
On appelle ça un Repair Café, et cela porte bien son nom: si vous avez un appareil en panne (grille-pain, téléphone, TV, trottinette...), des bricoleurs confirmés se proposent de vous aider, gratuitement, ou pour une somme modique servant à couvrir leurs frais. Et en plus le café est offert! Pour ces bénévoles comme pour vous, c’est une façon de lutter contre le gaspillage, tout en partageant des connaissances.
Peu de temps avant que la crise sanitaire ne survienne, nous sommes donc allés à l’un de ces Repair Café, organisé de l’autre côté de la frontière. Il se tient dans les locaux de la Communauté de communes Pays Haut Val d’Alzette (390 rue du Laboratoire à Audun-le-Tiche.) Pour info, le prochain aura lieu ce lundi15juin, à partir de 18h30.
Voici quelques exemples de pannes... qui vous rappelleront peut-être des souvenirs!

Jean-Marie dépose sa cafetière sur la table. Une machine d’une grande marque, avec tout l’attirail (broyeur, etc.)... “Elle est morte. Elle fuit, l’eau s’écoule sans raisons. J’avais déjà réparé une panne au niveau de la courroie qui sert à broyer le café, j’avais réussi à la changer. Mais là, ça me dépasse” soupire ce résident d’Audun-le-Tiche.
Deux bricoleurs se joignent à lui et démontent la cafetière. Hélas, le bilan sera catégorique : “irréparable”. Contre la fragilité des composants, même les meilleurs bricoleurs ne peuvent rien… Un des bricoleurs: “Mais au moins je sais ce qu’il y a à l’intérieur, j’ai appris des choses. Et on pourra récupérer des composants pour une autre panne”.
Le propriétaire, lui, est blasé. “Ok, elle était pratique, le matin t’appuyais sur un bouton et le café se faisait tout seul, mais j’en ai marre. Je vais revenir sur une machine classique avec filtre à café et du café moulu.” “Moi j’utilise une cafetière à piston, elle tombe jamais en panne” rigole un autre.

Une résidente vient pour son grille-pain qu’on lui a donné et qui vaut une cinquantaine d’euros. Il ne grille que d’un côté. “Je viens voir si c’est réparable. J’aime bien le fait de ne pas jeter ce qui peut être réparé. Je suis contre la société de consommation.”
“Rah, c’est pas vrai” peste Philippe, qui s’acharne sur une pièce en plastique du grille-pain. Et puis il finit par trouver: “Ah les malins, il y avait une petite vis cachée”.
Philippe est technicien process et électronicien. Il a quitté l’usine PSA pour vivre à fond sa passion du dépannage. ll sait même réparer les dalles des télévisions: “Aucune télé ne me résiste! Ce qui coûte en moyenne 400 euros chez un réparateur, je demande 60, 70 euros, car je ne fait pas payer les 6h de travail que ça demande. Vu le prix normal d’une réparation, je comprends les gens qui sont découragés et qui préfèrent en racheter une autre. Mais voilà, elles finissent à la déchetterie, c’est du gâchis.”

À côté, Michèle, 60 ans, a amené sa machineà coudre pour proposer son aide et partager son savoir. “J’ai appris avec ma mère.” À l’époque, “les appareils étaient faits pour durer. Tout ce qui a été construit à partir des années 80, c’est devenu du consommable” dénonce-t-elle.
Laure-Sophie Poirée, chargée de mission environnement à la CCPHVA, en profite pour demander des conseils pour réaliser un ourlet: “Ce jean est à ma mère, qui me l’a donné, mais l’ourlet était fatigué. Je veux apprendre à le faire. C’est facile de racheter, mais c’est mieux de refaire soit-même. Et puis ça me rappelle quand ma mère me faisait des ourlets pour mes vêtements…” sourit-elle.
Michèle dénonce d’ailleurs un paradoxe: “Quand j’étais môme, ma mère cousait nos vêtements, car cela coûtait plus cher de les acheter. Aujourd’hui, c’est l’inverse, cela coûte souvent plus cher d’acheter le tissu et de faire soit-même un vêtement”.


Margaux est étudiante aux Beaux-Arts à Nancy. Yves est un ancien cheminot. Ils sont tous les deux autour d’une imprimante 3D. “C’est un formidable outil pour lutter contre le gaspillage. Si les gens viennent en disant qu’ils ont besoin d’une nouvelle roue crantée introuvable, une poignée de fenêtre, ou je ne sais quoi, on peut remodéliser. Vous vous rendez compte ? On peut tout faire nous même, et on reconstruit même plus solide, comme une pièce qui était creuse et qu’on remplit” expliquent-ils.

Fawzi Kachouri, directeur du FabLab N Design, accompagne le développement de ce Repair Café. Le bilan est déjà flatteur: “environ 80% des appareils ramenés ici sont réparés”. Mais cela dépasse la simple réparation: “Se réapproprier la curiosité, c’est fondamental. On est perdu aujourd’hui, on ne sait pas réparer les produits, on doit faire appel à des compétences. Le repair café vise à combattre ça, en redonnant le goût pour passer du temps avec les autres et à apprendre des choses.”
Il conclut avec ce souvenir marquant: “Je me rappelle d’une dame de 75 ans qui était venue pour faire réparer un mixeur Electrolux qui avait 45 ans, une marque qui n’existe plus aujourd’hui. Et c’est justement pour ça que cette marque a disparu : ces 45 ans. Un produit trop résistant, c’est mauvais pour le commerce. On a réparé le mixeur, qui avait un jeu au niveau de l’arbre et d’un pignon, et ensuite, ça tournait de nouveau bien. Je pense que ce mixeur est reparti pour 45 autres années !”
Lire notre coup de gueule contre l’obsolescence programmée ici.
Infos pratiques:
Le prochain Repair Café aura lieu le 15 juin à partir de 18h30 au siège de la CCPHVA (390 rue du Laboratoire à Audun-le-Tiche) et des consignes de sécurité devront être respectées (port du masque notamment, désinfection des outils, etc.). Les prochaines dates sont fixées pour le lundi 12 octobre et lundi 23 novembre.