Frontière allemandeLe bourgmestre de Schengen se dit "très agacé" par les contrôles renforcés

Anne Wolff
Le 7 mai, le nouveau gouvernement fédéral allemand a annoncé un renforcement des contrôles aux frontières.

L’Allemagne refoule désormais également les demandeurs d’asile sans papiers, sauf les groupes vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes.

Cette ligne politique de Berlin n’est pas bien accueillie partout dans la région frontalière

Mercredi, le maire de Perl, Ralph Uhlenbruch, et celui de Schengen, Michel Gloden, se sont rencontrés dans la ville où furent signés les accords sur la libre circulation des personnes dans l’UE il y a 40 ans. Pour ces deux compagnons d’infortune, les contrôles aux frontières sont une calamité.

Chaque jour, 2.000 navetteurs quittent la ville allemande de Perl pour aller travailler de l’autre côté de la frontière au Luxembourg. Ce ne sont pas seulement les embouteillages sur l’autoroute causés par les contrôles qui énervent le maire CDU de Perl. Il estime plus grave le fait que les contrôles imposés par son parti depuis Berlin portent atteinte à l’esprit européen: “Il y a aussi le problème d’être coincé dans les embouteillages, mais je pense que c’est quelque chose que l’on peut gérer, mais c’est en fin de compte ce qui va au-delà de cela. Cela remet en question le symbole de Schengen”.

Michel Gloden, le bourgmestre de Schengen, n’est pas content non plus: “Je suis très agacé parce que c’est quelque chose dont personne n’a besoin ici à Schengen ou à l’extérieur. Tout cela a vraiment un impact très négatif sur l’ambiance dans le ‘Dräilännereck’, où les gens ont toujours été habitués à (...) pouvoir circuler sans contrôle, et maintenant, que ce soit les contrôles sur l’autoroute ou encore ici à Schengen sur le pont, tout cela contribue au fait que les gens sont vraiment très mécontents.”

En plus du point de contrôle à Schengen, il y a un contrôle fixe sur l’autoroute de Trèves

La police fédérale allemande a renvoyé quelque 579 personnes au Luxembourg depuis la mi-septembre 2024 soit parce qu’elles n’avaient pas de visa, pas de titre de séjour ou qu’elles étaient sous le coup d’une interdiction d’entrée. Ce nombre pourrait encore légèrement évoluer. Depuis le 7 mai, quatre demandeurs d’asile afghans ont été refoulés à la frontière germano-luxembourgeoise. Stefan Döhn, porte-parole de la police fédérale de Trèves, explique que dans tous les cas, les policiers luxembourgeois sont informés que la personne refoulée est conduite à la frontière. Si aucun membre de la police luxembourgeoise n’est présent sur le pont de Wasserbillig pour prendre en charge ces personnes, elles sont renvoyées à pied au Luxembourg.

La police luxembourgeoise ne prend pas en charge les personnes refoulées

Interrogée, la police luxembourgeoise explique qu’elle ne tient pas de statistiques sur les personnes refoulées, mais qu’elle agit selon les règles des directives sur l’immigration du ministère des Affaires intérieures.

Les personnes refoulées ne sont pas prises en charge par les policiers. Ces derniers vérifient s’il y a des poursuites à l’encontre des personnes signalées. Ce n’est que dans ce cas de figure que ces personnes sont contrôlées par la police “dans le cadre de la lutte contre la criminalité”.

Cette information est confirmée par le ministère des Affaires intérieures, qui vient aussi de créer une adresse pour recueillir les réactions de toutes les personnes concernées sur les contrôles aux frontières: grenzkontrollen@gouvernement.lu

L’Allemagne enfreint le droit européen, selon le Luxembourg

Le Luxembourg a déjà critiqué ces contrôles dans le passé. A la mi-février 2025, le Grand-Duché a adressé une réclamation écrite à la Commission européenne, car de tels contrôles stationnaires aux frontières ne sont pas prévus dans l’espace Schengen. Avec cette mesure, l’Allemagne enfreint le droit européen, selon le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden.

Pour les habitants de la région frontalière, les contrôles restent pour l’instant une réalité. Le maire de Schengen, Michel Gloden, précise dans une interview à RTL qu’il n’a jusqu’à présent reçu aucune information concernant des personnes refoulées revenues à Schengen via le pont. Mais il veut garder un œil sur la situation et communiquer prochainement avec les maires allemands et français de la région frontalière.

Pour Michel Gloden, les accords de Schengen ne sont pas morts.

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