
Le groupe français Lactalis a officiellement confirmé jeudi soir, dans un communiqué publié par une agence de communication, l'information relayée par RTL plus tôt dans la journée.
La décision de cesser la transformation du lait luxembourgeois chez EKABE à partir de l’année prochaine s’inscrit dans le contexte des changements structurels sur le marché international du lait.
Toutefois, les "activités industrielles, logistiques et commerciales" du site de production près de Junglinster ne seraient pas affectées.
EKABE fait partie de la multinationale française depuis 1989. Au total, 68 producteurs ont jusqu’à présent livré leur lait à Eschweiler, où il est ensuite stocké en vue d’être transformé en beurre, fromage et autres produits. Cette activité prendra fin le 1er avril.
Dans un document, que RTL a reçu, Lactalis s’engage à poursuivre le dialogue avec les producteurs jusqu’à la fin du contrat actuel, fin mars de l’année prochaine, et à examiner ensemble comment leurs activités pourraient être poursuivies.
L'annonce faite jeudi matin lors de la réunion de la commission de l'EKABE a été un véritable coup de massue pour l'ensemble du secteur. Outre les producteurs concernés, le président de la Chambre d'agriculture, Christian Hahn, et la ministre de l'Agriculture, Martine Hansen, ont également été pris au dépourvu.
Des représentants de l’EKABE/Lactalis ont eu un entretien avec la ministre CSV jeudi après-midi. Martine Hansen a seulement été mise au courant de la décision à ce moment-là.
Dans une réaction à RTL, la ministre a qualifié la situation actuelle de "dramatique". Dramatique pour les éleveurs laitiers concernés qui ont investi. Il y a désormais 56 millions de litres dont personne ne sait quoi faire.
Sur une note plus positive, la ministre a salué que la société EKABE se soit montrée disposée à laisser le contrat expirer à une date ultérieure, si nécessaire. Le ministère apportera son aide dans la mesure de ses moyens, même si, dans l'immédiat, les autorités paraissent impuissantes.
Le président de la Chambre d’agriculture, Christian Hahn, explique que les quantités livrées par les agriculteurs d’EKABE représentent 10 à 15% de la production laitière annuelle du pays. C’est tout simplement trop pour que ce lait puisse être absorbé par Luxlait, par exemple.
La Chambre d’agriculture souhaite venir en aide aux agriculteurs concernés et examiner les pistes possibles. Christian Hahn a du mal à croire qu’il serait désormais moins coûteux de transformer du lait provenant de France à Eschweiler plutôt que d’utiliser le lait local. Une production locale reposant sur des circuits courts est tout autre chose. En d’autres termes, les personnes qui choisissent délibérément des produits luxembourgeois locaux ont clairement autre chose en tête.
Christian Hahn met également en garde contre le risque que de telles décisions incitent les clients luxembourgeois à ne plus acheter les produits fabriqués par EKABE. La ministre doit rencontrer les agriculteurs concernés lundi. Le soir même, une réunion de crise se tiendra à huis clos à Junglinster, où un état des lieux sera dressé.