Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et a grimpé jusqu’à 119 dollars la nuit dernière, soit une flambée de 84% par rapport à janvier.
Du jamais vu sur une période aussi courte.
Même l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu’à 130,50 dollars début mars 2022, n’avait pas provoqué de mouvements aussi violents.
Si ça n’est pas encore un choc pétrolier, ça commence quand même à y ressembler.
Il s’agit en effet d’une envolée historique dans un marché paniqué par la prolongation du conflit au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz et les dommages aux infrastructures énergétiques.
Cette flambée des prix du pétrole réveille le souvenir des grands chocs énergétiques qui avaient profondément bouleversé l’économie mondiale dans les années 70.

Au Luxembourg, un pays plutôt sage sur les prix du carburants, le prix du diesel a grimpé de 29 centimes en quelques jours alors que l’essence a pris plus de 8 centimes.
Le gouvernement dit suivre “de manière continue et attentive l’évolution des marchés ainsi que d’éventuels risques de pénurie d’approvisionnement. Grâce au système de prix maxima, les consommateurs luxembourgeois sont protégés contre toute augmentation abusive des tarifs dépassant les évolutions normales du marché”.
Mais pas de coup de pouce aux automobilistes pour l’instant.
À l’heure actuelle, le ministère de l’Economie “ne constate aucune menace pesant ni sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique ni sur la stabilité de notre économie”.
En France, le gazole a dépassé lundi la barre symbolique des 2 euros le litre, selon une moyenne calculée sur la base des données de quelque 9.400 stations-service transmises au gouvernement, un seuil inédit depuis l’été 2022.
Devant cette situation qui touche les automobilistes directement au portefeuille, le gouvernement a pour l’instant écarté l’idée de nouvelles aides à l’achat de carburant.
“Aujourd’hui il est trop tôt pour en parler. Je le redis, nous étudions tous les scénarios”, a déclaré lundi matin sur RTL la ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé “un plan exceptionnel de 500 contrôles” dans les stations-service, “entre lundi et mercredi”, pour éviter les “hausses abusives des prix à la pompe”.
Au dixième jour du conflit, les marchés de l’énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de l’offre mondiale de pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL), reste quasi-paralysé.

Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un “tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde”.
Certes, vendredi, l’Agence américaine de développement DFC a annoncé la mise en place d’un mécanisme de réassurance pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d’Ormuz, jusqu’à 20 milliards de dollars.
Les Etats-Unis collaborent actuellement avec des armateurs qui souhaitent faire sortir leurs tankers du Golfe persique, a insisté dimanche le ministre américain de l’Energie Chris Wright.
“Dans les premiers temps, ces navires seront probablement sous protection militaire américaine”, a-t-il ajouté, prévoyant un retour du trafic à la normale “dans un avenir relativement proche”.
Mais ces signaux n’ont pas suffi à rassurer: par peur d’attaques, la circulation reste quasi-paralysée dans le détroit --des informations de presse mentionnant seulement le passage de quelques navires s’identifiant comme chinois.
“Les perturbations de l’approvisionnement s’intensifient, les données de suivi des navires confirmant l’arrêt du trafic maritime”, observe Lloyd Chan, de la banque MUFG, parlant de “choc pétrolier”.
Surtout, l’extension du conflit exacerbe les inquiétudes sur la production d’hydrocarbures.

L’Arabie saoudite a notamment encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille.
“Les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak ont réduit leur production de pétrole, l’Irak annonçant une baisse d’environ 3 millions de barils/jour” et “les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant clés en Iran renforcent les risques”, souligne M. Chan.
En Asie, très dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient, la flambée du pétrole a fait dévisser lundi les places boursières, de Tokyo à Taipei en passant par Séoul.
Particulièrement exposée, la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur de brut, et son économie repose sur une industrie tech très énergivore. le Japon est le cinquième plus gros pays importateur.
“Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises: les coûts des intrants explosent, les anticipations d’inflation grimpent”, note Stephen Innes, de SPI Asset Management.
Des signes de tensions apparaissent: la Chine a demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d’essence, selon Bloomberg. Et la presse nippone indique que Tokyo réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques.
Cette hausse des prix des hydrocarbures provoque un “retour des pressions inflationnistes”, ce qui est “l’un des principaux sujets d’inquiétude” des marchés, explique John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank.
La “crainte d’une stagflation”, une situation économique très inconfortable pour un pays, combinant forte inflation et faible croissance, grimpe selon Kathleen Brooks, analyste pour XTB.

Les ministres des Finances du G7 ont discuté d’un possible recours coordonnée à leurs réserves pétrolières stratégiques respectives sans prendre de décision pour l’instant.
Les Etats-Unis pourraient également élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe pour soulager le marché, après avoir accordé une première autorisation à l’Inde, jeudi.
Plafonnement des prix, réserves stratégiques, rationnement: face à l’envolée des cours de pétrole et du gaz, de nombreux pays d’Asie ont pris des mesures pour limiter l’impact, et des pays européens commencent à faire de même.
La Croatie va plafonner les prix de l’essence et du gazole à partir de mardi et le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé faire de même à partir de minuit heure locale.
Mais lundi soir, le président américain a soulagé les acteurs boursiers en glissant à une journaliste de la chaîne CBS que la guerre était “quasiment” finie, faisant valoir que l’Iran n’avait plus de “marine” ni de “communications” ou de “force aérienne”.
Des propos qui ont entraîné une baisse des prix du pétrole, mais dans une période où les marchés restent tout de même très nerveux. D’ailleurs l’Iran a promis mardi que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient “jusqu’à nouvel ordre”, dans un rejet cinglant des propos de Donald Trump.
Bref nous ne sommes pas encore dans un nouveau choc pétrolier comme celui des années 70, mais le pire est toujours possible.