Problèmes de corrosion Cattenom tournera avec un seul réacteur jusqu'en novembre

RTL Infos
La centrale nucléaire mosellane tourne au ralenti. Elle ne dispose que d'un seul réacteur jusqu'au 1er novembre. Les trois autres seront arrêtés "cinq à six semaines" de plus que prévu "pour pousser les expertises" liées au problème de corrosion sous contrainte de tuyaux.
© Domingos Oliveira / RTL

Déconnectée du réseau début juillet pour réparer un système de ventilation, l’unité de production 2 de la centrale nucléaire de Cattenom est actuellement la seule qui produit de l’électricité. Le panache de vapeur de sa tour de refroidissement sera le seul à s’élever dans le ciel mosellan jusqu’au... 1er novembre.

Les trois autres unités de production sont à l’arrêt et le resteront plus longtemps que prévu suite aux problèmes de corrosion sous contrainte de tuyauteries. La centrale a dû revoir ses plannings et vient de prévenir le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité -qui gère l’équilibre entre l’électricité produite par les centrales et les consommateurs français- que l’arrêt des trois réacteurs sera prolongé de “cinq à six semaines”, a expliqué vendredi la responsable de la communication de la centrale.

Arrêté depuis le 26 mars pour suspicion de corrosion sur des systèmes de sécurité, le réacteur n°3 ne sera reconnecté au réseau français que le 11 décembre. À l’arrêt programmé depuis février, le réacteur n°4 reprendra du service le 14 novembre. Stoppé depuis juin pour maintenance annuelle, le réacteur n°1 sera le premier qui reproduira de l’électricité le 1er novembre.

L’arrêt prolongé de plusieurs semaines cet automne des trois réacteurs mosellans et de celui de Penly 1 (jusqu’au 23 janvier 2023) pourrait tendre un peu plus l’approvisionnement électrique du pays et nourrir une flambée des prix déjà inédite.

La prolongation des arrêts à Cattenom “n’est pas liée à une corrosion sous contrainte avérée, mais nous avons encore besoin de temps pour pousser les expertises et caractériser la nature du phénomène”, explique la responsable de communication. La direction de la centrale attend les expertises des réacteurs 1 et 3 en ce moment.

Les premiers résultats obtenus a conduit la direction à pousser plus avant les examens des tuyauteries et “faire des contrôles par ultrasons optimisés. Ce qui nous oblige à préciser notre programme et à adapter la durée des arrêts”. Les pièces de rechange ont déjà été livrées sur le site. L’objectif de la centrale est d’être à nouveau opérationnelle pour le pic de l’hiver, quand on a le plus besoin d’électricité.

32 RÉACTEURS SUR 52 ARRÊTÉS

Au total, 32 réacteurs nucléaires sont actuellement à l’arrêt en France, sur un total de 56. La découverte depuis quelques mois de problèmes de corrosion sous contrainte a entraîné la mise à l’arrêt de 12 réacteurs, les autres sont arrêtés pour maintenance.

Ces problèmes de corrosion ont été détectés ou soupçonnés au niveau de soudures des coudes des tuyauteries d’injection de sécurité (RIS) - qui permettent de refroidir le réacteur en cas d’accident - reliées au circuit primaire. Cette corrosion dite “sous contrainte” se traduit par des petites fissures. EDF a proposé une méthode pour vérifier et régler ces problèmes, validée fin juillet par l’Autorité de sûreté nucléaire, qui a donné son accord pour que le groupe contrôle l’ensemble de ses réacteurs d’ici à 2025, par ultrasons.

APPROVISIONNEMENT ET PRIX

Le prix de l’électricité en France ne cesse de monter depuis plusieurs mois, battant des records absolus: il a atteint jeudi 900 euros le mégawattheure, pour livraison l’an prochain, contre moins de 100 euros il y a un an, et moins de 50 euros ordinairement dans les années précédentes.

EDF, qui a publié mercredi soir ce nouveau calendrier, maintient sa prévision de production nucléaire pour 2022 entre 280 et 300 térawattheure (TWh), mais reconnaît que la production atteindrait “probablement” le bas de cette fourchette, via un porte-parole jeudi.

Cette prolongation est liée à “une meilleure estimation” du temps nécessaire à mener les investigations et travaux de réparation, ajoute-t-il.

DÉLESTAGE EN DERNIER RECOURS

La production nucléaire d’EDF est déjà à un niveau historiquement faible, ce qui a contribué à une hausse sans précédent des prix de gros de l’électricité. De nombreux autres réacteurs sont en maintenance pour rattraper les retards imposés par la période de confinement liée au Covid.

EDF avait déjà dû réviser mi-mai son estimation de production nucléaire annuelle.

Pour autant, mi-juillet, devant le Sénat, un haut responsable d’EDF s’était voulu rassurant, évoquant de “très fortes chances” de passer l’hiver sans délestage.

Il n’y a pas eu de black-out en France depuis 1978 et même si on est dans une situation très difficile, il y a quand même de très fortes chances que nous passions l’hiver sans délestage”, avait déclaré Marc Benayoun, directeur exécutif d’EDF chargé du pôle clients, services et territoires, et a fortiori “si les stocks de gaz sont normalement remplis”.

Jeudi, la France avait rempli à 90% ses stocks de gaz pour l’hiver, selon la plateforme européenne Agregated Gas Storage Inventory (AGSI), et était en bonne route pour tenir ses objectifs de 100% afin d’affronter cet hiver de potentielles pénuries liées à la guerre en Ukraine.

Lors d’un point presse jeudi sur les ressources électriques, le ministère de la Transition énergétique a pour sa part jugé que le délestage serait “uniquement une solution de dernier recours”.

À lire également:

Cattenom: Problèmes de refroidissement dans les centrales nucléaires françaises

Du jamais vu: la centrale nucléaire de Cattenom est à l’arrêt complet

Des “fissures” à Cattenom? Le Luxembourg exige d’EDF “tous les détails au plus vite”

Back to Top
CIM LOGO