Tempête sur les railsRécit de la matinée de galère d'un frontalier

RTL Infos
Levé aux aurores, 6h30 départ pour la gare direction Luxembourg. Depuis quelques mois, je découvre la vie de frontalier… au départ de Nancy. En temps normal, 2h de voyage jusqu’au Kirchberg. Aujourd’hui, il m’aura fallu 5h30 pour faire le même trajet. Récit d’une matinée de galère.
© Maxime Gonzales

Petit réflexe sur le chemin de la gare, ouvrir l’application SNCF sur le téléphone. Avec l’expérience, retards, inondations,… ça peut servir. Ce matin 6h30, la petite icône jaune significative de retard accolée au train de 6h50 n’annonce rien de bon. Mauvaise impression confirmée en gare, le train est annulé. “Pas grave, me dis-je, je prendrais le suivant”. Il n’arrivera jamais.

Les panneaux d’information ne tardent pas à afficher la couleur, jaune vive, avec ce message: “À 05h50, les rafales de vent ont provoqué une rupture de l’alimentation de la ligne électrique en direction de Metz. Des retards et suppressions sont à prévoir.” OK bien, mais que faire, les trains pour le nord sont supprimés un par un. Pas le temps de gamberger, une annonce retenti: “Un bus en direction de Metz partira de la place de la République”. C’est parti, comme d’autres personnes, pour une course en direction de cette issue de secours.

Le car est là, de nombreux usagers aussi. Les sièges sont déjà pour moitié occupés. Un rapide coup d’œil permet de comprendre que tout le monde ne montera pas, pourtant personne ne bouge. Le chauffeur compte “Un, deux, trois, je suis complet, je pars”. Une bonne moitié du groupe reste à quai. Les naufragés repartent vers la gare en quête d’un agent SNCF, très discret jusque-là.

Les agents SNCF renseignent les usagés qui les sollicitent sans avoir de solutions. Gare de Nancy le 21.10.2021.
Les agents SNCF renseignent les usagés qui les sollicitent sans avoir de solutions. Gare de Nancy le 21.10.2021.
© Maxime Gonzales

On comprend vite pourquoi. Alors que les écrans d’informations annoncent maintenant: “Toutes les circulations sont interrompues sur la région Lorraine au nord de Nancy…", un homme en gilet rouge est pris d’assaut. Lui ne peut que répéter: “Il n’y a pas d’autre bus de prévu pour le moment. Les compagnies sont contactées, mais ça semble compromis”. Un homme exulte, le temps d’une cigarette, il confesse: “Il m’a conseillé de prendre ma voiture. Je lui aurais mis mon poing dans la gueule! Si je suis là, c’est que je n’ai pas le choix”.

Prendre le train est une obligation pour beaucoup. Lui, ses cuisines l’attendent à Metz, “Je suis tout seul aujourd’hui”. Un coup de fil débloque sa situation. Un de ses supérieurs change ses plans et va pouvoir le véhiculer. Les résidents auront leurs “croziflette” à midi. Comme beaucoup, il ne galère que pour aller travailler, pas de possibilité de “home office” pour tous.

La voix nasillarde des hauts-parleurs interrompt mes réflexions, un autre bus est annoncé à 8h10. Vu l’heure il y a moins de monde devant les portes, mais il fait le plein. Quand le chauffeur annonce qu’il sera sans autre arrêt jusqu’à Metz une dame se lève et vitupère, “C’est honteux ! Honteux !”, avant de descendre. Un cri du cœur certainement partagé par de nombreux usagers ce matin.

Quand enfin le bus part, c’est une forme de soulagement. Sentiment vite contrebalancé par l’incertitude de pouvoir continuer après l’étape messine. Je m’en remets au hasard.

Le moindre transport disponible est envoyé sur les routes pour acheminer quelques passagers vers le Luxembourg. Metz le 21.10.2021
Le moindre transport disponible est envoyé sur les routes pour acheminer quelques passagers vers le Luxembourg. Metz le 21.10.2021
© Maxime Gonzales

En fin de compte, la suite fut plus simple. 9h30, à peine vidé, l’autocar et son chauffeur nancéien sont réquisitionnés par un agent SNCF dont le talkie a validé la demande, “OK, tu l’envoies au Lux par Hagondange, Uckange, Thionville”. Ouf de soulagement pour des naufragés qui attendent cette bouée depuis 8h00. L’employé des chemins de fer confesse le manque d’organisation, “C’est quasi impossible à gérer “. Ici, toutes les lignes sont coupées depuis 6h et seuls quelques vieux trains “Thermiques” ont pu faire leur office.

Installé dans mon siège, enfin en route pour le Grand-Duché, le balancement des roues sur l’asphalte me berce. Avant de sombrer dans le sommeil jusqu’au terminus, je médite sur les conséquences qu’un coup de vent sur un arbre fragilisé peut avoir sur nos modes de vie. En espérant que le retour soit plus commode.

Enfin arrivé à la rédaction de RTL 5minutes
Enfin arrivé à la rédaction de RTL 5minutes
© CW

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