs.

Un autre problème réside dans l’absence de statistiques montrant combien de personnes ont été signalées disparues et combien d’entre elles ont été retrouvées. Pour cette raison, il est par exemple impossible de dire combien de personnes disparues qui n’ont pas été traitées comme “disparitions inquiétantes”, avaient peut‑être néanmoins des pensées suicidaires et ont été retrouvées décédées après un certain temps.

Les personnes qui ont des pensées suicidaires peuvent obtenir une assistance auprès de SOS Détresse au numéro 45 45 45. Toutes les informations sont disponibles sur le site www.prevention-suicide.lu.

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