Comment soigner le blues des frontaliers ? Certains optent pour le mal par le mal, d’autres pour l’autodérision. Pierre Théobald et Yan Lindingre ont choisi les deux à la fois. Ces deux Messins ont connu, à des époques différentes, la vie de frontalier. Mais c’est le premier, auteur et journaliste, qui a le plus mal vécu cette expérience, au point d’avoir besoin d’écrire sur ce qu’il ressentait. Des textes souvent noirs et sarcastiques et que sont venus saupoudrer d’humour les dessins de Yan Lindingre dans Les naufragés (éditions La Paulette).
Tout y passe : salaires, trains bondés, fatigue, attente, ennui, promiscuité, vacuité… Au-delà de sa dimension humoristique, Les naufragés s’avère un excellent outil cathartique pour relativiser.

Pierre Théobald a écrit en connaissance de cause : “J’ai été frontalier à partir de 2023 et dès le premier matin, je crois avoir compris ma douleur [...] Le point de départ, c’est un petit dico énervé du TER que j’avais commis pour le média qui m’employait il y a encore quelques mois. Et de fil en aiguille, voyant que ça répondait plutôt bien sur les réseaux sociaux, qu’il y avait un public à qui ça avait plu, on s’est dit que ça pouvait être intéressant de tirer le fil et puis de proposer d’autres entrées, d’autres définitions, d’autres sketchs, d’autres gags. Et c’est là que Yan Lindingre est venu se greffer sur le projet, avec ses dessins, avec son regard, avec son humour.”
Yan Lindingre est bien connu des amateurs de caricatures, depuis son passage au journal Fluide Glacial jusqu’aux scénarios pour l’émission Groland en passant par ses dessins de presse. Sa touche ajoute une dose de dérision salutaire au livre : “On s’est rendu compte assez vite en faisant le projet qu’il n’y avait jamais eu de livre qui parlait des frontaliers alors qu’ils sont plus de 100.000 à aller travailler au Luxembourg tous les jours. Donc on ne peut plus parler de niche mais de chenil !”

“Ce n’est pas un livre qui va faire du mal aux frontaliers, poursuit l’auteur des textes. Je pense que c’est un livre où, à chaque page, ils vont s’y retrouver et peut-être qu’ils vont se dire : Enfin quelqu’un comprend ! Enfin quelqu’un a touché du doigt ce que je vis, les suppressions, les retards, les alertes sur les retards qui arrivent en retard.”
Derrière ces états d’âme et ces tranches du quotidien des travailleurs frontaliers, on décèle une vraie réflexion sur une condition et des choix de vie compliqués : “Sans être un spécialiste, je dirais qu’il y a deux catégories de frontaliers. Il y a ceux qui vont au Luxembourg parce qu’ils accèdent à un poste qui serait hors d’atteinte côté français. Par exemple, il n’est pas possible de bosser dans le spatial à Metz. Après, il y a la catégorie de ceux qui améliorent un peu, voire beaucoup, leur salaire, mais qui, à un moment donné lorsqu’ils mettent tous les paramètres bout à bout, commencent à calculer leur taux horaire réel. Et par rapport aux plumes qu’on y laisse, physiquement et mentalement, la question se pose.”
On connaissait les “brèves de comptoir”, Pierre Théobald a mis en lumière les “brèves de TER”, retranscrites à partir d’authentiques prises de paroles d’usagers du “train maudit”. En voici une petite sélection :
“Je passe tellement de temps dans le TER que je devrais payer une taxe d’habitation ici.”
“Perso, je connais mieux les horaires SNCF que la date d’anniversaire de mes deux gosses.”
“J’ai commencé Guerre et Paix en montant à Hagondange, je devrais pouvoir finir d’ici Bettembourg. “

Retrouvez Pierre Théobald et Yan Lindingre à l’occasion de leurs prochaines séances de dédicaces :
Samedi 25 avril (17h-19h)
Librairie Au Carré des Bulles, Metz
Samedi 2 mai (17h)
Brasserie Bon Poison, Metz
Mardi 12 mai (18h30)
Chambre des salariés Luxembourg, Bonnevoie
Mardi 9 juin (horaire à confirmer)
Kulturfabrik, Esch-sur-Alzette