Qu'ils soient résidents du Luxembourg ou frontaliers, les salariés sont confrontés à des trajets de plus en plus longs. Et ce temps pris par les transports se répercute sur leur travail et leur vie de famille.

C'est ce qu'on appelle le temps "contraint" par le travail. En plus des heures de son contrat, un travailleur du Luxembourg doit aussi... se déplacer ! Prises ensemble, ces deux mesures rallongent sa semaine bien au-delà des 40h d'un temps plein.

Dans son étude "Quality of Work Index" pour 2023, la Chambre des salariés a sondé les employés du pays et a mesuré combien de temps cela représentait.

Pour un résident à temps plein, la charge de travail atteint 43h et 24 minutes par semaine. Car au-delà des 40h de son contrat, il va effectuer des heures supplémentaires. Auxquelles il ajoutera 5h et 24 minutes de trajet par semaine environ. Près d'une heure par jour. Soit un total de 48h et 48 minutes de temps contraint par semaine. Ensemble, les heures supplémentaires et son temps de déplacement donnent l'équivalent d'un sixième jour de travail !

Pour un frontalier, le temps "contraint" s'envole: 53h et 18 minutes par semaine. Il travaillera un peu plus qu'un résident (43h et 42 minutes) et devra affronter des trajets plus longs: 9h et 36 minutes par semaine. Soit un peu moins de 2h par jour passés sur la route ou dans les transports.

RTL

Travail et trajet font le temps "contraint" des employés au Luxembourg. / © Chambre des salariés

"En 2023, la durée moyenne du simple trajet vers le lieu de travail est de 44 minutes" explique la Chambre des salariés. "La durée du trajet est de 32 minutes pour les résidents et de 57,6 minutes pour les frontaliers, et cet écart a beaucoup augmenté ces dernières années en défaveur des frontaliers avec un pic en 2020 (+28 min)."

Les trajets vont-ils faire fuir les travailleurs du Luxembourg?

Partant de ce constat, la Chambre des salariés a estimé que la satisfaction liée au temps de travail devait forcément décliner avec l'allongement des trajets. Et son étude le confirme: au-delà de 30 minutes pour un trajet simple, la part des insatisfaits est "déjà plus importante que celle des satisfaits de la situation". Puis "l'ambiance bascule nettement à partir de 46 minutes de trajet en direction de la majorité (58 %) des insatisfaits. À partir de 60 minutes, la part des insatisfaits passe à 80 %". Les frontaliers sont donc très concernés ici.

Couplé à la baisse du télétravail et aux difficultés à déconnecter, ce temps "contraint pour raisons professionnelles" affecte directement la vie des travailleurs, qui doivent donc se contenter de moins de temps pour leurs activités personnelles. Ce débordement de la vie professionnelle sur la vie privée est d'ailleurs une des principales sources d'inquiétude de la Chambre des salariés. C'est aussi une des quatre raisons souvent citées par celles et ceux qui envisagent de changer de travail pour trouver mieux. Selon Jobs.lu, qui avait étudié la question en 2022, le trajet pourrait faire fuir près de la moitié des salariés du pays.